Manifestations et déconstructions du regard colonial dans le cinéma français : la représentation des femmes racisées, de la peinture orientaliste au documentaire militant (XVIIIème-XXIème)

par Murielle Taye

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Nacira Guenif-souilamas.

Thèses en préparation à Paris 8 , dans le cadre de 401 "Sciences sociales" , en partenariat avec Centre de recherche interuniversitaire, expérience, ressources culturelles, éducation (equipe de recherche) depuis le 04-12-2018 .


  • Résumé

    La société française a toujours eu beaucoup de mal à mettre des mots sur les évènements historiques passés qui ne participent pas à dorer son blason. L'esclavage et la colonisation font partie de ces sujets extrêmement tabous en France, dont on parle partiellement et en éludant certains angles pourtant porteurs des stigmates qui peuplent encore fortement notre culture à l'heure actuelle. Dans le cinéma notamment, c'est la représentation des personnes héritières des migrations coloniales qui pose problème. Les femmes des diasporas dans le cinéma français portent plus particulièrement avec elles le poids des stéréotypes fétichisants/exotisants d'un imaginaire colonial qui gangrènent les films de fiction du grand écran. Qu'elles soient noires, dites arabes ou perçues "asiatiques", les femmes non-blanches que l'on peut voir dans les films français de comédie (quand elles sont présentes), répondent de manière quasiment systématique à des clichés hérités des colonisations qui ne participent pas à améliorer les représentations. Soit “mama”, soit “racaille” ; soit voilées et soumises, soit “beurettes” ; soit docile et invisible, soit “Dragon Lady” : les femmes racisées souffrent d'un regard colonial qui n'a pas quitté le domaine visuel depuis la peinture orientaliste, la photographie militaire et les zoos humains. Ce travail de recherche ambitionne donc de revenir sur la culture visuelle qui a participé à forger un imaginaire de l'Autre au féminin, de la peinture du XVIIIème au documentaire militant des années 2010, afin de proposer des modes de lecture analytiques cohérents du cinéma contemporain dans son rapport aux femmes des diasporas françaises.