Impact des tirs de loups et gestion adaptative

par Oksana Grente

Projet de thèse en Ecologie et Biodiversité

Sous la direction de Olivier Gimenez, Simon Chamaille jammes et de Christophe Duchamp.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau , en partenariat avec CEFE - Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (laboratoire) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Contexte et motivation Le retour des grands carnivores en Europe dans des paysages fortement anthropisés pose la question d'une cohabitation entre activités humaines et faune sauvage [1]. En France, le retour du loup depuis le début des années 90 s'est accompagné de déprédations sur les troupeaux qui ont conduit à des tirs dérogatoires de la population visant à atténuer la pression sur les élevages. Ces tirs sont mis en œuvre de façon plus intensive depuis 2014 à hauteur d'une quarantaine d'animaux prélevés ces dernières années sur l'ensemble du territoire national. Ce projet de thèse repose sur deux constats : 1. On ne connaît pas l'effet des tirs sur la population de loups en France ni sur les dommages aux troupeaux. Or l'on sait que les tirs impactent la structure sociale des groupes de loups aux États-Unis en perturbant leur utilisation de l'espace, leur stratégie de chasse ainsi que les mécanismes de compétition avec les meutes concurrentes[2–4]. Ces changements d'utilisation territoriale par les membres d'une meute impactent en retour les mécanismes d'implantation de nouveaux groupes sociaux[5–8] ainsi que la dynamique (positivement ou négativement) des dommages aux troupeaux. 2. La gestion actuelle sur la base d'un plafond de tirs létaux à effectuer par an calculé comme une proportion fixe de l'effectif annuel estimé de loups est simple mais ne tient pas compte de l'effet des tirs sur la population de loups ni de la répartition spatio-temporelle des attaques. Plutôt qu'une gestion statique, basée sur des effectifs difficiles à estimer de manière réactive, l'expertise collective sur la situation du loup[9] a récemment proposé une gestion adaptative qui prendrait en compte la distribution de l'espèce comme indicateur de l'état de la population de loups. Objectifs Dans cette thèse, nous évaluerons l'impact des tirs sur la base des données disponibles en tirant le meilleur parti par des méthodes mathématiques et statistiques par ailleurs éprouvés. Nous traduirons ces effets dans le cadre d'une gestion adaptative du loup. Ce projet entend répondre entre autres et en partie à l'action du Plan National d'Action 7.5 « Évaluer l'effet sur la prédation des autorisations de tirs accordées par les préfets et des destructions de loups » (http://bit.ly/2FK73dU). Un groupe de travail comprenant le MTES, le MAA, des représentants des OPA et des APN sera constitué pour identifier les attendus des porteurs d'enjeux sur cette évaluation. Ce groupe de suivi pourra émettre des suggestions quant au contenu et à la réalisation de la thèse. Il sera donc réuni en amont de la thèse, afin d'affiner ce document. Méthodologie Les méthodes reposent pour la plupart sur des approches éprouvées lors de deux thèses co-encadrées par l'Unité Prédateurs – Animaux déprédateurs de l'ONCFS et le laboratoire CNRS partenaire, à savoir celle de Julie Louvrier[10] sur la modélisation de la distribution des grands carnivores et celle de Lucile Marescot[11] sur la gestion adaptative des grands carnivores. Ce projet de thèse se partage en deux parties : Tout d'abord, il s'agira d'étudier l'effet des tirs. On se concentrera sur les quatre dernières années d'exercice afin d'effectuer une analyse statistique de l'effet des tirs à différentes échelles temporelles (court et moyen terme) et spatiales (échelle très locale de quelques unités pastorales ou échelle nationale). L'effet des tirs (types de tir et avec mort ou pas) sur la variabilité des structures sociales des groupes de loups sera étudiée via la variabilité des structures génétiques observées dans les meutes concernées et l'analyse de la structure sociale grâce à la théorie des réseaux[12]. L'effet des tirs sur la récurrence et/ou le volume des dommages sera étudié à différentes échelles territoriales, et notamment locales, sur des schémas comparatifs « post-ex » pour identifier les éventuels facteurs confondants. Le rôle des tirs sur la structure spatiale des attaques sera également considéré en explorant notamment les éventuels reports de prédation d'un troupeau vers ses voisins. Pour cette première partie, préalablement à la thèse, ou en tout début de thèse, seront recensées les données disponibles et exploitables : recensement des actions de tirs, létaux ou non, recensement de la présence humaine sur la zone (nombre et durée), disponibilité de résultats d'analyses génétiques complètes sur certains groupes familiaux contigus et sur plusieurs années consécutives. Ensuite, dans une deuxième partie, les résultats de la première partie seront alors mobilisés afin de structurer un schéma de gestion adaptative[13] qui se conçoit selon un processus d'apprentissage en deux phases, une phase de planification au cours de laquelle les composantes de la prise de décision sont formulées (le groupe de travail évoqué plus haut sera mobilisé à cette étape) et une phase itérative au cours de laquelle ces composantes sont liées dans un processus séquentiel de décision. En détail, il s'agira (1) dans la phase de planification de structurer la prise de décision via la définition des objectifs de gestion (sur le niveau d'attaques par exemple) et des différentes actions de gestion possibles pour y parvenir et (2) dans la phase itérative de mesurer l'effet des actions et l'écart à l'objectif, et en retour l'adaptation des actions de gestion. Références 1. Chapron, G. et al. Recovery of large carnivores in Europe's modern human-dominated landscapes. Science. 346, 1517–1519 (2014). 2. Jacobs, C. E. & Ausband, D. E. Pup-rearing habitat use in a harvested carnivore. J. Wildl. Manage. (2018). doi:10.1002/jwmg.21434 3. Ausband, D. E., Stansbury, C. R., Stenglein, J. L., Struthers, J. L. & Waits, L. P. Recruitment in a social carnivore before and after harvest. Anim. Conserv. 18, 415–423 (2015). 4. Ausband, D. E., Mitchell, M. S. & Waits, L. P. Effects of breeder turnover and harvest on group composition and recruitment in a social carnivore. J. Anim. Ecol. 86, 1094–1101 (2017). 5. Poudyal, N., Baral, N. & Asah, S. T. Wolf Lethal Control and Livestock Depredations: Counter-Evidence from Respecified Models. PLoS One 11, e0148743 (2016). 6. Wielgus, R. B. & Peebles, K. A. Effects of Wolf Mortality on Livestock Depredations. PLoS One 9, e113505 (2014). 7. Treves, A., Krofel, M. & McManus, J. Predator control should not be a shot in the dark. Front. Ecol. Environ. 14, 380–388 (2016). 8. Kompaniyets, L. & Evans, M. A. Modeling the relationship between wolf control and cattle depredation. PLoS One 12, e0187264 (2017). 9. Duchamp, C. et al. Expertise collective scientifique sur la viabilité et le devenir de la population de loups en France à long terme. Sous la coordination ONCFS-MNHN de : Guinot-Ghestem M, Haffner P, Marboutin E, Rousset G, Savoure- Soubelet A, Siblet JP, Trudelle L (2017). http://bit.ly/2hvBKsu 10. Louvrier, J. et al. Mapping and explaining wolf recolonization in France using dynamic occupancy models and opportunistic data. Ecography. (2017). doi: 10.1111/ecog.02874 11. Marescot, L. et al. Complex decisions made simple: a primer on stochastic dynamic programming. Methods Ecol. Evol. 4, 872–884 (2013). 12. James, R., Croft, D. P., Krause J. Potential banana skins in animal social network analysis. J. Behav Ecol Sociobiol. 63:989. (2009). https://doi.org/10.1007/s00265-009-0742-5 13. Williams, B. K. & Brown, E. D. Adaptive management: From more talk to real action. Environ. Manage. 53, 465–479 (2014).

  • Titre traduit

    Effects of shootings on wolves and adaptive management


  • Résumé

    Context: The comeback of large carnivores in European human-dominated landscapes raises the question of cohabitation of human activities and wildlife[1]. In France, wolf return since the early 1990's has triggered livestock depredations, which have led to derogation killings through shootings whose purpose is to decrease pressure on livestock farming. The shootings have been more intensively applied since 2014, and wolf removals have reached approximately forty individuals these last years throughout the French territory. This research project is based on two assessments: 1. We know the effect of shootings neither on wolf population in France nor on livestock depredations by wolves. However, we know that shootings have effects on the social structure of wolf groups in the USA, by disrupting the wolf space use, their hunting strategy as well as the competition processes with rival packs[2-4]. These changes in the use of territory by members of a pack impact in turn mechanisms of implantations of new social groups[5-8] as well as dynamism of damages on livestock, both positively or negatively. 2. The wolf management is currently based on an annual threshold of lethal shootings calculated as a fixed proportion of the estimated wolf abundance in France. This method is simple but considers neither the effect of shooting on wolf population nor the spatial-temporal distribution of wolf attacks. Rather than a fixed management based on abundance which is difficult to reactively estimate, the French collective expertise on wolf situation[9] has recently suggested an adaptive management which would consider the species distribution as the indicator of the wolf population state. Objectives In this PhD, we will assess the effects of shootings based on available data while making best use of mathematical and statistical methods. We will translate these effects in the context of an adaptive wolf management. This research project intends to partly answer, among others, to the Action 7.5 of the French National Action Plan: “To evaluate the effect on depredation of shooting derogations granted by the Prefects and of wolf removals” (http://bit.ly/2FK73dU). A monitoring group of the Action 7.5, incorporating the Ministry of Ecology, the Ministry of Agriculture and Food and representatives of the organisations of agricultural professionals and of nature protection, will be constituted to identify the wishes of the stakeholders concerning this assessment of shooting effect. The monitoring group will be reunited before the beginning of the PhD and will be able to make suggestions regarding the contents and PhD proceedings. Methods The methods are mostly based on approaches tested during two PhD co-supervised by the Department of predators and depredatory animals of the National Hunting and Wildlife Agency and by the National Centre for Scientific Research: Julie Louvrier's PhD[10] on large carnivore's distribution modelling and Lucile Marescot's PhD[11] on adaptive management of large carnivores. The PhD research project is divided into two parts: First of all, the study will focus on the effect of shootings. We will base our investigation on the last four years to perform a statistical analysis of the effect of shootings at different temporal (short and long term) and spatial scales (very localised scale of a few pastoral units or national scale). The shooting effect (types of shootings, leading to death or not) on variability of pack social structures will be studied through the variability of genetic structures observed in packs affected by shootings. The analysis of social structure will be done through the network theory[12]. The effect of shootings on recurrence and/or intensity of depredations will be studied at different territorial scales, especially the local one, based on comparisons “post-ex” to identify the potential confounding factors. The role of shootings on the spatial structure of the attacks will also be considered by exploring the potential reports of depredation on a flock toward the neighbouring's flocks. For this first part of the study, an inventory of the available and exploitable databases will be made before and at the beginning of the PhD: inventory of shootings (lethal or not), of human presence on the conflict zone (number and duration), availability of complete genetic analyses on some contiguous packs and on several consecutive years. Secondly, the results of the first part will be used to structure the outline of an adaptive management[13] which is conceived as a learning process in two stages: a planning stage during which the decision-making components are formulated (the monitoring group cited above will be mobilised at this stage) and an iterative stage during which these components are linked in a sequential decision process. More precisely, decision-making will be structured in the planning stage through specification of the management goals (for instance on the attack level) and of the possible management measures required to reach these goals (1) and the effect of these measures as well as the deviation from the goal will be measured in the iterative stage, in order to adapt the measures in return (2). References 1. Chapron, G. et al. Recovery of large carnivores in Europe's modern human-dominated landscapes. Science. 346, 1517–1519 (2014). 2. Jacobs, C. E. & Ausband, D. E. Pup-rearing habitat use in a harvested carnivore. J. Wildl. Manage. (2018). doi:10.1002/jwmg.21434 3. Ausband, D. E., Stansbury, C. R., Stenglein, J. L., Struthers, J. L. & Waits, L. P. Recruitment in a social carnivore before and after harvest. Anim. Conserv. 18, 415–423 (2015). 4. Ausband, D. E., Mitchell, M. S. & Waits, L. P. Effects of breeder turnover and harvest on group composition and recruitment in a social carnivore. J. Anim. Ecol. 86, 1094–1101 (2017). 5. Poudyal, N., Baral, N. & Asah, S. T. Wolf Lethal Control and Livestock Depredations: Counter-Evidence from Respecified Models. PLoS One 11, e0148743 (2016). 6. Wielgus, R. B. & Peebles, K. A. Effects of Wolf Mortality on Livestock Depredations. PLoS One 9, e113505 (2014). 7. Treves, A., Krofel, M. & McManus, J. Predator control should not be a shot in the dark. Front. Ecol. Environ. 14, 380–388 (2016). 8. Kompaniyets, L. & Evans, M. A. Modeling the relationship between wolf control and cattle depredation. PLoS One 12, e0187264 (2017). 9. Duchamp, C. et al. Expertise collective scientifique sur la viabilité et le devenir de la population de loups en France à long terme. Sous la coordination ONCFS-MNHN de : Guinot-Ghestem M, Haffner P, Marboutin E, Rousset G, Savoure-Soubelet A, Siblet JP, Trudelle L (2017). http://bit.ly/2hvBKsu 10. Louvrier, J. et al. Mapping and explaining wolf recolonization in France using dynamic occupancy models and opportunistic data. Ecography. (2017). doi: 10.1111/ecog.02874 11. Marescot, L. et al. Complex decisions made simple: a primer on stochastic dynamic programming. Methods Ecol. Evol. 4, 872–884 (2013). 12. James, R., Croft, D. P., Krause J. Potential banana skins in animal social network analysis. J. Behav Ecol Sociobiol. 63:989. (2009). https://doi.org/10.1007/s00265-009-0742-5 13. Williams, B. K. & Brown, E. D. Adaptive management: From more talk to real action. Environ. Manage. 53, 465–479 (2014).