Ctrl+c / ctrl+v : écrire après les réseaux sociaux.

par Allan Deneuville

Projet de thèse en Litterature generale et comparee

Sous la direction de Yves Citton.

Thèses en préparation à Paris 8 en cotutelle avec l'Université du Québec à Montréal , dans le cadre de ED Pratiques et théories du sens , en partenariat avec Littérature, Histoires, Esthétique (equipe de recherche) depuis le 07-11-2018 .


  • Résumé

    Le copier-coller est un outil informatique présent dès les débuts de l’ordinateur personnel. On le trouve par exemple dans le premier ordinateur de la marque Apple, LISA en 1983. À la mort d’un de ses deux inventeurs, Larry Tesler, en février 2020, la presse internationale a salué les « inventions révolutionnaires » de ce dernier dont fait partie le copier-coller. Cependant, malgré quarante ans d’existence, et d’utilisation par les utilisateurs et utilisatrices d’ordinateur, aucune étude monographique et théorique n’a jusqu’à ce jour été réalisée sur le copier-coller, si bien qu’il demeure un a-penser de nos dispositifs d’écriture. Considérant que les professions de l’écrit nous donnent un accès privilégié aux mutations des dispositifs d’écriture, nous étudions, dans cette thèse, trois formes d’écriture professionnelles et leurs rapports au copier-coller : l’écriture journalistique, l’écrit universitaire ainsi que la poésie conceptuelle francophone et anglophone. Selon une enquête menée par l’économiste Julia Cagé, avec Marie-Luce Viaud et Nicolas Hervé (L’information à tout prix, 2017), la presse en ligne française de l’année 2013 se composait de 64 % d’articles étant des copiés-collés d’autres articles. Les universités se trouvent, pour leur part, face à de nombreux scandales de plagiats, que ce soit pour l’obtention de diplômes, mais également pour la rédaction d’articles scientifiques. L’unique réponse de l’Académie semble d’être de « surveiller et punir » en se focalisant sur les résultats du copier-coller, mais jamais sur les raisons, ni même les processus d’écriture, derrière son utilisation. Le copier-coller est aussi présent dans l’écrit académique dans d’autres circonstances que le plagiat, quand il s’agit d’insérer une citation ou une référence bibliographique dans un texte par exemple. Le copier-coller a des conséquences sur nos façons d’écrire qu’il s’agira dans cette thèse d’étudier. Pour cela, nous prendrons pour appui le développement dans la poésie conceptuelle, française et nord-américaine, des pratiques dites d’« uncreative writing » telles qu’elles sont nommées par Kenneth Goldsmith. Nous nous proposons d’étudier les potentialités d’écriture de ces formes poétiques pour penser les outils d’écriture. Nous proposons pour cela un cadre méthodologique particulier que nous nommons les Études scripturaires. Un champ disciplinaire mobilisant à la fois les outils des études littéraires, mais se nourrissant des apports des media studies et de l’anthropologie, afin d’étudier les pratiques d’écriture contemporaine. Dans cette perspective, l’écriture poésie n’est pas différente ontologiquement des autres pratiques d’écritures quotidiennes, mais elle est un outil pour penser les gestes d’écriture et de lecture à travers les expérimentations déroutantes qu’elle nous propose. Comment le copier-coller nous amène-t-il à penser l’hyperproduction textuelle et l’accélération de la société à l’ère du Numérique ? Comment le copier-coller s’inscrit-il dans l’histoire de l’écriture ? Comment penser à travers lui l’existence et le fonctionnement d’un écosystème documental ? Qu’est-ce qu’il nous apprend de l’écriture et des nouvelles modalités de lecture (ou de non-lecture) à l’heure des réseaux sociaux ? C’est à ces questions que s’intéresse notre thèse de doctorat.


  • Résumé

    Copy and paste is a computer tool that has been around since the early days of the personal computer. It is found for example in the first Apple computer, LISA in 1983. When one of its two inventors, Larry Tesler, died in February 2020, the international press hailed his “revolutionary inventions”, of which copy and paste is a part. However, despite forty years of existence and use by computer users, no monographic and theoretical studies have yet been done on copy-paste, so it remains an unthinking tool of our writing devices. Considering that the literary careers give us privileged access to the mutations of writing devices, we study, in this thesis, three forms of professional writing and their relationship to copy-paste: journalistic writing, academic writing, and French and English conceptual poetry. According to a survey conducted by economist Julia Cagé, with Marie-Luce Viaud and Nicolas Hervé (L’information à tout prix, 2017), the French online press in 2013 was composed of 64% of articles being copy-pasted from other articles. Universities, for their part, are faced with numerous plagiarism scandals, both for obtaining diplomas and for writing scientific articles. The Academy’s only response seems to be “Discipline and Punish” by focusing on the results of copy-pasting, but never on the reasons, or even the writing processes, behind its use. Cut and paste is also present in academic writing in circumstances other than plagiarism, when it comes to inserting a citation or bibliographic reference in a text, for example. The copy-paste has consequences on our ways of writing that will be studied in this thesis. To do this, we will take as a support the development in conceptual poetry, both French and North American, of the so-called “uncreative writing“ practices as they are named by Kenneth Goldsmith. We propose to study the writing potential of these poetic forms in order to think about the tools of writing. For this purpose, we propose a particular methodological framework that we call “Scriptural Studies”. A disciplinary field mobilizing both the tools of literary studies, but also drawing on the contributions of media studies and anthropology, in order to study contemporary writing practices. In this perspective, writing poetry is not ontologically different from other everyday writing practices, but it is a tool for thinking about the gestures of writing and reading through the disconcerting experiments it offers us. How does the copy-paste lead us to think about textual hyperproduction and the acceleration of society in the Digital Age? How does copy-paste fit into the history of writing? How can we think through it the existence of a documentary ecosystem? What does it teach us about writing and new ways of reading (or not reading) in the age of social networks? It is to these questions that our doctoral thesis is interested in.