Les luttes environnementales Navajo : mobilisations, frictions et ontologies

par Eugenie Clement

Projet de thèse en Anthropologie sociale et Ethnologie

Sous la direction de Sara Le Menestrel.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 23-09-2019 .


  • Résumé

    À l'échelle planétaire des groupes de militants colonisés définis comme « autochtones » luttent pour la préservation environnementale et la défense de leurs territoires. En première ligne du changement climatique, menacés par l'extractivisme et la disparition de la faune et la flore nécessaires à leur survie, ils sont aussi particulièrement évoqués par les mouvements écologistes, comme alliés ou comme objets de leurs luttes. Depuis les années 1970, les Amérindiens des Etats-Unis se sont trouvés aux avant-postes de ces mobilisations. Située dans le sud-ouest de l'Arizona, la nation navajo fait particulièrement référence en la matière. Première nation autochtone à avoir créé son université, le Diné College en 1968, elle a récemment ouvert un Diné Policy Institute (DPI), important foyer d'analyses de la vie sociale, culturelle et économique au sein de cette réserve, la plus grande du pays, longtemps une des plus pauvres, et certainement parmi les plus arides. Dans ce territoire autonome enclavé au sein de la première puissance mondiale, la mobilisation environnementale a des racines anciennes et des bourgeons très récents. Vus du territoire navajo, les interactions, échanges et frictions qui animent le champ de la militance écologiste apparaissent particulièrement riches, et travaillées par des dynamiques de labellisations raciales et ethniques, comme par des aspects de classe et de relations intergénérationnelles qui ont encore trop peu attiré l’attention de la recherche. Cette recherche souhaite en effet creuser la friction entre les éco-activistes radicaux et les « protecteurs » et militants autochtones, sujet à ce jour très peu étudié par l’anthropologie, à l’exception notable de David Graeber, dont le Direct Action invite surtout à y repérer la blancheur comme privilège. Or, cette recherche fait le pari que le sujet ne peut se réduire aux oppositions frontales entre activistes « blancs » et « indiens ». Au contraire, je souhaiterais y aborder les zones de contacts, de reformulations et de superpositions constitutives de la mobilisation environnementale « interraciale » qui s’est nouée autour des groupes amérindiens depuis une vingtaine d’années. Dans le cas qui m’intéresse, ces « frictions» (Tsing, 2005) touchent selon moi tant aux frontières physiques de la réserve navajo qu’aux rapports sociaux qui se nouententre ouvriers y travaillant et autres habitants de la réserve, ou encore entre militants non-indiens et « protecteurs » de la Terre se définissant comme navajos . Alors que de nombreux travaux ont abordé les luttes environnementales en opposition à l’extractivisme, peu ont cherché à comprendre les complexités et les nuances des différents collectifs autochtones, réduisant l’anthropologie au contact de peuples autochtones à une anthropologie de restitution. Or les Amérindiens, et en particulier les Navajos sont plus que les victimes de la colonisation et de l’extractivisme et ne se cantonnent pas à être les porte-parole naturels de « la nature ». Leur contribution originale mérite d’être abordée dans toute sa diversité et en fonction, non du rôle que les non-Indiens veulent leur voir jouer, mais des débats mêmes qui structurent leurs luttes – c’est d’ailleurs une exigence centrale de ces mouvements tous particulièrement attentifs au risque d’être transformés en mascottes ou en figurants.


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