De l'ontologie psychopathique : enquête clinico-théorique sur les fondements épistémologiques, empiriques et métapsychologiques d'une entité controversée

par Mathieu Garcia

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Gregory Michel et de Virginie Peltier.

Thèses en préparation à Bordeaux , dans le cadre de Sociétés, Politique, Santé Publique , en partenariat avec Bordeaux Research Center for Population Health (laboratoire) depuis le 04-02-2019 .


  • Résumé

    Le schème psychopathique a toujours occupé une place ambiguë dans le paysage nosographique international : située à l'interface entre la maladie mentale et la « folie morale », entre le trouble psychiatrique et le trouble de la personnalité, entre la psychopathologie développementale et la psychose. Cette indécision trouve ses échos dans le débat médico-légal et expertal, toujours actuel, consistant à déterminer si le psychopathe (ou un sujet présentant un certain degré de psychopathie) doit être considéré comme responsable de ses actes ou non, avec toutes les conséquences juridiques et pénales que cela implique. Nous nous attèlerons donc, dans le cadre de la présente thèse de doctorat, à dépeindre l'ontologie psychopathique, et ce conformément à l'acceptation Heideggerienne de la tâche ontologique, consistant spécifiquement « à rendre compte de l'Être (en l'occurrence, ici, « l'Être » de la psychopathie) à la fois dans son unité et dans sa diversité » (l.19). Il s'agira plus précisément de procéder à une clarification des éléments constitutifs de ce construit psychocriminologique aux contours flous, notamment en questionnant de manière empirique les dimensions psychologiques et psychopathologiques qui fondent et structurent le spectre psychopathique dans ses différents mode d'expression, aussi bien de l'enfance à l'âge adulte qu'en population générale ou médico-légale. L'idée n'étant pas de venir naturaliser ou essentialiser un concept dont la pertinence clinique même fait débat, mais plutôt d'en dresser les principales composantes, d'en identifier les facettes les plus significatives et les plus signifiantes, ceci afin de rendre compte d'une condition psycho(patho?)logique difficilement saisissable. C'est à partir de cette entreprise initiale de précision et d'éclaircissement conceptuelle que nous tâcherons ensuite d'interroger les fondements scientifiques, les assises épistémologiques, mais aussi la pertinence, la légitimité et la cohérence philosophique du principe juridique selon lequel un diagnostic de psychopathie implique de manière systématique l'attribution (ou l'imputation) de pleine responsabilité pénale. Nous procèderons à un recueil de données multi-échantillon et multi-site, avec différents types de population investiguées (population générale mais aussi carcérale), et à travers plusieurs tranches d'âge (enfance, adolescence, âge adulte). La stratégie de recherche que nous privilégierons combinera les apports respectifs et complémentaires d'une méthodologie de type qualitative et quantitative, avec un traitement des données s'appuyant sur des modèles statistiques de pointes. Notons enfin que ce travail se situera au cœur d'un projet collaboratif de recherche réunissant plusieurs équipes réparties à travers les 6 continents, permettant ainsi une récolte de données au sein d'une pluralité de pays (France, Etat-Unis, Canada, Brésil, Argentine, Espagne, Portugal, Irak, Afrique du Sud, Australie...).

  • Titre traduit

    Psychopathic ontology: Clinical-theoretical investigation of the epistemological, empirical and metapsychological foundations of a controversial entity


  • Résumé

    The psychopathic construct has always occupied an ambiguous place in the international nosographic landscape: situated at the interface between mental illness and "moral folly", between psychiatric disorder and personality disorder, between developmental psychopathology and psychosis. This indecision finds its echo in the medico-legal and expert debate, still current, consisting of determining whether the psychopath (or a subject with a certain degree of psychopathy) should be considered as responsible for his actions or not, with all the legal consequences and penal that implies.   We will therefore attempt, in the context of the present doctoral thesis, to portray the psychopathic ontology, and this in accordance with the Heideggerian acceptance of the ontological task, specifically consisting of "accounting for the Being (in this case here, "the Being" of psychopathy) both in its unity and in its diversity "(l.19). It will be more precisely to proceed to a clarification of the constitutive elements of this psychocriminological construct with fuzzy contours, in particular by questioning in an empirical way the psychological and psychopathological dimensions which found and structure the psychopathic spectrum in its different mode of expression, as well as from childhood to adulthood than in the general or forensic population. The idea is not to come to naturalize or essentialize a concept whose clinical relevance even makes debate, but rather to draw up the main components, to identify the most significant and most significant facets, in order to make account of a psycho(patho?)logical condition that is difficult to grasp. It is from this initial undertaking of precision and conceptual clarification that we will then try to question the scientific foundations, the epistemological conditions, but also the relevance, the legitimacy and the philosophical coherence of the legal principle according to which a diagnosis of Psychopathy systematically involves the attribution (or imputation) of full criminal responsibility. We will carry out a collection of multi-sample and multi-site data, with different types of population investigated (general population but also prison), and across several age groups (childhood, adolescence, adulthood). The research strategy that we will favor will combine the respective and complementary contributions of a qualitative and quantitative methodology, with data processing based on different statistical models. Finally, it should be noted that this work will be at the heart of a collaborative research project involving several teams spread across the 6 continents, thus allowing data to be collected in a number of countries (France, United States, Canada, Brazil , Argentina, Spain, Portugal, Iraq, South Africa, Australia ...).