Le problème de l'attention à l'âge classique

par Jean Beligot

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Marie-francoise Kim-sang, ong van cung.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Sciences, Philosophie, Humanités (equipe de recherche) depuis le 04-11-2018 .


  • Résumé

    L’objet de notre étude est de mettre au jour l’importance de la question de l’attention dans les philosophies de l’âge classique. Il s’agirait de procéder à la généalogie de la notion d’attention au XVIIe siècle en montrant comment ce concept apparaît, d’abord, dans l’œuvre de Descartes pour être, ensuite, repris et remanié dans la philosophie de Malebranche. Ce faisant, nous voudrions établir que l’attention est un concept central marqué d’une ambiguïté fondamentale entre une fonction gnoséologique et une fonction morale. En effet, entre Descartes et Malebranche, ce sont à deux conceptions concurrentes de l’attention que nous avons affaire. Chez Descartes, l’attention est avant tout un acte volontaire et sélectif de l’esprit qu’il convient d’exercer méthodiquement afin de parvenir à la vérité. Chez Malebranche, l’attention, caractérisée comme une « prière naturelle », est une faculté fondamentalement réceptive par laquelle l’esprit s’ouvre aux idées de Dieu et dont la finalité est essentiellement morale puisqu’elle est ce par quoi nous pouvons accéder à l’amour de l’Ordre. Si bien que se pose le problème suivant : les fonctions attribuées à l’attention dans les philosophies respectives de Descartes et de Malebranche ne pointent-elles pas en direction de deux conceptions radicalement différentes de la philosophie et de ce que doit être l’ethos du philosophe ? A l’âge classique, la dualité de l’attention – conçue tantôt comme un acte volontaire de sélection, tantôt comme une réceptivité de l’esprit – repose en effet sur un problème plus fondamental : celui de l’indépendance de l’effort méthodique par rapport au devoir de moralité et de piété. Partant de cette exploration des pensées de l’attention chez Descartes et Malebranche, nous serons amenés à interroger l’unité de cette notion en envisageant son rapport avec d’autres concepts de l’âge classique qui finissent par s’y substituer, comme la puissance de l’esprit (Spinoza), la conscience (Locke), ou encore l’aperception et la réflexion (Leibniz).

  • Titre traduit

    The problem of attention in classical philosophy


  • Résumé

    The aim of this study is to show the importance of the question of attention in philosophies of the seventeenth century. We will proceed to a genealogical inquiry of this notion in classical philosophy : this concept appears in Descartes’s work and is reshaped in the philosophy of Malebranche. We argue that the notion of attention consists of two aspects : an epistemic function and a moral function. Indeed, there are two completely different conceptions of attention. According to Descartes, attention is a voluntary act of the mind which we have to exercise methodically to reach the truth. According to Malebranche, attention is a “natural prayer”, i.e. a receptive faculty whereby the mind can be related to god’s ideas and experiment the “love of order” in which consists the moral virtue. In this perspective, the role of attention is essentially moral. It appears that these two roles assigned to attention involve two opposed conceptions of philosophy and therefore of the ethos of what a philosopher should be. In the seventeenth century, duality of attention – between a voluntary selective directedness and a receptivity of the mind – is based on a more fundamental problem : the question of independence of method and morality. This inquiry will bring us to discuss unity of the notion of attention by exploring its relationship with other concepts like the power of the mind (Spinoza), consciousness (Locke), or awareness and reflection (Leibniz).