La narrativisation des musiques populaires enregistrées : enjeux génériques et politiques des musiques rock et folk (1962-1989)

par Marion Brachet

Projet de thèse en Musique, histoire et société

Sous la direction de Estebán Buch et de Serge Lacasse.

Thèses en préparation à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Université Laval (Québec, Canada) , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 26-09-2018 .


  • Résumé

    Cette recherche porte sur les processus de narrativisation des musiques rock et folk, et mobilise une méthode phononarratologique reposant sur des témoignages d’écoute d’auditeurs investis dans ces deux genres à travers l’appartenance à des communautés d’amateurs en ligne. Bien que le champ de la narratologie des musiques populaires se soit développé depuis une quinzaine d’années, les travaux s’appuyant sur des enquêtes de réception y restent en effet marginaux. Le cadre cognitiviste tendant pourtant à s’implanter dans la narratomusicologie, il m’a semblé important de réaliser une étude plus systématique permettant de mieux comprendre comment sont perçus les textes et surtout l’ensemble de l’environnement sonore d’une chanson populaire, et pourquoi ils peuvent être reçus à travers un prisme narratif. En utilisant la théorie des affordances, je cherche dans cette thèse quels éléments, relevant des paroles, de la composition musicale, de la performance, mais aussi des paramètres technologiques et de la mise en scène sonore, semblent encourager une écoute narrativisante. Je m’appuie pour cela sur un questionnaire en ligne distribué auprès de 15 communautés d’auditeurs dédiées à des artistes rock et folk, portant sur la place de la narrativité dans leurs écoutes et dans leur perception des musiques rock et folk. La focalisation sur ces deux genres, dans leurs incarnations allant des années 1960 aux années 1980, me permet de mener une approche comparative du rôle que peut jouer la narrativité dans les définitions et traditions génériques, mais aussi de la manière dont cette narrativité articule et concentre un bon nombre des enjeux politiques soulevés par les musiques populaires. Les liens étroits qu’ont pu entretenir les genres rock et folk avec des mouvements ou discours politisés redoublent l’intérêt de ce questionnement et de la méthode utilisée ici, qui laisse apercevoir comment la réception actuelle des récits rock et folk façonne l’image politique de ces genres. En mettant en regard les contributions des enquêtés avec des analyses phononarratologiques, je me suis attachée à évaluer les contrastes d’affordances sonores, politiques et narratives proposées par les chansons rock et folk, tout en gardant à l’esprit les impressions que ces affordances laissent sur leurs publics contemporains. Les résultats de cette recherche montrent que malgré quelques différences dans les processus de narrativisation des chansons rock et folk, le caractère phonographique de ces musiques les rassemble comme objets narratifs gagnant à être compris sous le prisme de l’expérientialité, dans la mesure où elles encouragent l’auditeur implicite à se positionner dans le monde narratif proposé par chaque piste. Les points de vue et types de voix narratives prenant à parti cet auditeur implicite modulent toutefois considérablement cette relation, et sont essentiels dans la compréhension des pratiques et traditions narratives et politiques des genres rock et folk, dont on peut ainsi dresser des profils distincts en dépit des nombreux échanges qui ont dynamisé l’évolution de ces deux familles musicales sur la période étudiée.

  • Titre traduit

    The narrativization of recorded popular music : genre and politics in rock and folk music (1962-1989)


  • Résumé

    This thesis deals with the narrativization of rock and folk music with a phononarratological approach relying on listening accounts gathered from listeners invested in these two genres through an active involvement in online fan communities. Although the field of narratological popular music studies has developed in the last 15 years, studies rooted in reception fieldwork are still rare. Since cognitive frameworks nevertheless tend to get adopted in musiconarratology, it seemed important to me to conduct a more systematic investigation in order to better understand how lyrics and sonic environment are perceived in a popular song, and why they can be received through a narrative lens. Using affordance theory, I seek what elements, relating to lyrics, musical composition, performance, but also technological parameters and phonographic staging, can encourage a narrativizing mode of listening. To this end, I rely on an online survey shared among 15 fan communities dedicated to rock and folk artists, dealing with narrativity’s place in their way of listening and in their perception of rock and folk music. My focalizing on these two genres from the 1960s to the 1980s allows me to conduct a comparative approach to the role narrativity can play in generic definitions and traditions, but also to the way narrativity structures and concentrates a range of political issues brought up by popular music. The close links that have existed between rock and folk genres and politicized movements or discourses heighten the relevance of my line of questioning and of my method, which sheds light on how contemporary receptions of rock and folk narratives shape these two genres’ political images. By combining the listeners’ comments with phononarratological analysis, I try to gauge the contrasts between rock and folk songs in terms of sonic, political and narrative affordances, while keeping an eye on what impressions these affordances leave on contemporary listeners. My results show that despite some differences between the narrativization processes encouraged by rock and folk music, their phonographic nature brings them together as narrative objects that should be viewed through the angle of experientiality, insofar as they incite the implied listener to position themselves in the storyworld suggested by each track. However, some types of point of view and narrative voice alter this relationship and are essential in the understanding of the narrative and political practices of rock and folk music, from which two distinct portraits can be painted despite the numerous exchanges that have stirred their evolution during the period I studied.