La responsabilité internationale des entreprises multinationales pour les crimes internationaux comms dans les conflits armés non internationaux

par Jelena Aparac

Projet de thèse en Droit public

Sous la direction de Marina Eudes.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École Doctorale Droit et Science Politique (Nanterre) , en partenariat avec Centre de droit international (Nanterre) (laboratoire) depuis le 05-09-2011 .


  • Résumé

    La nature des conflits armés a significativement changé ces dernières décennies car ils sont devenus de plus en plus asymétriques. Des études multiples montrent que plus l’État est riche en ressources naturelles, plus il a la possibilité de subir un conflit interne de long durée. Parmi les acteurs impliqués, les entreprises multinationales contribuent directement ou indirectement non seulement aux conflits, mais aussi aux crimes qui sont commis dans ce contexte. Parmi elles, les sociétés militaires et de sécurité privées, les entreprises de l’industrie extractive et les institutions financières privées sont particulièrement impliquées. La première partie de cette thèse étudie la cristallisation progressive du droit substantiel et le fondement de la théorie de la responsabilité internationale des entreprises multinationales en raison de leur participation aux crimes internationaux. A la différence de l’approche traditionnelle de droit international public, le droit international humanitaire, applicable en période de conflit armé, est opposable aux acteurs non étatiques, et donc également aux entreprises multinationales. De ce fait, ce droit, ainsi que le droit international pénal, peuvent être des fondements de la responsabilité internationale des entreprises multinationales. Ce postulat a été accepté dès les procès de Nuremberg qui ont pour la première fois écarté le principe de societas delinquere non potest et reconnu le rôle des entreprises dans les conflit armés. Malgré la multiplication des initiatives de la soft law relatives à la responsabilité sociale des entreprises, force est de constater que celles-ci ne sont pas suffisantes, car elles ne prennent pas en compte les situations de conflits armés. Aussi, pour justifier l’application du droit international humanitaire aux entreprises, la présente étude identifie le statut des entreprises, leurs obligations et les conséquences de la violation, puis explique les modalités de l’attribution des crimes aux entreprises en analysant les formes directes et indirectes de participation en cause. La deuxième partie de la thèse explore les possibilités de la mise en œuvre de la responsabilité des entreprises devant des mécanismes et tribunaux internationaux. Dans un premier temps, l’auteur s’interroge sur les possibilités d’engager la responsabilité des entreprises multinationales devant les mécanismes pénaux, y compris devant la Cour pénale internationale (moyennant la modification du Statut de Rome). Enfin, la thèse s’achève sur une étude des mécanismes ne relevant pas de la logique pénale. L’auteur questionne ainsi les options existantes devant les institutions spécialisées en matière de droits de l’Homme et de de droit international économique. L’auteur parachève son étude par une analyse de la documentation des crimes d’entreprises, réalisée soit par des enquêtes officielles, soit par la société civile et des tribunaux d’opinions. L’auteur conclut que la voie de la procédure internationale pénale est la plus adaptée pour la mise en œuvre de la responsabilité des entreprises multinationales pour leurs participations dans des crimes internationaux, sans que cela exclut d’autres mécanismes compétents qui demeurent des voies complémentaires.

  • Titre traduit

    International liability of multinational corporations for crimes occurring in the context of non-international armed conflicts


  • Résumé

    The nature of armed conflict has shifted significantly in recent decades, becoming increasingly asymmetrical. Multiple studies show that more a state is rich in natural resources, the more likely it is to suffer a long-term internal conflict. Amongst different actors, multinational (or transnational) corporations contribute directly and/or indirectly not only to the conflict, but also to the crimes that may then arise. Private military and security companies, extractive industries, and private financial institutions are particularly likely to be involved in criminal conduct. The first part of this thesis examines the progressive crystallization of substantive law and the foundation of the theory of international responsibility of multinational corporations for international crimes. Unlike the traditional state-based approach of public international law, international humanitarian law, which is applicable in times of armed conflict, places clear and binding legal obligations on non-state actors, and thus also multinational corporations. As a result, this law, as well as international criminal law, can be a foundation for the international responsibility of multinational corporations. This postulate has been accepted since the Nuremberg trials, which for the first time dismissed the principle of societas delinquere non potest and recognized the role of corporations in armed conflict. Despite the proliferation of soft law initiatives relating to corporate social responsibility, it is clear that these are insufficient as they fail to take into account situations of armed conflict. In addition, to justify the applicability of international humanitarian law to corporations, the research identifies the status of companies, their obligations, the consequences of violations of these obligations and establishes the modalities of the attribution of the crimes to the corporations, and analyses the direct and indirect forms of participation of the multinational corporations in the crimes. The second part of the thesis explores possibilities for the implementation of corporate responsibility before international mechanisms and tribunals. In particular, the author is studying the option of engaging the responsibility of multinational corporations before the criminal mechanisms, including before the International Criminal Court (with the amendment of the Rome Statute). Finally, the thesis ends with a study of mechanisms that do not fall under the criminal logic. Therefore, the author is exploring the most suitable opportunity before various institutions specialized either in human rights or international economic law. The author completes the study with a consideration of the documentation of corporate crimes, either through official investigations or by those conducted by civil society and People’s tribunals. The author concludes that the path of international criminal procedure is the most appropriate for the implementation of the responsibility of multinational corporations for their participation in international crimes without excluding other existing competent mechanisms that may constitute complementary proceedings.