"Babtous" et "Michtos", rencontres , échanges économico-sexuels, et processus d''acculturation réciproque entre jeunesses de Trappes et de Versailles

par Matthieu Ruffet

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Cyril Lemieux.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 31-01-2019 .


  • Résumé

    Notre projet de thèse, sous la direction de Cyril Lemieux, concerne l’étude de la rencontre de deux jeunesses que tout semble opposer : la jeunesse de Trappes et celle de Versailles, dans les Yvelines. Nous abordons la compréhension de ces scènes sociales et des interactions de la manière dont les acteurs eux-mêmes problématisent et « expérimentent » leur rapport à l’interaction au travers d’un travail ethnographique approfondi. Deux villes, deux mondes si proches et si différents à la fois. La constatation initiale est donc celle de l’existence d’une acculturation, étonnante et vraisemblablement paradoxale au regard des écarts culturels et historiques de deux espaces urbains séparées d’une dizaine de kilomètres seulement. Notre objet gravite ainsi autour de deux pôles personnifiés. D’un côté, les « babtous », cette catégorie objectivée par les acteurs de la population dite « blanche de souche » typiquement versaillaises qui tend – maladroitement selon les acteurs - à adopter et reproduire des pratiques issues de l’univers trappiste, processus que nous caractérisons « d’encanaillement ». De l’autre, les « michtos », incarnant l’idée d’une mise à profit de son intégrité physique à des fins utilitaristes, et ce, quitte à renoncer à une part de ce qui constituait l’identité viriliste. Il s’agirait donc ici d’une double prise de risque conscientisée par les acteurs amenant notamment à un certain nombre de d’épreuves que nous étudierons. Imiter, au risque d'être rejeté et/ou rappelé par les groupes sociaux. Il s’agit là de comprendre quel est donc le prix – ou le coût social - du choix du stigmate par consentement apparent des acteurs ? Au cours de cette thèse de la rencontre incongrue, un certain nombre de thématiques seront abordées – notamment, celles des échanges économico-sexuels, du rapport au religieux, à l’art et à la culture. Mais la question centrale que nous traiterons tient à ce qu’on pourrait appeler la puissance normative des classes populaires. L’enjeu de l’étudier nous paraît double : 1) contre l’idée que la diffusion culturelle va forcément du haut (de la société) vers le bas. La casuistique ici examinée indique l’existence de mouvements contraires qui, en l’occurrence, placent les membres d’un groupe issu des classes populaires – les jeunes Trappistes – dans une position, qui est inédite pour eux, de supériorité symbolique à l’égard d’un groupe issu des classes moyennes-supérieures – les jeunes Versaillais « encanaillés ». Il s’agira de comprendre les logiques de ce processus d’inversion symbolique, la façon dont il est reçu par les jeunes Trappistes et les limites qu’il rencontre notamment visibles durant les interactions (intra et inter groupes). 2) contre l’idée que la diffusion culturelle se fait librement et sans entraves. Le cas ici examiné doit nous permettre de comprendre l’importance des forces de rappel qui, dans chaque groupe (Trappistes autant que Versaillais), limitent les possibilités de s’approprier des éléments culturels venus de l’autre groupe. Il s’agira de comprendre en quoi ces sanctions et forces de rappel conduisent à une limitation des échanges entre membres de classes sociales différentes mais aussi en quoi ces échanges, lorsqu’ils ont lieu, modifient ces forces de rappel et accroissent la réflexivité dont les individus peuvent faire preuve vis-à-vis des normes de leur propre groupe d’appartenance.

  • Titre traduit

    Astonishing encounter between two distinct social groups : acculturation process and slumming between popular classes and wealthy class


  • Résumé

    My thesis project focuses on interclass relationships, more precisely on the mechanisms of cultural borrowing and social mimicry: the upper classes tend to incorporate and reproduce the social and cultural practices of "popular" classes. Especially in the youth. How do seemingly distinct social groups, sometimes in opposition (and stigma), manage to make and maintain relationships? Moreover, contrary to the holistic tradition (notably of Pierre Bourdieu in France sociology), how the diffusion of social practices can be made from the dominated classes towards the dominant classes, and not only the opposite. I particularly note it between two cities very close geographically but socially very distant, where I started my observations : Trappes (a typical suburban town with a lot of immigration and delinquency, and Versailles legacy of the French aristocracy…). I observe "astonishment" that youngs Versaillais adopt (awkwardly) the cultural codes of stigmatized and popular youth… My approach will be resolutely interactionist in order to understand identities, and define the contradictions and social sanctions of both reference groups and groups of belonging. The angle of my my thought deepens even to the existence of a socio-sexual relation, where the classical norms of social reproduction are sometimes contradictory… Indeed, young men from working-class neighborhoods (majority sons of African immigrants, and muslims) maintain relationships (ephemeral love affairs) with the gentrified youth of Versailles with some symbolic gifts, going so far as to "deny" the virilist and community culture of origin, I wonder then why and how? romance, exoticism, love, strategy?