« La psychanalyse n'est pas une science ». Lacan, le discours de la science et l'heuristique psychanalytique.

par Arthur Massot

Projet de thèse en Epistémologie et histoire des sciences et des techniques

Sous la direction de Jean-Christophe Weber.

Thèses en préparation à Strasbourg , dans le cadre de École doctorale Augustin Cournot (Strasbourg ; 1995-....) depuis le 05-09-2018 .


  • Résumé

    La naissance de la psychanalyse est classiquement associée aux élaborations théoriques de Freud au tournant du XXe siècle. Après des études de médecines et des recherches de laboratoire, Freud se tournera vers la pratique clinique, et aura ainsi l'occasion de prendre en charge des patient·e·s hystériques. De nombreux psychanalystes après Freud ont mis l'accent sur l'importance de ce « passage » à la clinique, à l'origine de la technique de l'association libre et de son interprétation. Si ce « passage » est souvent décrit comme une prise de distance de Freud vis-à-vis de son « scientisme » initial, il faut toutefois souligner que ce dernier défendra toujours le statut de scientificité de la psychanalyse, considérant celle-ci comme une science de la nature. Dans son projet d'effectuer un « retour à Freud », Lacan se montrera à la fois proche et critique des positions freudiennes. En 1953, il opposera les sciences « exactes et objectivantes » aux sciences « conjoncturelles et subjectives », et proposera de considérer la psychanalyse comme relevant de cette seconde catégorie. À la fin des années 1950, il qualifiera la psychanalyse d’érotologie, c'est-à-dire de science du désir, irréductible à la pure rationalité des sujets qu'elle viserait à appréhender. Dans les années 1960, Lacan interrogera la science dans son rapport à la vérité, et proposera de considérer la naissance de la science moderne comme le moment historique qui aurait provoqué une Spaltung au sein du Sujet parlant. Du fait de sa prétention intrinsèque à l’objectivité, la science aurait pour effet d'occulter la question de la vérité subjective (i.e., propre au sujet). À cet endroit, la psychanalyse prendrait sens vis-à-vis de la science, puisque son objet est précisément cette vérité singulière du sujet, laissée de côté par le discours scientifique. Lacan situera ainsi la psychanalyse en dehors du champ de la science, tout en soulignant que la première ne prendrait historiquement et épistémologiquement sens qu'en lien avec la seconde. Ce travail de thèse a pour objectif de discuter des rapports respectifs de Freud puis de Lacan à la question de la science. L'étude historique et épistémologique des positions théoriques de Freud permet de montrer quels ont été moyens mis en œuvre par ce dernier en vue de « faire science », dans le contexte de la science germanique positiviste de la fin du XXe siècle. Ces positions nous permettent de comprendre les enjeux sociologiques et épistémologiques légués par Freud aux psychanalystes comme aux critiques de la psychanalyse après lui. De ce point de vue, l'originalité de la position lacanienne est de situer la psychanalyse en dehors du champ scientifique. En développant sa propre théorie des discours, Lacan a de plus proposé un modèle pour interroger, non plus la psychanalyse à l'aune de la science, mais la science en regard des théories psychanalytiques. En se basant sur une approche non normative des théories psychanalytiques, il s'agit de se donner les moyens d'appréhender les positions épistémologique de Freud et Lacan, sans chercher ce faisant à statuer du statut de scientificité ou non de la psychanalyse. C'est à partir de l'appréhension des ces positions théoriques selon leur logique propre que l'on peut comprendre les enjeux épistémologiques situés aux fondements des débats contemporains sur la scientificité de la psychanalyse.

  • Titre traduit

    "Psychoanalysis is not a science". Lacan, the science discourse and the heuristic of psychoanalysis


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