Idealisme latin et quête de "race" : un imaginaire politique, entre nationalisme et internationalisme (France-Amérique hispanique, 1860-1933)

par Sarah Al-Matary

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de René-Pierre Colin.

Thèses en préparation à Lyon 2 , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) depuis le 01-12-2004 .


  • Résumé

    Notre thèse se propose de resituer la revendication d’appartenance à la « race latine » dans une histoire intellectuelle globale, afin de montrer, à partir d’un corpus de romans et d’essais français et hispano-américains, comment le discours de la latinité a entretenu dans la seconde moitié du XIXe siècle une polémique si vive qu’elle affectait tous les milieux disciplinaires, touchait la production théorique comme la fiction, à travers des textes de genres et de formats distincts. À une époque où la sphère « littéraire » est caractérisée par son hétérogénéité, et où l’homme de lettres jouit d’un statut parascientifique, le débat social sur la prétendue dégénérescence des Latins trouve un prolongement au sein de la littérature de fiction. C’est pourquoi nous avons choisi de confronter les textes de Frédéric Mistral, Jules Verne, Joséphin Péladan, Maurice Barrès, Paul Adam, Máximo Soto Hall, Carlos Gagini, Hernán Robleto ou Carlos Reyles aux discours savants qui fleurirent à la faveur de l’antagonisme entre les peuples néo-latins et leurs voisins germains et saxons. Ce conflit recoupe celui qui oppose alors les tenants du positivisme à des auteurs qui dénoncent la médiocrité de l’ère industrielle, et défendent la primauté des valeurs intellectuelles et spirituelles. Notre étude tente de mettre au jour les paradoxes sous-tendant cette réaction « idéaliste » pro-latine, qui séduit des écrivains se distinguant par leur goût pour le « roman à thèse ». Le discours de la latinité, discours de crise, simultanément convoqué par les libéraux et la droite nationaliste, les tenants de l’élitisme et du populisme, les félibres et les wagnériens, est caractérisé par une très grande mobilité. Il est pourtant parvenu à fédérer un ensemble d’intellectuels du tournant du XIXe siècle ( poètes, romanciers, historiens et hommes d’État ), qui l’ont érigé en outil de relecture opportuniste de l’Histoire, contre une historiographie prétendument « pro-saxonne » et « philoprotestante ».


  • Résumé

    This dissertation resituates the claims to belonging to the “Latin race” in a global intellectual history through the study of French and Hispanic-American novels and non-fiction texts. We will show how discourse on Latinicity maintained such a strong polemic in the second half of the nineteenth century that it spread to all disciplines, and influenced both theoretical production and fiction through texts of distinct genres and formats.At a time when the “literary” sphere is characterized by its heterogeneity, and when the man of letters enjoys parascientific status, the social debate on the supposed degeneracy of the Latins finds its continuation in fiction. We have thus chosen to confront texts by Frédéric Mistral, Jules Verne, Joséphin Péladan, Maurice Barrès, Paul Adam, Máximo Soto Hall, Carlos Gagini, Hernán Robleto ou Carlos Reyles to the scholarly discourse thriving due to the antagonism between neo-Latin peoples and their German or Saxon neighbors.This conflict intersects with the one opposing the tenants of positivism to authors denouncing the mediocrity of the industrial era, and defending the primacy of intellectual and spiritual values. Our study shall expose the underlying paradoxes of this “idealist” pro-Latin reaction that seduces writers distinguished by their propensity for the “roman à thèse.” The discourse on Latinicity, a crisis discourse, branded simultaneously by liberals and the nationalist right, by tenants of elitism and populism, by the Felibres and the Wagnerians, is characterized by great mobility. And yet, it federates a number of intellectuals at the turn of the nineteenth century, poets, novelists, historians and statesmen, who erect it as a tool with which to reread History, against a supposedly “pro-Saxon” and “philoprotestant” historiography.