La donation religieuse dans les provinces de Băc-Ninh et Ha-Đông au XVIIIe siècle : étude historique et philologique

par Aliette Vargas

Projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Philippe Papin.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie Orientale (laboratoire) et de École pratique des hautes études (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    La thèse de doctorat à laquelle je propose de me consacrer se rattache à l'histoire religieuse, économique et sociale du Vietnam à l'époque moderne. Plus précisément, elle s'intéresse à la nature, l'ampleur, les mécanismes et la portée des donations charitables accordées aux sanctuaires par les villageois dans les campagnes du bassin du fleuve Rouge au cours du XVIIIe siècle. Elle s'appuie sur les milliers d'inscriptions en chinois gravées sur stèles qui sont maintenant disponibles àla lecture. Du point de vue de la méthode, elle appartient au genre de la monographie et s'inscrit dès lors dans une entreprise historiographique collective. Par suite, le sujet de thèse que je souhaite déposer est celui-ci : «La donation religieuse dans les provinces de B c-Ninh et Hà-Đông au XVIIIe siècle : étude historique et philologique ». S'il est accepté, ce travail sera placé sous la direction de M. Philippe Papin, directeur d'études à l'EPHE (4e section). Plutôt que d'aller du sujet vers les sources, au risque de ne pas les trouver, j'ai suivi la démarche inverse : c'est l'existence d'un corpus exceptionnel de documents qui m'a conduite à définir puis circonscrire le thème de ma recherche. Celle-ci se justifie par la toute récente mise à disposition des inscriptions vietnamiennes en caractères chinois et démotiques qui ont été gravées tout au long des siècles, singulièrement à partir du XVIIe siècle, mais qui ne retiennent l'attention des chercheurs que depuis quelques années. Ce qui en fait la valeur spécifique, c'est qu'elles proviennent de la société rurale, de la notabilité, du clergé et des gens ordinaires des villages qui souhaitaient que fussent enregistrés leurs actes individuels et collectifs. Les inscriptions sont dans la plupart des cas les copies lapidaires de documents écrits sur papier, afin de les conserver, précaution utile car de fait tous ces papiers ont disparu. Avant la fin du XIXe siècle, il n'y a pas d'archives communales, qui puissent nous renseigner sur les villages vietnamiens : les inscriptions sont donc la source unique. Mais, par chance, elles abondent et chacune de ces pièces est à la fois datée et géographiquement localisée. Ce corpus fournit donc le volume et la précision, ce qui est bien sûr essentiel pour les études historiques. Ce corpus est constitué de deux parties. La première provient du travail d'estampage accompli par l'École française d'Extrême-Orient (EFEO) entre 1910 et 1956 (20 980 feuilles d'estampages) ; la seconde de celui, plus systématique, entrepris par l'Institut Han-Nôm du Vietnam à partir du début des années 1990 (environ 50 000 feuilles). Si l'on ôte les doublons, c'est-à-dire les inscriptions de l'Institut Han-Nôm qui avaient déjà été estampées par l'EFEO, on aboutit à environ 50 000 estampages, soit près de 35 000 inscriptions différentes. Le corpus EFEO est d'autant plus accessible que les originaux ont été publiés en 22 volumes (projet EPHE, EFEO et Institut Han-Nôm) d'excellente qualité.1 Ils sont accompagnés d'un catalogue descriptif en neuf volumes qui fournit des informations très précieuses, notamment un résumédu contenu des inscriptions,ce qui permet de procéder rapidement à leur sélection et traitement préliminaire. En attendant que le fonds réuni par l'Institut Han-Nôm soit accessible et catalogué, c'est sur l'ancien fonds EFEO que je fonderai mes recherches. À cet égard, je ne pars pas de rien car c'est ce corpus et ce type de documents sur lesquels j'ai travaillé dans le cadre de mon Master à l'EPHE. J'ai réalisé l'étude monographique de deux districts ruraux, Thanh-Tri et Yên-Phong, qui totalisaient 242 estampages pour la période qui m'intéressait, soit 97 inscriptions allant de 1606 à1733. C'est d'ailleurs cette première expérience qui m'a suggéré le sujet que je présente aujourd'hui au titre de ma thèse. En effet, parmi ces inscriptions étudiées en Master, il se trouve que 91 % traitent de donations pieuses, 3 % de biographies de personnages historiques ou d'importantes figures locales, 1 % de commémorations funèbres (sans donation) et, enfin, 1 % de coutumes villageoises. Au terme de ce premier travail de master, j'ai longuement discuté avec mon directeur de recherche. D'une part, le thème de la donation domine le corpus et il La domination écrasante du thème de la donation pieuse dans cet échantillon est tout à fait représentative de l'ensemble du corpus – j'ai pu vérifier ce point auprès de mon futur directeur de thèse. Cela suffit à justifier que je m'y intéresse particulièrement. La moitié de ces donations prévoit l'organisation d'une commémoration funèbre. Dans ce cas, le texte est un contrat qui spécifie les droits et les devoirs de chacune des parties (Je reprends ici la trilogie «donateur, donataire et bénéficiaire » établie par Vu Thị Mai Anh (“Donner de son vivant, être honoré mille ans”, trad. Philippe Papin, 2015, p. 262.) : d'un côté, les individus qui accordent un don (les donateurs), de l'autre les notables ou bonzes (les donataires) qui le reçoivent et s'engagent à procéder, plus tard et chaque année, aux cérémonies de commémoration de la mort du donateur (ou du bénéficiaire, si le don a été fait en faveur d'autrui).3 Les donateurs ou bénéficiaires, selon les cas, acquièrent alors le titre de "hau". Ce terme, encore très mystérieux, signifie qu'ils seront honorés «après »le Bouddha ou la divinité tutélaire du village. Cet honneur a un coût. Aussi, les inscriptions détaillent avec une grande précision, d'un côté les richesses données aux sanctuaires, de l'autre les offrandes offertes au "hau" «en retour». La procédure est spirituelle, mais elle implique des sommes d'argent, des surfaces de terre, des placements et des rendements qui, eux, sont très concrets. Ceci place mon sujet de recherche à l'articulation de l'histoire religieuse et de l'histoire économique et sociale. Au terme de ce premier travail de master, j'ai longuement discuté avec mon directeur de recherche. D'une part, le thème de la donation domine le corpus et il me plaît. D'autre part, il correspond à un programme global qui est en cours actuellement. Nous avons donc décidé de poursuivre dans cette voie en orientant mon travail vers une monographie plus étendue du point de vue géographique (deux provinces, et non plus deux districts) mais plus ciblé du point de vue chronologique (le seul XVIIIe siècle). Tout d'abord, pourquoi une monographie ? Simplement parce que le volume de la documentation l'impose. Il existe au total 3571 inscriptions datées du XVIIIe siècle. Parmi elles, en appliquant le coefficient général et raisonnable de 70 %, se trouvent environ 2 499 inscriptions de donation. Étant donnée la difficulté des textes, il est impossible à une seule personne de lire, d'analyser et de vérifier sur le terrain l'ensemble de toute cette documentation, d'autant qu'elle est appelée à grossir quand le fonds Han-Nôm sera catalogué. Il convient donc de la réduire. La méthode du sondage était possible, et c'est d'ailleurs celle que j'ai utilisée dans mon master. Mais, pour une thèse, mon directeur et moi avons pensé qu'un travail exhaustif était plus intéressant : mieux vaut traiter la totalité d'une partie du «puzzle » qu'une fraction non-représentative de quelques-unes de ses pièces. J'ai donc décidé de travailler sur toutes les inscriptions de donation des provinces de Bac-Ninh et Hà-Đông, dont j'ai déjà amorcé l'étude en Master. Ainsi recomposé, le corpus que j'aurais à traiter en thèse comportera tout de même entre 600 et 670 inscriptions. Ensuite, pourquoi le XVIIIe siècle ? Philippe Papin m'a demandé, et j'ai accepté volontiers, de me consacrer exclusivement à cette période. En effet, mon travail va s'intégrer à un plan d'ensemble qui, depuis quelques années, vise à étudier systématiquement l'histoire de la donation pieuse dans les campagnes du Vietnam. Philippe Papin traite le problème des origines jusqu'à la fin du 17e siècle et publiera prochainement un gros ouvrage àce sujet (et son séminaire montre que le projet est assez avancé). D'un autre côté, les XIXe et le début du XXe siècles ont déjà fait l'objet de plusieurs masters – réalisés dans le cadre du programme – qui ont été soutenus au Vietnam, ainsi que d'un Diplôme soutenu à l'EPHE par Vu Thị Mai Anh. La question est donc, sinon connue, au moins en passe de l'être. Il y a également des études thématiques (donations bouddhiques, donations aux sanctuaires des divinités tutélaires villageoises, statufication des donateurs, etc.) qui ont soit déjà été écrites, soit sont en cours de rédaction. Mais le XVIIIe siècle, lui, manque encore à l'appel. Mon travail comble donc une lacune. Celle-ci est une conséquence de la nature même de ces sources : les textes du XVIIIe siècle sont difficiles à déchiffrer et à analyser, demandant non seulement une bonne connaissance du chinois classique mais également de l'oralité vietnamienne qui s'entremêlent dans les inscriptions. Face à ce double défi, il me faudra constituer mon corpus en rassemblant les estampages de mes deux provinces d'étude, district par district et canton par canton, et établir une cartographie informatique solide qui me servira constamment par la suite. À l'issue de cette première phase, il me sera indispensable d'aller au Vietnam pendant un an. D'une part pour me perfectionner en épigraphie et, surtout, en démotique (nôm) avec les professeurs de l'Institut Han-Nôm. D'autre part je me rendrai dans les villages des provinces de Bac-Ninh et Hà-Đông afin d'effectuer les vérifications dont je ne manquerai pas d'avoir besoin (mon Master a montré à l'envi la nécessité fréquente d'étudier la stèle d'où provient l'estampage).

  • Titre traduit

    Religious donation in the provinces of Băc-Ninh and Ha-Đông in the eighteenth century: historical and philological study


  • Résumé

    The doctoral thesis to which I propose to devote myself relates to the religious, economic and social history of Vietnam in modern times. More specifically, she is interested in the nature, scale, mechanisms and scope of charitable donations made to sanctuaries by villagers in the Red River Basin countryside during the 18th century. It is based on the thousands of Chinese inscriptions engraved on steles that are now available for reading. From the point of view of the method, it belongs to the genre of the monograph and is therefore part of a collective historiographic enterprise. As a result, the subject of my thesis that I wish to file is this: "The religious donation in the provinces of B c-Ninh and Hà-Đông in the eighteenth century: historical and philological study." If accepted, this work will be supervised by Philippe Papin, director of studies at EPHE (4th section). Rather than going from the subject to the sources, at the risk of not finding them, I followed the opposite approach: it is the existence of an exceptional corpus of documents that led me to define and circumscribe theme of my research. This is justified by the recent availability of Vietnamese inscriptions in Chinese and demotic characters that have been engraved throughout the centuries, particularly from the seventeenth century, but which have only attracted the attention of researchers for a few years . What makes them so special is that they come from rural society, notability, clergy, and ordinary village people who wanted their individual and collective acts to be recorded. The inscriptions are in most cases the lapidary copies of documents written on paper, in order to preserve them, precaution useful because in fact all these papers have disappeared. Before the end of the 19th century, there are no communal archives that can tell us about Vietnamese villages: inscriptions are the only source. But, by chance, they abound and each of these pieces is both dated and geographically localized. This corpus thus provides volume and precision, which is of course essential for historical studies. This corpus consists of two parts. The first comes from the stamping work done by the French School of the Far East (EFEO) between 1910 and 1956 (20,980 stamping sheets); the second of the more systematic one undertaken by the Han-Nôm Institute of Vietnam from the early 1990s (about 50,000 sheets). If we remove the duplicates, that is to say the inscriptions of the Han-Nôm Institute which had already been stamped by the EFEO, we end up with about 50 000 stampings, that is to say almost 35 000 different inscriptions. The EFEO corpus is all the more accessible as the originals have been published in 22 volumes (EPHE project, EFEO and Han-Nôm Institute) of excellent quality.1 They are accompanied by a descriptive catalog in nine volumes which provides information very valuable, including a summary of the content of the inscriptions, which makes it possible to proceed quickly to their selection and preliminary treatment. Until the funds collected by the Han-Nôm Institute are accessible and cataloged, it is on the old EFEO fund that I will base my research. In this respect, I do not leave anything because it is this corpus and this type of documents on which I worked within the framework of my Master at the EPHE. I realized the monographic study of two rural districts, Thanh-Tri and Yen-Phong, which totaled 242 stampings for the period I was interested in, ie 97 inscriptions ranging from 1606 to 1733. It is also this first experience that suggested me the subject that I present today for my thesis. In fact, among these enrollments studied in Master, it turns out that 91% deal with pious donations, 3% biographies of historical figures or important local figures, 1% of funeral commemorations (without donation) and, finally, 1% village customs. At the end of this first master's work, I had a long discussion with my research director. On the one hand, the theme of the donation dominates the corpus and the overwhelming domination of the theme of the pious donation in this sample is quite representative of the whole corpus - I was able to verify this point with my future supervisor. This is enough to justify that I am particularly interested. Half of these donations include the organization of a funeral commemoration. In this case, the text is a contract that specifies the rights and duties of each of the parties (I here resume the trilogy "donor, donee and beneficiary" established by Vu Thị Mai Anh ("Give during his lifetime, to be honored a thousand years Philippe Papin, 2015, p.262): on the one hand, the individuals who give a donation (the donors), on the other the notables or bonzes (the donees) who receive it and commit themselves to proceed, later and annually, to the commemoration ceremonies of the death of the donor (or the recipient, if the gift was made to others) .3 Donors or beneficiaries, as the case may be, then acquire the title This term, still very mysterious, means that they will be honored "after" the Buddha or the tutelary deity of the village.This honor has a cost.As a result, the inscriptions detail with great precision, on one side the wealth given to s ancestors, on the other the offerings offered to the "hau" "in return". The procedure is spiritual, but it involves sums of money, land, investments and returns that are very concrete. This places my research topic at the intersection of religious history and economic and social history. At the end of this first master's work, I had a long discussion with my research director. On the one hand, the theme of donation dominates the corpus and I like it. On the other hand, it corresponds to a global program that is currently in progress. We therefore decided to continue in this direction by orienting my work towards a larger monograph from the geographical point of view (two provinces, and no longer two districts) but more chronologically focused (the only eighteenth century). First, why a monograph? Simply because the volume of documentation requires it. There are a total of 3571 inscriptions dated from the 18th century. Among them, applying the general and reasonable coefficient of 70%, are about 2,499 donation registrations. Given the difficulty of the texts, it is impossible for a single person to read, analyze and verify in the field all of this documentation, especially since it is called to grow when the fund Han-Nôm will be cataloged. It should therefore be reduced. The survey method was possible, and it's the one I used in my master's degree. But, for a thesis, my director and I thought that an exhaustive work was more interesting: it is better to treat the whole of a part of the "puzzle" than a non-representative fraction of some of its pieces. So I decided to work on all donation registrations from the provinces of Bac-Ninh and Hà-Đông, which I have already started studying in Master. Thus recomposed, the corpus that I would have to treat in thesis will involve still between 600 and 670 inscriptions. Then why the eighteenth century? Philippe Papin asked me, and I accepted willingly, to devote myself exclusively to this period. Indeed, my work is going to be part of an overall plan which, in recent years, aims to systematically study the history of pious donation in the countryside of Vietnam. Philippe Papin deals with the problem of origins until the end of the 17th century and will soon publish a big book on this subject (and his seminar shows that the project is quite advanced). On the other hand, the nineteenth and early twentieth centuries have already been the subject of several masters - carried out under the program - which have been supported in Vietnam, as well as a sustained degree at the EPHE by Saw Thị Mai Anh. The question is therefore, if not known, at least in the process of being so. There are also thematic studies (Buddhist donations, donations to sanctuaries of village tutelary deities, statufication of donors, etc.) that have either been written or are in the process of being written. But the eighteenth century is still missing. My work fills a gap. This is a consequence of the very nature of these sources: the texts of the eighteenth century are difficult to decipher and analyze, demanding not only a good knowledge of classical Chinese but also of Vietnamese orality that intermingle in the inscriptions . Faced with this double challenge, I will have to build my corpus by gathering the stampings of my two provinces of study, district by district and canton by canton, and establish a solid computer cartography which will serve me constantly thereafter. At the end of this first phase, I will have to go to Vietnam for a year. On the one hand to improve myself in epigraphy and, especially, in demotic (nôm) with the professors of the Han-Nôm Institute. On the other hand I will go to the villages of the provinces of Bac-Ninh and Hà-Đông to carry out the verifications which I will not fail to need (my Master has shown the envi often the need to study the stele from which the stamping originates).