En quoi le courage quotidien peut-il contribuer au développement de la puissance de la vie au travail ? Approche phénoménologique de la question.

par Marta Wieczorkowska (Serafim)

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Jean-Luc Bernaud et de Éric Hamraoui.

Thèses en préparation à Paris, CNAM , dans le cadre de École doctorale Abbé Grégoire (Paris) , en partenariat avec Centre de recherche sur le travail et le développement (Paris) (laboratoire) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Sujet : « En quoi le courage quotidien peut-il contribuer au développement de la puissance de la vie au travail ? Approche phénoménologique de la question. » Directeurs de recherche : Jean-Luc Bernaud, Professeur des Universités en Psychologie du Conseil et de l'Orientation et Eric Hamraoui, Maître de conférences HDR en Philosophie 1. L'objet, le contexte et les enjeux de la recherche Nous souhaiterions inscrire notre projet de recherche dans la continuité des préoccupations de la clinique du travail et de la philosophie qui s'intéressent aux conséquences pour les individus de l'avènement de nouvelles formes d'organisation du travail depuis les années 1980. Les effets de la détérioration de la santé au travail, fruit d'un rapport dégradé au travail, observés en France et au sein des pays de l'Union Européenne, dépassent largement la sphère de l'entreprise en devenant une question sociétale à part entière. Dans ce contexte, nous voudrions nous positionner résolument du point de vue du développement de la vie au travail en questionnant son opérateur éventuel, le courage. Logé dans l'intimité du quotidien professionnel, incorporé dans les actes de travail de tous les jours, ne se laissant pas entrevoir aisément de l'extérieur, et quasi invisible pour le sujet-acteur de ces actes, ce courage pourrait constituer une alternative aux stratégies défensives (Dejours, 2000) dans les organisations du travail délétères pour la santé. Dans le prolongement d'une étude effectuée dans le cadre du Master 2 Parcours Recherche « Psychologie du Travail et des Transitions », l'objet de notre projet de recherche serait de mettre en visibilité l'essence du courage quotidien au travail et des liens possibles qu'il entretient avec le développement de la vie au travail. 2. Le cadre théorique et la problématique L'histoire des sciences humaines offre différentes approches du concept de courage dont nous projetons d'analyser l'évolution et la logique à l'occasion de cette étude. Parmi ces approches, l'objet de notre projet de recherche nous dirige vers l'approche ontologique du courage développée dans de nombreux travaux philosophiques. Dans cette voie représentée par des auteurs comme les stoïciens, Spinoza, Nietzsche ou plus récemment Souriau ou Tillich, le courage est « cette puissance qu'a la vie de s'affirmer elle-même » (Tillich, 1999, p.21) en dépit de la négation de la vie. De quelle vie parlons-nous ici ? Elle doit être comprise dans le sens proposé par Henry : « la vie phénoménologique absolue dont l'essence consiste dans le fait même de se sentir ou de s'éprouver soi-même et n'est rien d'autre, ce que nous appellerons encore une subjectivité » (1987, p.16). Dans une expérience de travail, cette subjectivité, qui pourrait être encore rapprochée de la « sensibilité » ou du « savoir originel » (Henry, 1987, p.16-17) peut, sous certaines conditions, se développer, s'accroitre, s'affirmer (Dejours, 2009). Ces conditions sont celles d'un travail vivant, de « l'activité humaine, matérielle et sociale de transformation conjointe de la nature extérieure et de celle du travailleur » (Hamraoui, 2013, p.61). Dans les formes contemporaines de l'organisation du travail issues du tournant néolibéral, le travail vivant et avec lui la subjectivité sont souvent sacrifiés au nom de la rentabilité et de la compétitivité (Dejours, 2009). Il s'en suit une « désolation » » (Arendt, cité dans Dejours, 2009, p.39) comprise comme « l'effondrement du sol que constitue ce par quoi les hommes reconnaissent entre eux ce qu'ils ont en commun, ce qu'ils partagent et ce qui est au fondement même de la confiance des hommes les uns dans les autres » (Dejours, 2009, p.39). C'est là où le courage quotidien au travail, ce courage sensible intervenant dans les actes de travail de tous les jours, pourrait acquérir une dimension centrale en contribuant au développement de la puissance de la vie au travail malgré la menace qui pèse sur le travail vivant. A l'occasion de l'étude menée dans le cadre du Master 2 Parcours Recherche, nous avons identifié certains éléments de ce courage comme par exemple une stratégie de la créativité rusée permettant à la participante de travailler en accord avec ses valeurs et ses règles de métier, des ressources externes ou internes au travail, ou encore des liens qu'entretient le courage avec le temps. Sous forme d'hypothèses, ils pourraient être étudiés lors de notre projet de thèse tout en laissant de la place à l'émergence d'éléments nouveaux. 3. Approche empirique A l'occasion de cette étude, nous projetons d'appréhender la réalité dans une approche phénoménologique par une analyse directe de l'expérience vécue par les participants. A ce titre, nous proposons de faire usage de la méthode IPA (Interpretative Phenomenological Analysis ou en français l'Analyse Phénoménologique Interprétative), une méthode qualitative fortement influencée par la phénoménologie, l'herméneutique et l'idiographie, bien étayée par la littérature scientifique et offrant une procédure facilement accessible et détaillée (Smith, Flowers, & Larkin, 2009). Les questionnements seraient organisés à l'aide de guides d'entretien. 4. Contributions de la recherche Au croisement de deux disciplines, ce projet de recherche pourrait contribuer à enrichir une réflexion sur les possibilités et sur les conditions du développement de la puissance de la vie au travail dans les nouvelles formes d'organisation du travail. Il s'inscrirait également dans une tentative renouvelée sans cesse depuis l'Antiquité d'appréhender le concept de courage, ce concept multifacette échappant à toute formalisation comme le dit si bien Lachès : « Je conçois parfaitement ce qu'est le courage et je ne comprends pas comment cette idée m'échappe si bien que je ne saurais l'expliquer et la formuler » (Platon, cité dans Smoes, 1995). BIBLIOGRAPHIE (références relatives à cet écrit) Dejours, C. (2000). Travail, usure mentale. Paris : Bayard. Dejours, C. (2009). Travail vivant. Tome 2 : Travail et émancipation. Paris: Payot & Rivages. Hamraoui, E. (2013). Travail vivant, subjectivité et coopération : aspects philosophiques et institutionnels. Nouvelle Revue de Psychosociologie, 2013/1(15), 59-76. Henry, M. (1987). La Barbarie. Paris : Puf. Smith, J.A., Flowers, P., & Larkin, M. (2009). Interpretative phenomenological analysis: Theory, method and research. Los Angeles : Sage. Smoes, E. (1995). Le courage chez les Grecs, d'Homère à Aristote. Bruxelles: Ousia. Tillich, P. (1999). Le courage d'être (traduit par J-P. Le May). Paris, France : Cerf.

  • Titre traduit

    How daily courage may help for life power development at work? Phenomenological approach.


  • Résumé

    TITLE: How daily courage may help for life power development at work? Phenomenological approach. 1. Research objective, context and issues Clinical approaches of work and philosophy are interested in the consequences for individuals of the advent of new forms of work organisation since the years 1980. We wish to put our research project in the continuity of these concerns. Effects of deterioration of health at work observed in France and within the European Union countries largely exceed the sphere of the company while becoming a societal question. In this context, we would like to adopt the perspective of life development at work by questioning its possible agent, courage. Placed in the intimacy of everyday professional life, incorporated in acts of work, not easily visible from outside and nearly invisible for the author of these acts, this courage could constitute an alternative to defensive strategies (Dejours, 2000) in work organisations noxious to health. In the prolongation of a study carried out in the context of the Research Master “Occupational psychology and psychology of transitions”, our research objective would be to highlight the essence of daily courage at work and its possible links to life development at work. 2. Theoretical framework and research question The history of the social sciences offers various approaches of the concept of courage. We intend to analyse their evolution and their logic in this study. Among these approaches, our research objective directs us towards the ontological approach of courage developed in many philosophical works. In this way represented by authors like the Stoics, Spinoza, Nietzsche or more recently Souriau or Tillich, courage is “the power of life to affirm itself” (Tillich, 1999, p.21) in spite of the negation of life. What is the life we are talking about? Its meaning is suggested by Henry: “the absolute phenomenological life whose essence consists in the fact of feeling itself or experience itself, that we call subjectivity” (1987, p.16). At work, this subjectivity, close to “sensitivity” or “original knowledge” (Henry, 1987, p.16-17) can be, under certain conditions, developed, increased, affirmed (Dejours, 2009). These conditions are related to living labour, “the human material and social activity that transforms nature and worker” (Hamraoui, 2013, p.61). In the modern forms of work organisation related to a neo-liberal turning, living labour and subjectivity are often sacrificed in the name of profitability and competitiveness (Dejours, 2009). The result is a “desolation” (Arendt, as cited in Dejours, 2009, p.39) understood as “the collapse of the ground that is what the men have in common, what they share and what is the base of the confidence in one another” (Dejours, 2009, p.39). That's where a daily courage at work, this sensitive courage occurring in the everyday acts at work, could acquire a central dimension while contributing life power development at work in spite of the threat which weighs on the living labour. In a study carried out in the context of the Research Master, we identified a few elements of this courage such as strategy of the creativity which allows participant to work in line of her values and her “craft” rules, external or internal resources to work and links between courage and time. They could be studied as hypothesis while leaving space for new elements. 3. Empirical approach In the study, we plan to apprehend reality in a phenomenological approach by direct analysis of participants' experience. We propose to use IPA (Interpretative Phenomenological Analysis), a qualitative method, influenced by phenomenology, hermeneutics and idiography, backed up by scientific literature and offering an easily accessible and detailed procedure (Smith, Flowers, & Larkin, 2009). Questionings would be organized using interview guides. 4. Research contributions At the crossroad of two disciplines, this study could contribute to enrich the reflection on the conditions of life power development at work in modern forms of work organisation. It is also part of the attempt, unceasingly renewed since Antiquity, to apprehend the concept of courage, this concept multifaceted escaping any formalization, as Lachès put it: “I conceive perfectly what courage is. But the idea so baffles me, that I cannot explain it” (Plato, as cited in Smoes, 1995). BIBLIOGRAPHY (references cited in this paper) Dejours, C. (2000). Travail, usure mentale. Paris : Bayard. Dejours, C. (2009). Travail vivant. Tome 2 : Travail et émancipation. Paris: Payot & Rivages. Hamraoui, E. (2013). Travail vivant, subjectivité et coopération : aspects philosophiques et institutionnels. Nouvelle Revue de Psychosociologie, 2013/1(15), 59-76. Henry, M. (1987). La Barbarie. Paris : Puf. Smith, J.A., Flowers, P., & Larkin, M. (2009). Interpretative phenomenological analysis: Theory, method and research. Los Angeles : Sage. Smoes, E. (1995). Le courage chez les Grecs, d'Homère à Aristote. Bruxelles: Ousia. Tillich, P. (1999). Le courage d'être (traduit par J-P. Le May). Paris, France : Cerf.