Les tabous et le droit pénal

par Marion Giroud

Projet de thèse en Droit privé et Sciences Criminelles

Sous la direction de Marie-Christine Sordino.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de Ecole doctorale Droit et science politique , en partenariat avec DD - Dynamiques du Droit (laboratoire) et de ERPC - Equipe de Recherche sur la Politique Criminelle (equipe de recherche) depuis le 30-09-2019 .


  • Résumé

    Si, à l'origine, un tabou, du polynésien « tapu », se référait à quelque chose de sacré, que chacun devait respecter, aujourd'hui un tabou se réfère plutôt à un silence, un non-dit, une chose dont on ne parle pas, par crainte, gêne, voire pudeur. Le tabou, la chose sacrée originelle, justifiait l'interdiction d'un comportement, mais il restait hors du système juridique. Pourtant, si cela pouvait être vrai à une époque où le système ne connaissait pas les textes de loi, il en va autrement dans notre système actuel. L'humain est tenté de transgresser le tabou. L'Homme sait qu'un certain comportement est mal, et sera désapprouvé par le corps social. Pourtant, parfois, il désirera enfreindre l'interdit. D'où l'importance d'une prohibition explicite à travers les textes. D'ailleurs, il s'agira aussi de se questionner sur la place des interdits moraux et des interdits religieux par rapport aux tabous. La notion d'interdit gravite donc autour de celle de tabou, mais elle n'est pas la seule. Un tabou représente une limite à ne pas franchir. En fonction de cette limite se dessine ce que l'humain a le droit de faire et de ne pas faire, mais aussi ce qu'il a l'obligation de faire. L'interdit, l'obligation et l'autorisation sont des notions liées directement au concept de tabou. Il est alors légitime de se demander si lorsqu'une loi pénalise, elle se débarrasse d'un tabou, ou si ce n'est pas l'exact inverse qui se produit. En effet, le tabou ne survivrait-il pas dans la loi ? La même question se pose s'agissant de la décriminalisation. Malgré ces changements incessants de la loi pénale, certains tabous continuent de traverser les siècles. Le mot « tabou » se retrouve constamment dans la société actuelle. Le tabou est non seulement nommé, mais aussi explicité, si bien que la confusion est grande quant à son existence. La question suivante se pose alors : sommes-nous au sein d'une société dénuée de tout tabou, ou bien, au contraire, aux prises avec une société emplie de tabous sans précédents, et comment se place la loi pénale vis-à-vis de ces tabous, anciens ou nouveaux ? A travers cette étude, la lumière sera faite sur les tabous qui subsistent dans notre société contemporaine, leur évolution et leur prise en charge par la loi pénale. Les questionnements sur les tabous sont aussi denses qu'ils sont nombreux. Il existe un tabou du sang, un tabou de la sexualité, ou même un tabou de la mort, etcetera. Tous sont évolutifs et comprennent en eux-mêmes d'autres tabous. Cette thèse aura pour but d'analyser les liens d'interdépendance qui existent entre les tabous et le droit pénal. Il s'agira d'étudier comment les tabous ont construit notre système pénal actuel et comment ils continuent de le déconstruire pour le reconstruire, s'adaptant à notre société contemporaine et ses nouveaux enjeux.

  • Titre traduit

    Taboos and Criminal Law


  • Résumé

    If, initially, a taboo, or "tapu" in its natal Polynesian language, referred to something sacred, that everyone had to respect, today a taboo refers to a silence, an unsaid thing, something that anybody speaks about, because it is scary and embarrassing. The taboo, the original sacred thing, justified the prohibition of behavior, but it remained outside the legal system. However, if that could be true at a time when the system did not know the law, things are different now. The human is tempted to transgress the taboo. Human beings know that a certain behavior is bad, and will be disapproved by the social body. Despite this, sometimes, he will break the ban. That is why an explicit prohibition through the texts is important. Moreover, it will also question the place of moral prohibitions and religious prohibitions against taboos. The notion of prohibition gravitates around the notion of taboo, but it is not the only one. A taboo represents a limit that must not be crossed. Once this limit has been drawn, humans know what they can do or not, but also what they are obliged to do. Prohibition, obligation and authorization are concepts directly related to the concept of taboo. Then, it is legitimate to ask if penalizing is a mean to get rid of a taboo, or if, on the contrary, it is not the exact opposite that occurs. Indeed, would a taboo not survive in the law? The same question arises with the decriminalization. Despite these incessant changes in the criminal law, some taboos continue to go through the centuries. The word "taboo" is constantly found in today's society. The taboo is not only named, but also explained. That is why the confusion is huge about its existence. So, are we in a society without any taboo, or, on the contrary, are we struggling with a society full of unprecedented taboos, and how is the criminal law dealing with these taboos, old or new? Through this study, the light will be brought on the taboos that remain in our contemporary society, their evolution, and their management by the criminal law. There are as many questions about taboos as they are. There is a taboo of blood, a taboo of sexuality, or even a taboo of death, etcetera. All are evolving and each taboo includes in itself other taboos. The purpose of this work is to analyze the interdependence links between taboos and criminal law. We will study how taboos have made our current penal system, and how they continue to deconstruct it and to rebuild it, according to our contemporary society and its new challenges.