Comprendre les zones grises de la sexualité contemporaine : désenchantement de l'expérience sexuelle et rapport normatif au consentement chez les jeunes adultes.

par Alexia Boucherie

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Éric Mace.

Thèses en préparation à Bordeaux , dans le cadre de Sociétés, Politique, Santé Publique , en partenariat avec Centre Emile Durkheim (laboratoire) depuis le 24-09-2019 .


  • Résumé

    Comme toute pratique sociale, la sexualité est moins une conduite « naturelle » qu'une activité sociale normée, c'est-à-dire une expérience de la rencontre entre le personnel (la subjectivité, le corps sexué, l'individuation) et le social (les rapports de genre et les normes de sexualité). Ce qui fait la singularité des normes sociales contemporaines de la sexualité en France, c'est leur paradoxe : d'un côté l'avènement d'une sexualité relationnelle désinstitutionnalisée mais supposée égalitaire et bornée par l'interdit du viol, d'un autre côté une sexualité marquée par l'ambiguïté de normes relationnelles par lesquelles continuent de s'exercer des asymétries de genre, au point que la différence entre viol et non-viol, consentement et non-consentement, consentement et désir ne vont en réalité pas de soi. Tandis que la plupart des recherches sur la sexualité s'intéressent aux pratiques sexuelles (leur répertoire et son évolution), ce projet de thèse s'intéresse à cette boite noire de la sexualité contemporaine qu'est la « zone grise » de la sexualité vécue. L'hypothèse centrale est que la désinstitutionnalisation de la sexualité ne conduit pas à une sexualité relationnelle « pure » mais, d'abord à un désenchantement de la sexualité dans la pratique (liée au décalage entre ce qui est attendu et ce qui est vécu), ensuite à un travail, plus ou moins heureux (selon les contraintes sociales et les ressources culturelles disponibles), de recomposition et de redéfinition des normes du désir et du consentement. L'outil méthodologique principal de cette recherche est le concept de « script sexuel » proposé par John Gagnon, qui permet de modéliser les dimensions de la relation sexuelle selon ses niveaux culturels (discours moraux, sanitaires, pornographiques, romantiques), interpersonnels (expérience de l'interaction avec autrui) et intrapsychiques (désirs et fantasmes). Cette méthode permet, via des entretiens en profondeur, de rendre compte de l'enchevêtrement de ces niveaux et du travail normatif que réalisent les acteurs pour construire leurs propres scripts sexuels. Les matériaux de cette recherche seront constitués d'entretiens auprès de jeunes adultes (18-25 ans) dont l'entrée dans les pratiques sexuelles (quelle que soit l'orientation sexuelle) est propice à l'observation de la validité des hypothèses concernant les notions de désenchantement et de recomposition normative - notamment autour du consentement. Les terrains de cette recherche sont définis en fonction de l'intersectionnalité des rapports sociaux (genre, classe, race, orientation sexuelle, handicap) qui cadrent les expériences sociales du consentement sexuel. Les résultats de cette thèse pourront servir de point d'appui aux politiques d'éducation aux relations sexuelles, et proposer un nouveau prisme théorique aux études académiques françaises du consentement sexuel.

  • Titre traduit

    Understanding the grey areas of contemporary sexuality: disenchantment of sexual experience and normative relationships to consent among young adults


  • Résumé

    Like any social practice, sexuality is less a 'natural' behaviour than a normalised social activity, i.e. an experience of the encounter between the personal (subjectivity, the sexed body, individuation) and the social (gender relations and norms of sexuality). The singularity of contemporary social norms of sexuality in France lies in their paradox: on the one hand, the advent of a de-institutionalised relational sexuality that is supposedly egalitarian and limited by the prohibition of rape, and on the other hand, a sexuality marked by the ambiguity of relational norms through which gender asymmetries continue to be exercised, to the point where the difference between rape and non-violence, consent and non-consent, consent and desire, are in fact not self-evident. While most research on sexuality focuses on sexual practices (their repertoire and evolution), this thesis project focuses on the black box of contemporary sexuality, the 'grey zone' of lived sexuality. The central hypothesis is that the deinstitutionalisation of sexuality does not lead to a 'pure' relational sexuality but, firstly, to a disenchantment of sexuality in practice (linked to the gap between what is expected and what is experienced), and secondly, to a more or less successful (depending on the social constraints and cultural resources available) process of recomposition and redefinition of the norms of desire and consent. The main methodological tool of this research is the concept of the "sexual script" proposed by John Gagnon, which makes it possible to model the dimensions of the sexual relationship according to its cultural (moral, sanitary, pornographic, romantic discourses), interpersonal (experience of interaction with others) and intrapsychic (desires and fantasies) levels. This method makes it possible, through in-depth interviews, to account for the intertwining of these levels and the normative work that the actors carry out to construct their own sexual scripts. The material for this research will consist of interviews with young adults (18-25 years old) whose entry into sexual practices (whatever their sexual orientation) is conducive to the observation of the validity of the hypotheses concerning the notions of disenchantment and normative recomposition - particularly around consent. The fields of this research are defined in terms of the intersectionality of social relations (gender, class, race, sexual orientation, disability) that frame social experiences of sexual consent. The results of this thesis can be used as a basis for sexual education policies, and offer a new theoretical prism for French academic studies of sexual consent.