L’épée et la plume. Le général François Ingold (1894-1980), un colonial compagnon de la Libération .

par Jean-luc Gomez

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Jean-noel Grandhomme et de Jean Lamarre.

Thèses en préparation à l'Université de Lorraine , dans le cadre de Humanités Nouvelles , en partenariat avec Centre Régional Universitaire Lorrain d'Histoire (equipe de recherche) depuis le 12-11-2018 .


  • Résumé

    « L’épée et la plume. Le général François Ingold (1894-1980), un colonial compagnon de la Libération ». I – Le contexte scientifique du projet : « L’École des Annales » fondée en 1929 par Lucien Febvre et Marc Bloch, prône une étude « totale » de l’histoire, qui s’intéresse à des périodes longues et ne se limite pas aux aspects politiques, diplomatiques et militaires de celle-ci. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, leurs « héritiers » (Fernand Braudel, Pierre Goubert et Ernest Labrousse par exemple), analysent en particulier les cycles économiques et leurs conséquences sociales. Georges Duby et Pierre Chaunu appartiennent également à cette deuxième vague de « L’École des Annales ». À partir des années 70, une nouvelle génération d’historiens (Jean Delumeau, Jacques Le Goff et Emmanuel Leroy Ladurie notamment), privilégie l’étude des mentalités. Cette approche culturelle et ethnographique est à l’origine de la « Nouvelle Histoire ». À la même époque, un autre courant scientifique est né en Italie. Cette « micro-histoire » (« microstoria » en italien), s’intéresse en priorité à l’étude de l’individu, dont le parcours éclaire les caractéristiques de son environnement social, politique, etc. En mai 2014, l’organisation d’un colloque international intitulé « La biographie revisitée. Études de cas et questions méthodologiques », illustre cette nouvelle orientation de la recherche. Quant à l’histoire militaire, dénigrée par « L’École des Annales » qui la trouvait trop « événementielle », elle suscite un regain d’intérêt depuis les années 70-80. Les apports de l’archéologie et de la sociologie, voire de l’ethnologie par exemple, pour ne citer que ces trois disciplines, l’ont considérablement enrichie. La recherche ne se limite plus seulement à l’analyse des guerres et des batailles, des évolutions des stratégies et des tactiques, ainsi que des armements. Comme l’attestent les nombreux ouvrages actuellement publiés dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, l’histoire militaire s’intéresse aussi à la vie quotidienne et aux mentalités des combattants, etc. Le travail de recherche dédié au général François Ingold s’inscrit dans ce contexte historiographique, caractérisé par un renouveau des travaux consacrés aux parcours individuels d’une part, et à l’histoire militaire d’autre part. Les sources identifiées à ce jour, notamment son dossier personnel conservé aux archives du Service Historique de la Défense (SHD) et au musée de l’Ordre de la Libération, mais aussi les nombreux ouvrages qu’il a écrits, permettront d’éclairer les deux facettes du personnage, à la fois soldat et écrivain. II - L’épée et la plume : Le général Ingold appartient à une génération de combattants qui furent les témoins et les acteurs des deux guerres mondiales, et des conflits dits « de la décolonisation ». Leurs biographies sont particulièrement intéressantes, car ils ont vécu une période charnière de l’histoire militaire. Celle-ci débute d’une certaine manière au XIXème siècle avec les combats de 1914, se poursuit avec l’industrialisation de la guerre, et s’achève enfin avec les conflits « asymétriques » et « révolutionnaires ». François Ingold fut aussi un écrivain très prolifique, à la fois historien (il a servi au service historique de l’armée de 1936 à 1939), essayiste, mais aussi poète et philosophe. Il est l’auteur d’ouvrages qui concernent l’histoire militaire (en particulier l’épopée du général Leclerc), mais également l’empire colonial de la France. Dans ses écrits, par exemple ceux qu’il a intitulés « De l’amitié », « Le soldat et la mort », « Misère et grandeur du troisième âge »…, il nous livre enfin des réflexions philosophiques d’une très grande humanité à propos de la fraternité, du crépuscule de l’existence et de la fin de celle-ci, etc. Le travail de recherche projeté s’attachera à mettre en exergue la dualité du personnage : le combattant et l’écrivain. III – « La revanche », les colonies et la Libération : Le général Ingold appartient tout d’abord à cette génération d’Alsaciens-Lorrains qui ont combattu pendant la Grande Guerre pour que leur région soit à nouveau française. Cet esprit de « revanche » l’a animé une nouvelle fois après la défaite de 1940. Les colonies ont marqué ensuite profondément sa vie de soldat et d’écrivain. Dès son premier séjour outre-mer (au Sénégal en 1915), il voue une véritable passion pour l’empire en général, et l’Afrique en particulier, mais aussi pour les populations, la faune et la flore du continent noir et de la « grande île ». Il séjourne au Maroc de 1921 à 1929, puis il est affecté à Madagascar de 1933 à 1935. Il rejoint l’Afrique Équatoriale Française en 1939. Il est nommé directeur des troupes coloniales en 1944, avant de prendre le commandement de la 2ème Division Coloniale en 1945. Il retourne au Niger en 1948. En Afrique, François Ingold s’inscrit dans la tradition des cadres qui ont participé à la conquête de l’empire. Il est en effet à la fois un chef militaire, un bâtisseur et un administrateur. Son engagement est indissociable enfin des combats qui ont permis de libérer la France occupée (il participe aux campagnes de Libye et de Tunisie). En février 1958, il est nommé chancelier de l’Ordre de la Libération. Sa conscience et sa conception de l’honneur le conduisent à démissionner d’abord du haut tribunal militaire chargé de juger les putschistes d’Alger puis, en août 1962, de sa fonction de chancelier. Il paraît certes illusoire de chercher à théoriser et « modéliser » une biographie, en partant du singulier pour en déduire des enseignements collectifs, car chaque parcours individuel est par essence unique. L’étude de l’itinéraire de François Ingold pourra peut-être contribuer cependant à une approche « anthropologique » des Alsaciens-Lorrains qui ont combattu pendant les deux guerres mondiales, des cadres coloniaux et des Compagnons de la Libération.

  • Titre traduit

    « The sword and the pen. Francis Ingold (1894-1980), a colonial officer and a companion of the Liberation »


  • Résumé

    « The sword and the pen. Francis Ingold (1894-1980), a colonial officer and a companion of the Liberation » I – Research background : Lucien Febvre and Marc Bloch created « the school of the annals » in 1929. They promoted a complete study of History. They were interested in long periods of time which were not limited to political, diplomatic and military aspects. After WWII, their « heirs » (Fernand Braudel, Pierre Goubert and Ernest Labrousse among others) analyzed economic cycles and their social consequences. Georges Duby and Pierre Chaunu also belonged to this second wave of « the school of the annals ». From the seventies, a new generation of historians (including Jean Delumeau, Jacques Le Goff and Emmanuel Leroy Ladurie) has been focusing on the study of mentalities. This cultural and ethnographic approach launched the « New History ». At the same time, another scientific movement was born in Italy. This « microhistory » (« microstoria » in Italian) is principally interested in the study of the individual, whose experience gives hints about the characteristics of his social and political environment. « A new approach of biography. Case studies and methodological questions » was the title of an international symposium held in May 2014. It illustrates this new direction of research. Military history was strongly criticized by « the school of the annals », because these historians thought it was too focused on events. However, military history has been the subject of a new interest since the seventies and the eighties. It has been significantly enriched by archaeology, sociology or ethnology. Research is no longer limited to the analysis of wars and battles, changes in strategies, tactics and weapons. Military history is also interested in the daily life and mentality of fighters, as illustrated in the numerous works currently published at the occasion of the centenary of WWI. The research led about General Francis Ingold comes within the scope of this historiographical background. It is characterized by a renewal of the works devoted to both individual experiences and military history. To this day, the available sources are his personal file in the archives of the Historical Department of Defense (and also in the archives of the Museum of the Order of the Liberation), and the many books he wrote. These sources will shed light on the two sides of Francis Ingold’s personality, a man who was both a soldier and a writer. II - The sword and the pen : General Ingold belongs to this generation of fighters who both witnessed and took part in the World Wars and in the conflicts of decolonization. Their biographies are particularly interesting because they have gone through a key period of military history. That one somehow started in the 19th century with the fighting in 1914 and it went on with the industrialization of war, to finally end with asymmetric and revolutionary conflicts. Francis Ingold was also a very prolific writer : as a historian (he worked at the historical department of the army from 1936 to 1939), an essayist, a poet and a philosopher. He wrote books about military history (especially the epic of General Leclerc) but also about the colonial empire of France. « About Friendship », « The Soldier and Death », « Misery and Greatness of Seniors »… in his books, he also delivers philosophical thoughts, marked by deep humanity, about brotherhood, the twilight of life and the end of it, etc. The research work will try to highlight the duality of Francis Ingold’s personality, the fighter and the writer. III – « The revenge », the colonies and the Liberation : General Ingold first belongs to that generation of people from Alsace-Lorraine, who fought during WWI for their region to be French again. He also developed this spirit of revenge after the 1940 defeat. The colonies then deeply marked his life as a soldier and a writer. From his first stay overseas (in Senegal in 1915), he has been devoting a passion for the Empire in general and more particularly Africa, but also for the people, the fauna and the flora of the « black continent » and Madagascar. He lived in Morocco from 1921 to 1929, then he was assigned to Madagascar from 1933 to 1935. He was appointed director of colonial troops in 1944, before taking command of the 2nd Colonial Division in 1945. He returned to Niger in 1948. In Africa, Francis Ingold was the heir to the officers who took part in the conquest of the Empire. Indeed, he was both a military leader, a builder and an administrator. Finally, his commitment was strongly linked with the struggles that freed occupied French territories (he was part of in the campaigns in Libya and Tunisia). In February 1958, he was appointed Chancellor of the Order of the Liberation. His conscience and his conception of honor led him to resign from the military high court in charge of judging the putschists in Algier. Then he gave up his chancellor position in August 1962. It certainly seems hard to try theorizing and modelling a biography, starting from the individual to deduce collective lessons, because each individual experience is obviously unique. However, the study of Francis Ingold’s life might contribute to an anthropological approach of the people from Alsace-Lorraine who fought during the two world wars, but also of the colonial executives and the Companions of the Liberation.