Le poids et la croix. Instruments de mesure et représentations du pouvoir dans le commerce byzantin (IVe - VIIIe s.)

par Pierre Charrey

Projet de thèse en Histoire et archéologie du monde byzantin et post-byzantin

Sous la direction de Ioanna Rapti et de Dominique Pieri.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Orient et Méditerranée (Ivry-sur-Seine, Val de Marne) (laboratoire) et de École pratique des hautes études (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur l'histoire matérielle de l'Empire romain tardif et a pour objet la plus importante standardisation des poids de balance de l'histoire méditerranéenne. Du fait d'une relative discrétion des sources écrites, l'étude de cette révolution stathmétique méconnue repose principalement sur l'analyse du matériel archéologique et des collections publiques. En effet, cette époque charnière voit naitre, entre le IVe et le VIIIe siècle, une multitude de poids de bronze ou de verre, parfois incrustés d'argent, estampés ou délicatement ciselés, dont la préciosité comme l'uniformité nous interrogent. À travers l'examen minutieux d'indices iconographiques, épigraphiques et archéologiques, cette thèse propose nombre de données exploitables en termes de typologie et de chronologie. Dans le même temps, elle expose une part des ressorts mobilisés dans la normalisation de l'usage et de la production des poids de balance par l'Empire protobyzantin. Dans cet objectif, notre regard s'est porté spontanément sur l'iconographie et le décor. En effet, la sémiotique des images politiques et religieuses apposées sur ces instruments a été largement sous-estimée dans l'historiographie récente. Intégrées à un dispositif comprenant système technique, discours et contrôle administratif, nombre de ces représentations chrétiennes et impériales stéréotypées jouent un rôle crucial dans la réception et la surveillance de ces instruments. L'esthétique d'objets communs, produits et homologués par l'Empire, permet ainsi de dévoiler une part d'un ingénieux dispositif de contrôle de la fiscalité entre Antiquité et Moyen-âge. Considérant la mesure comme système symbolique, il apparait que ces petits monuments finement décorés cherchent à sceller le consentement à l'impôt au cœur même d'un commerce byzantin alors densément monétarisé. Par l'archéologie d'un instrument paramonétaire, utilisé dans tout le monde romain et au-delà, nous espérons ainsi tracer de nouvelles perspectives quant à l'étude de la perception et du contrôle politique de la mesure par les sociétés anciennes.

  • Titre traduit

    Weights and Crosses. Measuring Instruments and Representations of Power in Early Byzantine Trade (4th - 8th c.)


  • Résumé

    This thesis deals with the material history of the late Roman Empire and the most important standardization of balance weights in Mediterranean history. Due to the relative discretion of the written sources, the study of this little-known stathmetic revolution is based mainly on the analysis of archaeological material and public collections. Indeed, this pivotal period saw the birth, between the 4th and 8th centuries, of a multitude of weights of bronze or glass, sometimes inlaid with silver, stamped or delicately carved, whose preciousness and uniformity question us. Through the careful examination of iconographic, epigraphic and archaeological evidence, this thesis proposes datas that can be used in terms of typology and chronology. At the same time, it exposes a part of the mecanism mobilized in the standardization of the use and production of scale weights by the protobyzantine Empire. With this objective in our mind, we spontaneously looked at the iconography and decoration. Indeed, the semiotics of the political and religious images on these instruments have been largely underestimated in recent historiography. Integrated into an apparatus that includes technical system, discourses and administrative control, many of these stereotypical Christian and imperial representations play a crucial role in the reception and monitoring of these instruments. The aesthetics of common objects, produced and approved by the Empire, thus reveals a part of an ingenious tax control system between Antiquity and the Middle Ages. Considering the measure as a symbolic system, it appears that these finely decorated small monuments seek to seal the consent to taxation at the very heart of a densely monetarized Byzantine trade. By the archaeology of a paramonetary instrument, used throughout the Roman world and beyond, we hope to open up new perspectives for the study of the perception and political control of measurement by ancient societies.