Les initiatives locales: histoire d'une transformation sociale oubliée

par Djigui Diakite

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Yorghos Remvikos.

Thèses en préparation à Paris Saclay , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Sceaux, Hauts-de-Seine ; 2015-....) , en partenariat avec Cultures Environnements Arctique Représentations Climat (laboratoire) et de Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (établissement de préparation de la thèse) depuis le 03-12-2018 .


  • Résumé

    Depuis plusieurs décennies, des problèmes structurels qui perdurent en France, notamment urbains la montée des inégalités sociales en santé, le chômage et le délitement des liens sociaux ainsi que le réchauffement climatique. Diverses solutions ont été proposées par les instances politiques sur différentes échelles pour lutter ces problèmes afin d'améliorer le sort de la population dans son environnement. Pourtant, malgré ces volontés, ces problèmes sont devenus quasiment insoluble (Stiglitz, 2002 ; Lautier, 2002), alors qu'au moment où la question de l'adaptation au changement globaux arrive, de nouveaux besoins résultant de l'évolution de la ville apparaissent : l'accueil des enfants en situation d'handicap, le transport des personnes à mobilité réduite, l'insertion des anciens carcéraux, l'emploi dans les quartiers urbains sensibles, la protection du cadre de vie, entre autres. Depuis plus de trente ans, la multiplication des problèmes, lesquels l'état de providence n'arrive pas à trouver des solutions appropriées depuis plus de 40 ans remet en question son rôle comme garant de la société, notamment quant à l'adaptabilité des actions publiques dans les interventions sociales (Edwald, 1986 ; Bernier, 2003). De ce fait, la croyance en l'état de providence en tant que garant du développement des personnes et leur groupe social semble plus que jamais utopique. Dès lors la question qui se pose est la suivant : Pourquoi l'état de providence a failli à sa mission d'assurance du bien-être de la population ? Comment peut-il se relancer ? Pour répondre à cette problématique, nous abordons le concept de l'empowerment et ou développement du pouvoir d'agir des personnes et des groupes. Si l'empowerment n'a pas de traduction officielle en français, il signifie, selon Yann le Bossé, un processus qui permet aux personnes et à leur groupe, d'avancer dans la direction de ce qui est important pour elles, d'avoir la possibilité d'agir sur ce qui est au centre de leur préoccupation. Cette thèse trouve son origine dans la conception philosophique de la théorie de Paul Ricoeur, qui affirmait que l'homme est un être conscient capable de prendre du pouvoir et d'agir sur ce qui est important pour lui. On trouve également cette notion du pouvoir dans les travaux de Michel Foucault (1980). La conception du pouvoir pour ce dernier est très importante car il estime que le pouvoir ne se donne pas comme le suggère l'état de providence, mais qu'il se prend, comme l'affirme la théorie du développement du pouvoir d'agir des personnes et des groupes. Par ailleurs, empowerment a été évoqué par Marie Hélène Bacqué, pour désigner deux types de pouvoir : le pouvoir en acquisition, qui est un processus en acquisition et le pouvoir acquis, qui renvoi à la possibilité d'agir sur ce qui est important pour soi. Le pouvoir acquis permet donc d'agir, d'où le pouvoir d'agir. Pour Bacqué, le pouvoir est à penser au sens de Foucault comme une forme d'interaction sociale traversant les rapports sociaux qui est à la fois un élément acquis et une chose à acquérir. Bacqué distingue ainsi trois formes de pouvoir d'agir : le pouvoir sur, le pouvoir de et le pouvoir avec. Le pouvoir sur renvoie à la dimension politique telle qu'elle est abordée en science politique. Il s'agit de la capacité de décider une action sur une autre (la décision politique). Le pouvoir de est défini comme une compétence, une énergie et donc une capacité de promouvoir un changement. Enfin, la notion du pouvoir avec signifie le pouvoir de faire avec, de construire avec. Il s'inscrit dans une démarche collective proactive transformatrice. La distinction entre ces différentes formes de pouvoir (pouvoir sur, pouvoir de et pouvoir avec) offre une possibilité de se rendre compte qu'il peut y avoir théoriquement une autre manière de penser les formes d'intervention sociale pour améliorer le sort de la population. On le voit en particulier chez les interventions sociales conçues par les initiatives locales, qui sont des démarches proactives entreprises par des « acteurs locaux qui mobilisent les ressources que procure l'économie sociale et solidaire (ESS). » (Klein, 2011, p. 65). Elles se développent un peu plus dans tous les domaines, notamment socio-économique (insertion par l'activité économique par exemple), environnemental (transformation des friches industrielles en parc d'attraction par exemple), agricole (agriculture biologique et ou urbaine, permaculture par exemple) et social (jardin partagé, café partagé, les clubs de jeux vidéo). Ces initiatives prennent des formes juridiques variées (association, régis de quartier, club.) et ont plusieurs spécificités, notamment leur modèle de développement local basé sur une identité collective, celle du territoire dans laquelle les interactions prennent leur sens. On entend par le développement local un processus sur lequel un groupe localement situé, une « communauté » participe à la fabrique de son propre environnement dans le but d'améliorer la qualité de vie de ses résidents. La seconde spécificité des initiatives locales concerne leur capacité à concevoir et à développer le pouvoir d'agir individuel et collectif. La principale hypothèse de cette recherche est la suivante : les collectivités locales peuvent s'inspirer de ces initiatives locales pour améliorer leurs formes d'intervention sociale afin d'améliorer le sort des populations. En mettant en avant une orientation d'approche vers les personnes et en leur donnant la possibilité de choisir ce qui est important pour eux, en leur soutenant dans leur démarche collectives et personnelles, les pouvoirs publics peuvent modifier les rapports sociaux face aux inégalités croissantes, aux problèmes structurels qui perdurent dans la société. En claire, cette approche permettra de produire de la transformation sociale ; Le concept de la transformation sociale a fait l'objet d'une littérature abondante en sciences sociales. Nous la saisissons comme la possibilité de modification des rapports sociaux en agissant sur la nature des interactions sociales dans les interventions sociales. A ce niveau, nous distinguons deux types d'interactions sociales : l'interaction sociale ascendant ou de domination, laquelle un groupe dominant décide de ce qui est important pour le groupe dominé ; et une interaction stratégique, laquelle il n'y a pas de rapport de domination, mais de soutient et d'accompagnement des personnes vers le sens de ce qui est important pour elles. La transformation sociale est possible à travers ce second type d'interaction sociale (stratégique), laquelle s'inscrivent les initiatives locales. L'objectif de cette thèse est de contribuer à la recherche en sciences sociales en produisant un document visant à produire une étude sur la capacité des initiatives locales à produire de la transformation sociale. En raison d'une ouverture à l'internationale et pour donner plus de légitimité à notre étude, l'approche comparative sera privilégiée, notamment entre le quartier nord de Montréal et paris, où les initiatives locales se développent dans deux environnements sociopolitiques et culturels différents

  • Titre traduit

    Local initiatives: history of a forgotten social transformation?


  • Résumé

    For several decades, structural problems have persisted in France, particularly urban ones, the rise in social inequalities in health, unemployment and the breakdown of social ties, as well as global warming. Various solutions have been proposed by political authorities on different scales to combat these problems in order to improve the fate of the population in its environment. However, despite these wishes, these problems have become almost insoluble (Stiglitz, 2002; Lautier, 2002), while at the same time as the question of adaptation to global change is coming up, new needs resulting from the evolution of the city are emerging: the care of children with disabilities, the transport of people with reduced mobility, the integration of former prisoners, employment in sensitive urban areas, the protection of the living environment, among others. For more than thirty years, the multiplication of problems, which the welfare state has not been able to find appropriate solutions for more than 40 years, has called into question its role as a guarantor of society, particularly with regard to the adaptability of public actions in social interventions (Edwald, 1986; Bernier, 2003). As a result, the belief in the welfare state as a guarantor of people's development and their social group seems more than ever utopian. Therefore, the question is as follows: Why did the welfare state fail in its mission to ensure the well-being of the population? How can he get back on track? To address this issue, we address the concept of empowerment and/or empowerment of individuals and groups. If empowerment does not have an official translation into French, it means, according to Yann the Bossé, a process that allows individuals and their groups to move forward in the direction of what is important to them, to have the possibility to act on what is at the centre of their concern. This thesis has its origin in the philosophical conception of Paul Ricoeur's theory, which stated that man is a conscious being capable of taking power and acting on what is important to him. This notion of power is also found in the work of Michel Foucault (1980). The conception of power for the latter is very important because he believes that power is not given as suggested by the state of providence, but that it is taken, as affirmed by the theory of the development of the power to act of individuals and groups. In addition, empowerment was mentioned by Marie Hélène Bacqué, to designate two types of power: power in acquisition, which is a process in acquisition and power in acquisition, which refers to the possibility of acting on what is important for oneself. The acquired power therefore makes it possible to act, hence the power to act. For Bacqué, power is to be thought of in Foucault's sense as a form of social interaction through social relationships that is both an acquired element and a thing to be acquired. Bacqué thus distinguishes three forms of power to act: power over, power from and power with. Power over refers to the political dimension as it is discussed in political science. It is the ability to decide one action on another (the political decision). Power is defined as a skill, an energy and therefore a capacity to promote change. Finally, the notion of power with means the power to do with it, to build with it. It is part of a proactive and transformative collective approach. The distinction between these different forms of power (power over, power from and power with) offers an opportunity to realize that there may theoretically be another way of thinking about forms of social intervention to improve the fate of the population. This is particularly evident in social interventions designed by local initiatives, which are proactive approaches undertaken by "local actors who mobilize the resources provided by the social and solidarity economy (SSE). "(Klein, 2011, p. 65). They are developing a little more in all fields, in particular socio-economic (integration through economic activity for example), environmental (transformation of industrial wastelands into amusement parks for example), agricultural (organic and/or urban agriculture, permaculture for example) and social (shared garden, shared coffee, video game clubs). These initiatives take various legal forms (association, neighbourhood authorities, club, etc.) and have several specific features, in particular their local development model based on a collective identity, that of the territory in which the interactions take on their meaning. Local development is a process on which a locally located group, a "community", participates in the manufacture of its own environment in order to improve the quality of life of its inhabitants. The second specificity of local initiatives concerns their ability to design and develop the power to act individually and collectively. The main hypothesis of this research is that local authorities can use these local initiatives as a model for improving their forms of social intervention to improve people's lives. By promoting a people-centred approach and giving them the opportunity to choose what is important to them, by supporting them in their collective and personal approach, public authorities can change social relations in the face of growing inequalities and structural problems that persist in society. Clearly, this approach will produce social transformation; The concept of social transformation has been the subject of an abundant literature in the social sciences. We grasp it as the possibility of modifying social relationships by influencing the nature of social interactions in social interventions. At this level, we distinguish two types of social interactions: bottom-up social interaction or domination, in which a dominant group decides what is important for the dominated group; and strategic interaction, in which there is no relationship of domination, but support and accompaniment of people towards the meaning of what is important for them. Social transformation is possible through this second type of social (strategic) interaction, which includes local initiatives. The objective of this thesis is to contribute to social science research by producing a document aimed at producing a study on the capacity of local initiatives to produce social transformation. Due to its openness to the international arena and to give more legitimacy to our study, the comparative approach will be favoured, particularly between the north end of Montreal and Paris, where local initiatives are developed in two different socio-political and cultural environments