Impact sur l'image corporelle des représentations imaginales du corps implémentées par des stratégies cognitives hypnotiques

par Clément Apelian

Projet de thèse en Sciences cognitives

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale Cerveau, cognition, comportement (Paris) , en partenariat avec Institut Jean-Nicod (Paris) (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-09-2018 .


  • Résumé

    -Besoin de recherche- Les représentations cognitives du corps peuvent être séparées en deux catégories (Dijkerman & de Haan, 2007; Gallagher, 2005; Paillard, 1999) : le schéma corporel et l'image corporelle. Le schéma corporel a bénéficié d'une étude approfondie de la part de la communauté scientifique ; il s'agit d'une représentation sensorimotrice du corps qui a pour fonction de guider l'action (De Vignemont, 2018). L'image corporelle quant à elle reste un concept mal défini, regroupant des représentations de différentes natures (Schwoebel & Coslett, 2005). En parallèle, les recherches sur l'imagerie mentale se sont principalement focalisées sur l'imagerie motrice, avec des résultats ayant une vaste portée, à la fois fondamentale, mais aussi fortement applicative (Lotze & Halsband, 2006 ; Lebon, 2016). L'imagerie mentale non-motrice, quant à elle, reste très largement à explorer. En effet, hormis quelques investigations concernant son rapport à la mémoire et aux émotions, elle reste aujourd'hui principalement couplée aux recherches sur l'hypnose où son rôle et son rapport aux stratégies cognitives hypnotiques ne sont pas questionnés en profondeur. Parfois ces notions d'imagerie mentale et d'hypnose sont utilisées de façons interchangeables (eg. Kohen, 1984), parfois ces deux concepts se retrouvent complètement dissociées (eg. Dienes & Perner, 2007). Il y a donc actuellement un manque dans la littérature sur les modalités d'action de l'imagerie mentale sur d'autres représentations et processus cognitifs. Mettre en lumière ces modalités d'actions dans le cas de l'image corporelle permettrait un nouvel éclairage, promettant des avancées similaires à celles qu'a produit l'imagerie motrice pour la compréhension du schéma corporel. -Objectifs de la thèse- Cette thèse vise à questionner la codépendance des composantes de l'image corporelle avec la représentation imaginale du corps et l'influence des stratégies cognitives hypnotiques sur celle-ci. Nous chercherons notamment à savoir si l'utilisation de stratégies particulières et leur entrainement permettent une meilleure régulation de l'image corporelle. -Axes de recherche- Dans un premier temps, une recherche bibliographique poussée permettra de proposer une opérationnalisation des concepts d'image corporelle (composée d'une représentation structurelle et d'une représentation sémantique) et du concept de représentation imaginale du corps. Trois études pilotes seront réalisées pour valider tour à tour les outils de mesure et les altérations expérimentales sur (1) la représentation structurelle du corps, (2) la représentation sémantique du corps et (3) la représentation imaginale du corps. Les mesures seront basées sur des marqueurs de synchronisations neurales locales et longues distances en EEG (électroencéphalogramme, eg. Lachaud & Vialatte, 2017), des tests comportementaux et des entretiens d'explicitation (eg. Maurel, 2009). Nous utiliserons comme altération instrumentale pour (1) l'illusion de Pinocchio (Lackner, 1988), pour (2) des manipulations contextuelles via un priming social (Molden, 2014) et pour (3) modification via une procédure hypnotique endogène (autohypnose). Après validation indépendante de ces outils, nous réaliserons une expérience visant une cohorte plus importante. Cette expérience se propose de faire varier alternativement chaque représentation (1,2,3) tout en mesurant l'effet simultanément sur les autres. Cette mesure sera effectuée avant et après l'entrainement des sujets (a) aux stratégies hypnotiques permettant un accès et une modification privilégiée de la représentation imaginale du corps [groupe test] ou (b) à d'autres phénomènes hypnotiques n'impliquant pas d'imagerie mentale [groupe contrôle]. Notre hypothèse centrale prédit un écart de performance significatif à l'avantage du groupe test. Les résultats de cette étude permettront (i) de proposer un modèle plus détaillé de l'image corporelle, (ii) de valider l'intérêt de l'hypnose instrumentale pour la recherche sur les représentations corporelles et (iii) d'apporter un nouvel éclairage sur certains résultats controversés concernant l'hypnose (eg. Laurence, 2008).

  • Titre traduit

    Body image modulation by imaginal body représentations implemented through hypnotic cognitive strategies


  • Résumé

    -Research needs- Cognitive representations of the body can be separated into two categories (Dijkerman & de Haan, 2007; Gallagher, 2005; Paillard, 1999): Body Schema and Body Image. Body Schema have been thoroughly studied by the scientific community; it consists in a sensorimotor representation of the body aimed at guiding action (De Vignemont, 2018). Body Image on the other hand is a poorly defined concept, aggregating representations that are wildly different in nature (Schwoebel & Coslett, 2005). Concurrently, research on imagery has primarily focused on motor imagery. This area of research provided far reaching results, both in applied and fundamental research (Lotze & Halsband, 2006 ; Lebon, 2016). Whereas non-motor imagery is still to be extensively explored. Today, it is primarily linked to hypnosis research where its role and its relation to hypnotic cognitive strategies is not thoroughly questioned. Sometimes these notions of hypnosis and imagery are used interchangeably (eg. Kohen, 1984), or they are completely separate (eg. Dienes & Perner, 2007). Therefore, there is a lack of knowledge in the scientific literature about the modes of influence that imagery has on other representations and cognitive processes. Reveling these modes of influence in the context of Body Image could cast a new light on this concept and would bring significant discoveries, mimicking what motor imagery did for understanding the body schema. -Project goals- This project aims at understanding the codependence of Body Image components with the imaginal body representation and the influence of hypnotic cognitive strategies on this codependence. We will question the role of optimal strategies and training for Body Image regulation. -Research leads- Firstly, we will operationalize Body image concepts (both structural and semantic representations) and the concept of imaginal body representation through a thorough bibliographic research. Three pilot studies will be conducted for validating measuring tools and alteration tools. These tools concern: (1) the body structural representation, (2) semantic body representation and (3) imaginal body representation. Measurements will be based on both local and long distance neural synchronization markers using EEG (electroencephalogram, eg. Lachaud & Vialatte, 2017), behavioral tests and elicitation interviews (eg. Maurel, 2009). We will use alteration tools based on (1) Pinocchio illusion (Lackner, 1988), (2) contextual manipulations through social priming (Molden, 2014) and (3) alteration through endogenous hypnotic procedure (autohypnosis). After this tool validation phase, we will target a wider cohort. The following experiment will alternatively alter each representation in subjects (1,2,3) while simultaneously measuring the impact on each three body representation. This alteration-measure will be conducted before and after a training phase where subjects will be trained to either (a) hypnotic cognitive strategies targeted at accessing and changing imaginal representation [test group] or (b) other hypnotic phenomena not involving imagery, such as ideomotor suggestions [control group]. Our main hypothesis predicts a significant increase in performance for the test group compared to the control group. These results will help us in (i) proposing a more detailed model of Body Image, (ii) validating instrumental hypnosis as a valuable research tool for body representations and (iii) it will cast a new light on previously controversial results in hypnosis research (eg. Laurence, 2008).