Caravage, matériel(s)

par Julie Duran

Projet de thèse en Histoire de l'art

Sous la direction de Guillaume Cassegrain.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (laboratoire) depuis le 31-10-2016 .


  • Résumé

    "Caravage, matériel(s)". Cette thèse se propose d'étudier Caravage, son œuvre, l'historiographie de son œuvre, sa biographie, son époque, et enfin d'extraire l'actualité de sa peinture dans l'Italie d'aujourd'hui. Elle a pour vocation de fournir du matériel nouveau sur l'artiste, jouant sur le mot « matériel », pour un peintre « matérialiste ». Commençant par une revue historiographique nous entendons dresser un panorama critique de la recherche sur le peintre en nous attardant plus spécifiquement sur les analyses qui ont mis en avant, soit pour des raisons historiques, soit pour des raisons idéologiques, la dimension sociale et politique du travail de Caravage. La biographie du peintre, exilé et assassin, à même de fasciner les esprits, donne lieu a des interprétations fortes, plus ou moins valides, mais qui résonnent bien avec l'image du créateur rebelle, libre penseur, qui est celle que notre époque se fait d'un grand artiste. Pourtant, c'est d'un monde dont nous parle Caravage avant que de nous parler de lui-même ou même de l'exercice de la peinture à l'aube du baroque. Il parle de Rome, ses visages, sa saleté, sa spiritualité théâtrale. Et il en parle avec empathie et violence. Avec une immédiateté qui rend terriblement accessible son art et qui est peut-être la clef de sa force toujours actuelle. Mais une forme de morale ou d'éthique, ne doit-elle pas s'exercer chez le spectateur lorsqu'il contemple un Caravage ? et ce au-delà de l'évidente vision religieuse strictement contre-réformiste qui fut celle de son époque. Dans la lecture matérialiste de sa peinture, déjà abondamment forgée par la recherche, ne faut-il pas finir par voir dans ses œuvres un reflet nu du monde, qui, loin de seulement nous combler esthétiquement, nous forcerait à agir ? Nous exposerait à la réalité et à ses vicissitudes plutôt que de nous en protéger. Il y a dans toutes les villes de la terre des mendiants aux pieds sales et des gitanes aux mains noires. Dans un deuxième temps, nous élargirons donc notre réflexion à ce que nous voyons en Caravage aujourd'hui : une réalité dure assumée, presque dévisagée par l'artiste, dans laquelle la mort, la sexualité, la violence, la solidarité et la beauté jouent à part égale. Comment l'artiste réussit-il ce tour de force ? Pour le comprendre nous étudierons chez lui les différentes modalités de la violence : celle qu'il montre par son iconographie, qu'il démontre dans sa vie et qu'il exprime via sa peinture, son style, ses choix de modèles. Mais le terme violence ne doit pas être pris ici dans son acception purement négative. Il signifie aussi bien force, pulsion, domination, crudité que maitrise et vitalité. Cette violence là est peut-être indissociable de l'acte créateur. Nous chercherons donc à analyser ses liens avec l'art de Caravage. Enfin, nous tenterons une filiation avec cette thématique de la violence dans l'Italie contemporaine, rapprochant l'iconographie caravagesque de l'iconographie du crime organisé, tant réelle (images de presse, réalité urbaine, comportements sociaux) que figurée (films, séries); pour arriver à des observations sur le rôle de l'art en Italie, justement dans son rapport à la réalité mafieuse, l'éthique étant parfois mise à mal dans ce mariage dont tout le monde voudrait nier l'existence. C'est pourquoi l'exercice du regard et de ses oblitérations sera au coeur de notre étude avec l'art totalisant de Caravage en contrepoint.

  • Titre traduit

    Caravaggio, material (s)


  • Résumé

    " Caravaggio, material(s) ". This thesis suggests studying Caravaggio, its work, the historiography of its work, its biography, its time, and finally extracting the current events of its painting in Italy today. It has for vocation to supply with the new material on the artist, playing on the "material" word, for a "materialistic" painter. Beginning with a historiographical review we intend to raise a critical panorama of the research on the painter by holding us more specifically on the analyses which put forward, either for historic reasons, or for ideological reasons, the social and political dimension of the work of Caravaggio. The biography of the painter : the exile and the murderer, which fascinates spirits, gives rise has strong interpretations, more or less valid but which resound well with the image of the rebel creator, "libre penseur", who is the one that our period has of a great artist. Nevertheless, it is of a world about which Caravaggio speaks before to speak about himself or even about the exercise of the painting at the dawn of the baroque. He speaks about Rome, Rome faces, his dirt, his theatrical spirituality. And he speaks about it with empathy and violence. With an immediacy which makes terribly accessible its art and which is maybe the key of its always current strength. But does not a shape of morality, even ethics, need to be applied at the spectator when he contemplates a Caravaggio? beyond the obvious religious vision strictly against-reformistIn from his century. The materialistic reading of his art, already abundantly forged by the research, should not eventually see us in his work a naked reflection of the world, which, far from filling us only aesthetically, would force us to act? Would expose us to reality and to its vicissitudes rather that to protect us from it. There is in every city of the world beggars with dirty feets and gypsies with black hands. Secondly, we shall thus widen our reflection in what we see in Caravaggio today: a reality lasts assumed, almost stared by the artist, in whom death, sexuality, violence, solidarity and beauty play equal part. How does the artist make a success of this "tour de force"? To understand, we shall study with him the various modalities of violence. The one that he shows by his iconography, that he demonstrates in his life and that he expresses via his painting, style, choice of models. But the term violence must not be taken here in its purely negative meaning/sense. It means as well strength, drive, domination, crudeness as mastering and vitality. This violence here maybe inseparable of the creative act. We shall thus try to analyze its links with the art of Caravaggio. Finally, we shall try a filiation with these themes of the violence in contemporary Italy, moving closer the Caravaggio-like iconography to the organized-crime iconography. As real (images of press, urban reality, social behavior) as represented (movies, series); to arrive at observations on the role of art in Italy, precisely in its report with in the maffioso reality, the ethics being sometimes damaged here in this marriage everybody would want to deny the existence. That is why the exercise of the look and its frankings will be at the heart of our study with total art of Caravaggio in counterpoint.