Les Réécritures du roman Arthurien du Moyen-Age à nos jours: la mort du roi

par Nina Fiches (FICHES Cescutti)

Projet de thèse en LITTERATURES FRANCAISES, COMPAREES spécialité Littérature comparée

Sous la direction de Marie Blaise et de Catherine Nicolas.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec CRISES - Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales (laboratoire) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Ce qu'on appelle communément aujourd'hui la légende Arthurienne, désignée également sous le nom de « matière de Bretagne », est le fruit de la rencontre et de l'évolution d'une masse littéraire gigantesque constituée au fil des siècles. Elle compte donc un nombre impressionnant de sources ; elle va donner lieu à quantité de translatio et de réécritures. Au centre de la légende siège le roi Arthur de Bretagne, figure d'autorité mais aussi figure fédératrice, investie. Sa vie constitue le fil rouge des textes. Ainsi, les aventures et les intrigues des romans Arthuriens tournent toujours autour de ce point d'ancrage que constitue le roi ; l'importance du personnage transcende sa propre légende, jusqu'à être qualifié par Köhler dans son ouvrage L'aventure chevaleresque comme la véritable « personnification d'un principe ». Mais de l'Arthur historique, s'il a réellement existé, nous ne savons quasiment rien. En effet, aucun historien, contemporain du supposé règne d'Arthur comme le Breton Gildas dit le Sage, ou un siècle plus tard l'anglo-saxon Bède le Vénérable, ne donne une preuve de son existence. Il est donc une vraie chance, une matière vierge, malléable pour les auteurs qui voient en lui une possibilité d'adaptation gigantesque. Ainsi, sans véritable source sur laquelle se reposer, les auteurs sont libres. On peut alors remarquer un élément particulièrement intéressant dans le personnage du roi Arthur : au fil des translatio et des réécritures, le personnage semble restructuré, ses qualités et caractéristiques changent complètement jusqu'à se contredire ; et ces différences ne semblent pas être le fruit du hasard. Réinterpréter des événements qui suivent toujours le même schéma, jouer sur les nuances, peut permettre aux auteurs de dissimuler sous une apparente objectivité des motivations personnelles profondes. Les causes de la mort du Roi en particulier changent selon les réécritures : sa fin précoce est le résultat malheureux de son courage guerrier dans les tout premiers écrits, mais elle évolue jusqu'à constituer ensuite une punition divine de l'inceste ou être le résultat d'un suicide. A travers la littérature Arthurienne, on peut voir les auteurs remodeler ce même épisode qui va adopter des caractéristiques complètement opposées suivant les périodes, tout en suivant un modèle stable et solide. La question est de savoir si les auteurs, en prise avec leur époque, ont cherché à remanier la vérité historique pour toucher une réalité plus profonde, celle de la mémoire collective. Ceci nous amène à nous poser la question de la relation entre histoire, littérature et mémoire. Comment la mort du Roi Arthur permet-elle de mettre en lumière une vision du monde et de son histoire propre à une communauté ? En fictionalisant l'évènement historique, les auteurs interrogent le concept même de pratique mémorielle et de l'écriture d'une post-mémoire.

  • Titre traduit

    Rewriting the Arthurian romance, from the Middle Ages to today: the death of the king


  • Résumé

    What is commonly known today as the Arthurian legend is the result of the encounter and the evolution of a gigantic literary mass constituted over the centuries. There are some of the many texts and medium where King Arthur and his knights have the opportunity to progress and develop. At the centre of the legend is found King Arthur of Britain, an authority, but also a federating figure. Invested with a mission, he is, depending on the versions, a pillar of war and violence and the chief of the British Army, but in the same time a pacifist ruler and a simple human being. It is his life that is leading the story throughout the texts. But, of the historical Arthur, if he really existed, we know in fact nothing. Actually, no contemporary historian of the supposed reign of Arthur gave a proof of his existence. Myth, legend or historic reality, Arthur is the perfect literature character and constitutes a real chance for authors. Indeed, he is a virgin material, malleable for the writers who see in him a possibility of limitless adaptations. Over the course of translatio and rewriting, the character seems restructured, his qualities and characteristics change completely until totally contradicting one another; and these differences do not seem to be the result of chance. Reinterpreting events that always follow the same pattern, playing on nuances, may allow authors to conceal under apparent apparent objectivity deep personal motivations. The causes of the death of the King in particular change between the rewritings: in the early texts, his end is the unfortunate result of his braveness in combat, but it evolves to eventually constitute a divine punishment of incest or be the result of a suicide. Through the Arthurian literature, the authors remodeled this same episode which will adopt completely opposite characteristics according to the periods, while Arthur remains a stable and solid model. The question is whether the authors sought to rewrite the historical truth to reach a deeper reality, that of the collective memory. This brings us to the question of the relationship between history, literature and memory. How does King Arthur's death shed light on a vision of the world and its own history? By fictionalizing the historical event, the authors question the very concept of memorial practice and the writing of a post-memory.