Du licite à l'interdit, quand la production de nu photographique vacille : étude comparée des revues du nu à l'échelle européenne

par Manon Lecaplain

Projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Christophe Gauthier.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Centre Jean-Mabillon (Paris) (laboratoire) et de École nationale des chartes (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-11-2018 .


  • Résumé

    À l'aube du XXe siècle, une presse d'un genre nouveau voit le jour, suscitant bien des débats. Conçues comme des catalogues périodiques de modèles photographiques de nu, les revues du nu prospèrent. À une époque où la production de cartes postales érotiques foisonne, les albums du nu veillent à préciser qu'ils se veulent « à destination des artistes » ; cette adresse est fondamentale dans le sens où elle concentre toute l'ambiguïté du corpus. Documents de charme ou documents d'étude ? Leurs détracteurs de l'époque sont unanimes : il s'agit de documents obscènes qui doivent être poursuivis pour outrage aux bonnes mœurs. Cette illégitimité artistique qui leur est contemporaine entraîne, à terme, une illégitimité historique : ils ne sont pas dignes d'intérêt car ambivalents. À la croisée des histoires de la photographie, de l'art, de la presse, des mentalités et du droit, mais encore des visual studies, postcolonial and gender studies, ils font la lumière sur la pluralité de regards qu'engage une question immémoriale : où s'arrête l'art, quand commence l'obscénité ? À l'orée de la Grande Guerre, la revue du nu française danse sur le fil : funambule, elle balance entre les pôles de l'obscène et de l'art, du clandestin et du licite. L'adresse aux artistes est le bouclier dont elle se pare pour échapper à la censure et, avant la Première Guerre mondiale, ce rempart vacille. En 1918, elles ne renaîtront pas de leurs cendres. L'argument artistique ne tenait plus. Spécificités parisiennes, les albums du nu sont la forme sous laquelle la France choisit d'honorer la production de photographies de nus si caractéristique du début du XXe siècle. Et à d'autres contrées, d'autres prétextes : outre-Rhin, les arguments diffèrent et une étude comparée s'impose d'elle-même. L'objectif de cette thèse de doctorat est donc d'étudier, à l'échelle européenne, les prétextes et arguments engagés pour légitimer la production de nus photographiques. Pédagogique en France, naturiste en Allemagne, artistique en Italie, cette production est hétéroclite et pourtant, une même contrainte l'enchaîne : la frontière entre art et obscénité, si frontière il y a, plane sur son existence et lui dicte sa conduite.

  • Titre traduit

    Between lawfulness and illegality, when nude photographic production wavered : comparative study of the "revues du nu" on a European scale


  • Résumé

    At the very beginning of the twentieth century, a new kind of press took shape, triggering debate. The revues du nu, periodical catalogues of nude photographic models, flourished. In an era of intense erotic postcard production, the revues du nu were “addressed to the artists” as their primary audience. This is key, because it brings into focus a fundamental debate on the ambiguities of the revues du nu: are they soft-porn or study documents? Contemporary detractors argued these were obscene documents that must be prosecuted as an affront to public decency. The revues du nu suffered from an artistic illegitimacy which brought about a historical illegitimacy, they were seen as not worthy of interest because of their ambivalent nature. Yet their study sheds light on the very society which gave birth to them. They are at the crossroads of photography, art, press media, mentalities and legal history, and as such they can enlighten an age-old question: where does art stop, when does obscenity begin? Just before the Great War, the revues du nu wavered: they swayed between art and obscenity, between lawfulness and illegality. Before, they used an artistic excuse to escape censorship but, as 1914 approached, this bulwark weakened. The revues du nu would not survive the first World War. In a specifically Parisian context, the revues du nu are the media chosen by French actors to cover the nude photographic production which is so emblematic of the early XXth century. Other countries, however, have other contexts. In Germany, excuses are different and a comparative study is necessary. This thesis aims to study, on the European scale, the justifications and arguments used to legitimatize nude photographic production. Educational in France, naturist in Germany, artistic in Italy, their production was heterogeneous but the same constraint applied to them all: the limit between art and obscenity, if it does exist, dictates how it should behave.