L'économie informelle en prison : étude sur les nouveaux rapports de force intra-pénitentiaires qui interviennent au cours de trafics illégaux dans une maison d'arrêt française.

par Solenn Lebret

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de François Bonnet.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire , en partenariat avec Pacte, Laboratoire des sciences sociales (laboratoire) et de Régulations (equipe de recherche) depuis le 02-09-2019 .


  • Résumé

    En 2017, 63% des personnes qui sortaient de prison (après leur première incarcération) sans aménagement de peine ou accompagnement étaient recondamnées dans les cinq ans suivant leur première sortie (Kensey & Benaouda, 2011). La question de la récidive s'inscrit dans de nombreuses réflexions scientifiques (Pager, 2002, Gontran, 2006, Lable, 2015, Henneguelle, 2017, Monnery, 2017) et témoigne de l'enjeu qu'est la réinsertion des personnes détenues. Présente dans la Loi Programmation Justice 2018-2022, la question de la réinsertion s'insère dans les préoccupations du gouvernement. Elle s'incarne par un processus qui consiste à réintroduire durablement une personne incarcérée dans la société civile à sa sortie de détention. La réinsertion est donc un chemin à la fois psychologique, social et professionnel. Or, on sait que les personnes qui sortent de prison souffrent d'un stigmate sur le marché du travail. Devah Pager, dans son article The Mark of Criminal Record (2003), montre que pour les ancien.ne.s détenu.e.s aux États-Unis, les chances d'être rappelé.e.s pour un entretien sont divisées par deux, voire par trois si la personne est noire. Cette « infamie » (mark) du casier judiciaire se combine avec la perte (ou la non-acquisition) de compétences pour maximiser l'inemployabilité. En France, le taux de chômage en 2018 est de 9,1 % pour l'ensemble de la population, et atteint 22,6% chez les jeunes actifs. Ce contexte de chômage des jeunes élevé ne facilite pas le retour à l'emploi des personnes qui sortent de prison, en particulier pour les jeunes hommes sans qualification, qui constituent une part importante de la population carcérale. En effet, 23% de la population écrouée masculine a entre 18 et 25 ans. Au 1er janvier 2018, 49% des personnes écrouées étaient incarcérées pour des infractions à caractère économique . Près d'une personne en détention sur deux s'est alors retrouvée enfermées dans un établissement pénitentiaire après avoir tenté de subvenir à ses besoins ou à ceux de ses proches de façon illégale. L'aspect économique, lié au monde du travail, qu'il soit légal ou pas, est donc moteur dans les prises de décisions des individus. L'enjeu de la réinsertion professionnelle est majeur. Une personne avec un emploi stable, un environnement social propice et un hébergement fixe voit sa probabilité de récidiver considérablement réduite (Hazan, 2016). L'environnement social dépend de chaque individu et les chances ou non d'évoluer dans un contexte familial favorable à la stabilité sont indépendants des missions et compétences de l'administration pénitentiaire et des politiques pénales. Cependant, le travail est la clef qui permet à une personne qui sort de prison de trouver un logement, de subvenir à ses besoins et ainsi de se stabiliser. La mission de réinsertion par l'emploi est et doit rester une des prérogatives principales de la prison (Foucault, 1975, pp. 34-40). Une contribution aux connaissances sur le devenir professionnel des personnes qui sortent de prison pour une infraction à caractère économique pourrait ainsi donner des clefs de lecture pour appréhender les difficultés que connait actuellement l'univers carcéral. Documenter leur rapport au monde du travail, leurs différentes sources de revenus et leurs opportunités professionnelles avant et après la détention apporterait en effet des pistes de réflexion sur la corrélation entre le taux de récidive important et le rapport à l'emploi des personnes sortantes de prison. Il s'agit donc de documenter le devenir professionnel des personnes qui sortent de prison : quel rôle joue le parcours carcéral des personnes détenues pour une infraction économique dans la construction de leur réinsertion par le travail ? L'objectif ici est de comprendre comment il est envisageable de gagner sa vie en sortant d'un établissement pénitentiaire, en se questionnant sur opportunités professionnelles qui s'ouvrent à eux/elles après un passé carcéral, sur le poids des aides sociales dans leur reconstruction et sur le rôle de la prison pour les aider à (re)trouver un emploi.

  • Titre traduit

    The informal economy in prison: a study of the new intra-prison power relations that occur during illegal trafficking in a French prison.


  • Résumé

    The challenge of professional reintegration is major. A person with a stable job, a supportive social environment, and a fixed accommodation has a significantly reduced probability of re-offending (Hazan, 2016). The social environment depends on each individual and the chances or not to evolve in a family context favorable to the stability are independent of the missions and competences of the prison administration and the penal policies. However, work is the cornerstone that allows a person who comes out of prison to find housing, to feed himself and thus to stabilize. The reintegration mission through employment is and must remain one of the main prerogatives of the prison (Foucault, 1975, pp. 34-40). A contribution to the knowledge of the professional future of people coming out of prison for an economic crime could thus provide reading-keys to understand the current difficulties in the prison environment. Documenting their relationship to the value of work, their different sources of income and their professional opportunities before and after detention would indeed provide some thought on the correlation between the high recidivism rate and the employment ratio of people leaving prison. The aim here is to understand how it is possible to make a living after prison and the role of the prison in helping them to (re)find a job.