Montée de la Chine et filières durables : le cas des huiles végétales

par Flavia Fabiano

Projet de thèse en Sciences Économiques

Sous la direction de Paule Moustier et de Benoît Daviron.

Thèses en préparation à Montpellier, SupAgro , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier (2015-.... ; Montpellier) , en partenariat avec MOISA - Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs - (laboratoire) depuis le 01-11-2018 .


  • Résumé

    CONTEXTE Les chaînes de valeur des produits tropicaux (tels que l'huile de palme, le soja, le caoutchouc, le cacao, le café, le bois, etc.) ont des impacts socio-économiques et environnementaux conséquentes. Face aux défis du développement durable, une grande diversité d'initiatives et d'innovations se développe pour promouvoir des modèles économiques plus durables et inclusifs. Les acteurs mondiaux, en particulier les entreprises privées et les ONG internationales, établissent des partenariats publics privés, des alliances multi-acteurs et des normes volontaires, comme par exemple la Table Ronde pour l'Huile de Palme Durable (RSPO), le Commerce Équitable et Global-Gap. De telles initiatives sont principalement portées par des acteurs des pays de l'OCDE et plus particulièrement d'Europe et d''Amérique du Nord. Les pays émergents, et notamment la Chine, demeurent en marge de ces instruments. Cependant, la Chine occupe une position plus en plus centrale dans les chaînes globales de valeur de produits agricoles. La croissance rapide, le développement industriel et la hausse du revenu moyen des consommateurs ont généré une augmentation considérable de la demande chinoise de biomasse alimentaire et non alimentaire (produits agricoles, halieutiques et forestiers). En 2016, la part de la Chine dans les importations mondiales était de 51% pour les graines oléagineuses, de 40% pour les pâtes et papiers, de 40% pour les cuirs et peaux et de 30% pour les fibres textiles. Afin de sécuriser les approvisionnements en matières premières agricoles, les Investissements Directs Extérieurs dans l'agroalimentaire ont été encouragés par le gouvernement chinois dans le cadre de la stratégie 'Going out ». Les entreprises « Dragonhead », c'est-à-dire les entreprises qui investissent massivement dans les infrastructures soutenues par les pouvoirs publics, se positionnent sur des segments clés des chaînes de valeur agricoles mondiales, comme la transformation et le commerce (Gaudreau 2015, Oliveira et Schneider 2016). Selon plusieurs auteurs, la croissance des importations et des investissements extérieurs chinois aura des conséquences profondes sur les initiatives de durabilité et sur les efforts de gouvernance muti-acteurs des chaînes de valeur globales. (Kaplinsky et Messner 2008). La nature de ces conséquences n'a pas encore été explorée. Actuellement la Chine n'est pas un champion des programmes et des initiatives visant à renforcer la durabilité des chaînes de valeur globales. Cependant, les tendances actuelles montrent qu'elle pourrait le devenir. Des publications récentes (Brautigam 2015) remettent en cause les analyse tendant à caractériser les interventions de l'agro-industrie chinoise dans les pays en développement comme prédatrice et menaçante pour la sécurité alimentaire. Ainsi, le gouvernement chinois est l'un des rares à avoir développé des directives environnementales et sociales spécifiques concernant les investissements et es financements chinois à l'étranger. Comprendre comment la Chine développe ses chaînes d'approvisionnement et comment elle entend faire face aux défis du développement durable peut être un élément clé pour éclairer le futur de la gouvernance mondiale sur des questions aussi importantes que la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté, la biodiversité. OBJECTIF Explorer le rôle de la montée de la Chine dans l'évolution des politiques, des programmes et des pratiques de durabilité dans les chaînes globales de valeur de produits agricoles et, plus largement, sur la gouvernance alimentaire mondiale. QUESTIONS DE RECHERCHE ET HYPOTHÈSES • Quelles sont les normes spécifiques - implicites ou explicites - concernant les conditions techniques, sociales et environnementales de production de la biomasse importée par la Chine? • Comment la part croissante de la Chine dans les importations mondiales et la présence croissante des entreprises chinoises dans les chaînes d'approvisionnement de la biomasse modifient-elles leur organisation et leur gouvernance, et plus particulièrement les instruments conçus pour accroître la durabilité des pratiques agricoles? La revue de la littérature discutée ci-dessus nous permet de formuler quelques premières hypothèses: •L'entrée de la Chine et son affirmation dans les marchés internationaux de biomasse seront caractérisées par une forte synergie d'intérêts et d'opérations entre acteurs publics et privés. Ce facteur influencera l'attitude et la perspective des multinationales chinoises en matière de durabilité. •Les multinationales chinoises mettront en œuvre des pratiques spécifiques de durabilité dans les chaînes d'approvisionnement en biomasse. Cela affectera la mise en œuvre et l'évolution des initiatives de durabilité déjà existantes. MÉTHODOLOGIE Afin de répondre à ces questions, la PHD a l'intention d'explorer l'étude de cas spécifique des huiles végétales (par exemple l'huile de palme). Les chaînes globale de valeur des huiles végétales sont particulièrement intéressantes parce que: •Les huiles végétales ont de plus en plus de multiples usages alimentaires et non alimentaires. D'un côté elles jouent un rôle fondamentale dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle, de l'autre elles sont largement utilisés dans le secteur industriel et de plus en plus pour produire de l'énergie en tant que substituts des carburants •Elles sont échangées et traitées dans des chaînes d'approvisionnement hautement mondialisées et leur marché est l'un des plus dynamiques. •La production agro-industrielle (plantations) d'oléagineux a été dénoncée comme ayant des impacts sociaux et environnementaux très négatifs, comme la déforestation et l'accaparement des terres. Les protestations du public vis-à-vis de ces pratiques ont donné naissance à diverses initiatives publiques et privées visant à améliorer la durabilité de ces chaînes d'approvisionnement. •La Chine est déjà un important importateur d'huiles végétales. En 2016, la Chine a importé 51% des huiles végétales faisant l'objet d'un commerce international, 70% des importations mondiales de soja et a été le troisième importateur d'huile de palme. Les besoins de la Chine et sa part du marché mondial vont probablement encore augmenter. La hausse des revenus stimule la demande d'aliments de qualité supérieure contenant des graisses végétales et animales. Le développement industriel et la transition énergétique sont également susceptibles d'augmenter cette demande. Le candidat PHD étudiera le sujet par : • Une revue de la littérature sur : o l'expansion des IDE chinois et des multinationales chinoises dans les chaînes d'approvisionnement agricoles, o les pratiques émergentes de responsabilité sociale des de ces entreprises, o les propositions et l'adoption de normes de durabilité et interaction et o l'influence des pratiques des entreprises chinoises avec les initiatives mondiales de durabilité. •Un travail sur le terrain dans un pays sélectionné produisant des huiles végétales importées par la Chine (par exemple la Malaisie ou l'Indonésie). Pour ce faire, le candidat recueillera des sources primaires sur les pratiques et les programmes spécifiques du gouvernement chinois et du gouvernement local, des multinationales chinoises sélectionnées et les répercussions de ces programmes et pratiques sur les agriculteurs locaux. Nous proposons un format de thèse par articles, à mener selon le plan de travail provisoire suivant : Année 1 : Inventaire des investissements chinois dans les chaînes globales de valeur des huiles végétales, selon une typologie visant à comprendre les facteurs clés (localisation, acteurs majeurs, etc.) et les stratégies. Année 2 : Évaluation de l'impact des IDE chinois et des importations, au niveau territorial, sur les moyens de subsistance des agriculteurs qui cultivent des oléagineux. Cette évaluation sera basée sur les informations recueillies sur le terrain selon les cas étudiés. Année 3 : Analyse au niveau macro des implications du rôle croissant de la Chine dans les chaînes globales de valeur des huile végétale et sur la gouvernance alimentaire mondiale.

  • Titre traduit

    Rising China and Sustainable Value Chains: the case of vegetable oils


  • Résumé

    CONTEXT Value chains of tropical commodities (such as palm oil, soya, rubber, cacao, coffee, timber, etc.) have extensive socioeconomic and environmental impacts. In the face of global impelling sustainability challenges, a wide diversity of initiatives and innovations are developing to promote more sustainable and inclusive economic models. Global actors, in particular private enterprises and international NGOs, are establishing private public partnerships, multistakeholder alliances, voluntary standards and guidelines. Such initiatives are mostly promoted by actors from OECD countries and more generally from Europe and North America. Emerging countries and notably China are still on the margins of these instruments. However, China is becoming more and more central in global value chains of agricultural commodities. Rapid growth, industrial development and the rising average income of Chinese consumers have generated a tremendous increase of food and non-food demand of biomass (agriculture, fishery and forestry products). In 2016, China's share of world imports was of 51% for oil seeds, 40% for pulp and waste paper, 40% for hides and skins and 30 % for textile fibers. In order to secure agricultural commodities supplies, Chinese FDIs in agribusiness are increasing and are being encouraged in the framework of the “going out” strategy. Dragonhead enterprises, i.e., companies with large investments in infrastructures supported by public authorities, are positioning themselves in key sections of agricultural global value chains, such as processing and trading (Gaudreau 2015, Oliveira and Schneider 2016). The dynamism of Chinese markets and investments is likely to have profound consequences on the sustainability initiatives and on efforts of global governance carried out by North Atlantic enterprises and civil society (Kaplinsky and Messner 2008). The nature of these consequences has yet to be explored. China is currently not a champion of sustainable value chains programs and initiatives in international arenas. However, current trends show that it might well become one. Recent publications (Brautigam 2015) demystify the perception of China's agro-business involvement in developing countries as being predatory and threatening food security. Moreover, China is one of the few countries to have developed specific environmental and social guidelines relating to its outbound investment and finance. Understanding how China is “going out” to develop its supply chains and how it intends to face sustainability challenges can be key to inform future developments of global governance and of instruments tackling issues as important as food security, poverty reduction, climate, energy transition and biodiversity. OBJECTIVE Exploring the role of rising China in the evolution of policies, programs and practices on sustainable value chains of agricultural commodities and more broadly on global food governance. RESEARCH QUESTIONS AND HYPOTHESES •What are the specific norms – implicit or explicit – concerning technical, social and environmental conditions of production for the biomass imported by China? •How does the increasing share of China in world imports and the increasing presence of Chinese firms in supply chains of biomass change their organization and governance, with a special focus on those instruments conceived to increase the sustainability of the agricultural practices? The review of the literature discussed above allows us to formulate some first hypotheses: -Chinese entry and its affirmation in biomass global supply chains will be characterized by high synergy of public and private interests and operations. This factor will influence the attitude and perspective of Chinese MNCs about sustainability. -Chinese MNCs will produce distinctive practices of sustainability in biomass supply chains. These will affect the implementation and evolution of existing sustainability initiatives. METHODOLOGY In order to answer these questions, the PHD intends to explore the specific case study of vegetable oils (e.g. palm oil). Related supply chains are especially interesting because: - Vegetable oils have increasingly multiple food and non food use. On one side they are fundamental for a person's necessary caloric intake and for food security, on the other one they are widely used in the industrial sector and they are increasingly used for producing energy as substitutes of carbon-fuels - They are traded and processed in highly globalized supply chains and their market is one of the most growing. - Agro-industrial practices of production of vegetable oil crops have been denounced as bearing highly negative social and environmental impacts, like causing deforestation and land grabbing. Public outrage towards these practices spurred some important public and private initiatives to improve the sustainability of these supply chains. - China is already a major importer of vegetable oils. In 2016, China imported 51% of the internationally traded vegetable oils, 70% of the world import of soybean and was the 3rd importer of palm oil. China's needs and share of imports are likely to increase. Rising incomes are stimulating demand of premium foods, containing vegetable and animal fats. Industrial development and energetic transition are also likely to add up to this demand. The PHD candidate will investigate the subject through iterative phases of: • Literature review about the expansion of Chinese FDIs and Chinese MNCs in agricultural supply chains, emerging practices of Corporate Social Responsibility, proposition and adoption of sustainability standards and interaction and influence with global sustainability initiatives. • Fieldwork in a selected country producing vegetable oils imported by China (e.g. Malaysia or Indonesia). Here the candidate will collect primary sources about specific practices and programs of Chinese and local Government, selected Chinese MNCs and repercussions on local farmers The deliverables of the PHD are the publication of three scientific papers: Year 1: Stocktaking of the Chinese investments in international value chains of vegetable oils, according to a typology with a view of understand key factors (e.g. location, major actors, etc.) and strategies. Year 2: An impact assessment of Chinese FDIs and imports, at territorial level, on the livelihoods of farmers cultivating vegetable oil crops. Concrete evidences will draw on the studied cases. Year 3: A macro level analysis of the implications of the rising role of China in the transformation of vegetable oil supply chains and of global food governance.