PERSPECTIVES DU « FAIRE CORPS » ET DE L'EXPERIENCE FANTOMALE DANS LA CREATION CONTEMPORAINE

par Apolline Brechotteau

Projet de thèse en Pratique et théorie de la création artistique

Sous la direction de Chantal Lapeyre.

Thèses en préparation à Cergy-Pontoise , dans le cadre de École doctorale de droit et sciences humaines (Cergy-Pontoise, Val-d'Oise) , en partenariat avec AGORA (laboratoire) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    En permanence exposé, entre objet de convoitise, esthétisme et marchandise, le corps se présente comme un environnement à la fois intime et public, familier et en dehors de nous-mêmes. C'est un support inhérent à la nature humaine dont les limites physiques sont indiscutables. Pourtant, face à l'hétérogénéité et la prolifération des expériences plastiques et littéraires telles que les travaux d'anthropométrie d'Yves Klein ou le Journal d'un corps de Daniel Pennac, qui traduisent le corps en sujet de déconstruction, une remise en question des limites et de la consistance du corps s'impose. L'attrait des artistes et écrivains contemporains pour la figure du fantôme, symptôme d'une quête des origines du corporel pour questionner le corps et le remettre en cause, se justifie alors. D'un point de vue conventionnel, la représentation du fantôme dans les domaines artistique et littéraire met en scène un ensemble de caricatures qui permet de définir ledit fantôme de manière quasi-universelle comme un être effrayant et source de terreur. Cette mise en scène horrifique semble s'atténuer dans les œuvres de création littéraire, performances et expositions artistiques contemporaines qui mettent en avant la dimension incorporelle de l'entité fantomale et ce, au profit d'une identification de notre nature propre. Dans la paralittérature, en l'absence d'un corps tel que nous l'entendons, c'est-à-dire d'un corps de chair, d'os et sang, le fantôme ne peut conter son histoire. L'ambition de ce projet de thèse est de mettre en exergue comment les créateurs actuels cherchent à reconstruire le corps au travers du faire corps, expérience traduisible par la figure du fantôme. Ceci, en passant de l'incorporel à la corporalité dans un contexte actuel témoin de la confrontation entre la standardisation des corps des uns et la revendication de la subjectivité des autres, et en donnant de la voix à l'expérience d'un non-être, perdu dans un entre-lieux, afin de narrer sa condition de sujet inconsistant. Nous nous interrogerons donc sur les possibilités d'enveloppes corporelles, au sens le plus métaphorique du terme, c'est-à-dire en prenant en compte la diversité des représentations physiques du fantôme. Cette problématique renvoie également à la nécessité d'expérimenter des manières de mise en présence de l'entité spectrale au travers de ce que nous appellerons l'expérience fantomale. Les modalités dont usent les créateurs actuels quant aux caractéristiques de ces abstractions fantomatiques, qui se situent au-delà d'une représentation caricaturale de l'être hantant, traduit une définition dans laquelle la recherche d'une entité corporelle paraît essentielle à la connaissance de soi. Cette recherche se basera sur deux corpus : le premier tentera de discuter les enjeux du faire corps, tandis que le second se présentera sous la forme d'une œuvre de création, accompagnée d'une analyse critique du processus d'écriture. Le projet de création mettra en scène un narrateur recevant une lettre dont l'ambition sera de lui permettre de reconstruire la corporalité du messager par l'intermédiaire du médium-lettre et ce, dans un objectif de reconnaissance de soi à travers la reconstitution de l'autre.

  • Titre traduit

    PERSPECTIVES OF 'MAKING BODY' AND FANTOMAL EXPERIENCE IN CONTEMPORARY CREATION


  • Résumé

    Permanently exposed, between object of desire, aesthetics and merchandise, the body presents itself as an environment both intimate and public, familiar and outside ourselves. It is a support inherent in human nature whose physical limits are indisputable. Yet, faced with the heterogeneity and proliferation of plastic and literary experiences such as Yves Klein's anthropometric works or Daniel Pennac's Diary of a Body, which translate the body into a subject of deconstruction, a questioning limits and consistency of the body is needed. The attraction of contemporary artists and writers for the figure of the ghost, a symptom of a quest for the origins of the body to question the body and question it, is then justified. From a conventional point of view, the representation of the ghost in the artistic and literary fields stages a set of caricatures that makes it possible to define the ghost in a quasi-universal way as a frightening being and a source of terror. This horrifying staging seems to diminish in literary creation works, performances and contemporary artistic exhibitions that highlight the intangible dimension of the ghost entity, in favor of an identification of our own nature. In paraliterature, in the absence of a body as we understand it, that is, a body of flesh, bone and blood, the ghost can not tell its story. The ambition of this thesis project is to highlight how current creators seek to reconstruct the body through the “making body”, experience translatable by the figure of the ghost. This, from the intangible to corporality in a current context witnessing the confrontation between the standardization of the bodies of some and the claim of the subjectivity of others, and giving voice to the experience of a non-to-be lost in a place, in order to narrate its condition of inconsistent subject. We will therefore examine the possibilities of body envelopes, in the most metaphorical sense of the term, that is to say taking into account the diversity of the physical representations of the ghost. This problematic also refers to the need to experiment with ways to “put in presence” of the spectral entity with what we will call the ghost experience. The modalities used by today's creators with regard to the characteristics of these ghostly abstractions, which lie beyond a caricatural representation of the haunting being, reflect a definition in which the search for a corporeal entity seems essential to the knowledge of itself. This research will be based on two dimensions: the first will attempt to discuss the issues of the “making body”, while the second will be in the form of a creative work, accompanied by a critical analysis of the writing process. The project of creation will stage a narrator receiving a letter whose ambition will be to allow him to reconstruct the corporeality of the messenger through the medium-letter and this, in a goal of self-recognition through the reconstitution of the other.