Éditer la bande dessinée en Allemagne : l'exemple de la maison d'édition Reprodukt

par Romain Becker

Projet de thèse en Allemand

Sous la direction de Anne Lagny et de Jean-Paul Gabilliet.

Thèses en préparation à Lyon , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) , en partenariat avec Institut d'Histoire des représentations et des idées dans les modernités (Lyon ; Clermont-Ferrand ; Saint-Étienne) (laboratoire) et de École normale supérieure de Lyon (établissement opérateur d'inscription) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Même si une bande dessinée est une œuvre d’art, elle est aussi un objet matériel, souvent manufacturé, fruit d’un travail collectif dont l’artiste est, certes, à l’origine, mais qui a été façonné par tout un processus d’édition, puis de publication. La création peut difficilement faire abstraction de la fabrication et de la forme que prend sa publication – pourtant parfois oubliées dans la recherche en bande dessinée. Le travail d’une maison d’édition est d’autant plus crucial et protéiforme dans l’espace germanophone, où la bande dessinée ne jouit pas du statut qu’elle possède en France ou aux États-Unis, et où les trois-quarts œuvres publiées proviennent de l’étranger. Pour les éditeurs allemands, il s’agira d’adapter ces œuvres au goût du public germanophone, tout en respectant le contenu originel. Ce n’est pas que la langue qui sera altérée, mais la forme même de l’œuvre : du lettrage à la couverture, en passant par le format et le découpage en différents volumes. La bande dessinée allemande ne ressemble décidément pas toujours à son équivalent franco-belge. L’analyse tant quantitative que qualitative du catalogue de la maison d’édition berlinoise Reprodukt nous permettra de relever certaines des caractéristiques matérielles de la bande dessinée de langue allemande, mais aussi de dégager des tendances du côté de la création : Quels types de bandes dessinées publie-t-on en Allemagne – le « roman graphique » y a-t-il le vent en poupe ? D’où proviennent ces œuvres, parfois importées de loin, et qui les crée ? Il s’agira toutefois de ne pas oublier que Reprodukt est une maison d’édition qui s’est construite comme alternative, et qu’elle défie ainsi volontiers la bande dessinée mainstream. Que signifie donc le fait d’être une maison d’édition alternative en Allemagne ? Cela ne se constate pas qu’à travers le contenu (parfois politique) des œuvres publiées, mais aussi par la promotion d’artistes femmes ou queer, par exemple. Mais qui dit alternatif dit également souvent problèmes d’argent : comment Reprodukt survit-elle, comment peut-elle continuer de publier des œuvres que seule une infime partie d’un marché déjà très restreint lira ? La fonction de Reprodukt ne se limite cependant pas à la publication d’œuvres ; elle insiste par exemple lourdement sur le travail de lettrage et celui de traduction, et promeut le travail d’autres acteurs, comme celui des libraires ou des organisateurs de festivals. Dans le petit monde de la bande dessinée germanophone, cette valorisation peut être considérée comme du véritable lobbying. Pour les artistes qu’elle publie, Reprodukt n’est peut-être pas qu’une employeuse. Cette maison d’édition permet aux artistes d’échanger entre eux, de se former dans leur travail, et les aide à trouver du travail et/ou des financements, même lorsqu’ils et elles n’ont pas d’œuvre à publier. Finalement, il s’agira donc de voir comment Reprodukt, en dépit de sa taille très réduite, réussit à être une actrice majeure de la bande dessinée allemande, et si elle peut être véritablement considérée comme maison d’édition engagée. En somme, il faudra se demander ce que cela signifie concrètement que d’éditer de la bande dessinée en Allemagne.