Hétérogénéité linguistique dans les inscriptions royales ramessides

par Julianna Paksi

Projet de thèse en Egyptologie

Sous la direction de Andréas Stauder et de Susanne Bickel.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres en cotutelle avec l'Université de Bâle , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Egypte ancienne : archéologie, langue, religion (laboratoire) et de École pratique des hautes études (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-08-2012 .


  • Résumé

    L'étude vise les phénomènes d'hétérogénéité linguistique dans les inscriptions royales ramessides (env. 1300-1100 av. J.-C.). Ces textes sont un témoin privilégié de la dynamique complexe des registres écrits à l'époque ramesside, entre innovation et tradition. Dans cette dynamique, le phénomène d'hétérogénéité linguistique est défini comme la coprésence, au sein d'un même texte, de traits relevant en principe de normes linguistiques différentes. Cette combinaison d'éléments hétérogènes est une partie essentielle de la facture des textes, à côté des aspects formels de la composition des textes. Clairement intentionnelle, la facture linguistique hétérogène des textes constitue donc un élément essentiel pour l'interprétation des textes individuels autant que de la culture écrite ramesside plus largement. L'histoire de la langue égyptienne est celle du changement linguistique (phénomènes d'innovation et d'obsolescence, évolutions des formes et des fonctions), mais également celle, complexe, des registres écrits de cette langue. Durant la langue histoire d'attestation écrite de l'égyptien-copte, la seconde moitié du IIème millénaire constitue un moment charnière. À partir du début de la dix-neuvième dynastie (env. 1275 av. J.-C.), de nouvelles normes linguistiques (en gros, les répertoires formant ce qu'il est traditionnellement convenu d'appeler « néo-égyptien ») se diffusent rapidement pour devenir la langue écrite standard dans certains domaines fonctionnels (p. ex., dans les textes de la pratique : lettres, documents, etc.). Ce faisant, les normes plus anciennes (en gros, les répertoires formant ce qu'il est convenu d'appeler « moyen-égyptien »), ou du moins des éléments de celles-ci, continuent à être utilisées de manière productive dans d'autres domaines fonctionnels (p. ex., dans les textes idéologiques). Il en résulte une situation de diglossie écrite qui doit être conçue comme un continuum entre registres plus ou moins innovateurs ou conservateurs. L'interaction entre les deux normes linguistiques concerne tous les genres textuels, en des modalités variables : il n'y a guère, sauf peut-être dans les textes de la pratique de « néo-égyptien pur ». De plus, des éléments de l'un et l'autre pôles (« moyen égyptien », « néo-égyptien ») peuvent être combinés entre eux dans un même texte, résultant dans les situations d'hétérogénéité linguistique qui intéressent notre étude. Les distributions sont variés selon les genres écrits (p. ex. littérature de divertissement ; productions idéologiques). Plutôt que l'effet d'une incompétence suffisance du scripteur ces distributions sont calculées, selon le genre et selon le contenu. L'hétérogénéité linguistique des textes ramessides est ainsi liée à la dynamique de la production écrite elle-même, au sein de laquelle les sélections linguistiques interagissent. Le phénomène prend des formes particulièrement riches dans les inscriptions royales ramessides, qui forment le corpus de notre étude. Les objectifs de la présente thèse se situent dès lors à un double niveau, linguistique et culturel. Il s'agira, d'une part, de produire une description fine et différenciée de la typologie linguistique des textes royaux ramessides, individuellement et dans leur ensemble. Dans cette description, le phénomène d'hétérogénéité linguistique - défini comme la coprésence d'éléments relevant de normes linguistiques diverses au sein d'un même texte - constituera un point focal de l'analyse. Il s'agira, d'autre part, d'interpréter la typologie linguistique des textes ainsi établie en relation aux facteurs qui peuvent avoir déterminé celle-ci. Parmi ces facteurs, on étudiera en particulier les paramètres du type textuel, de la prédétermination phraséologique de certaines expressions, ainsi que les effets expressifs locaux dans un texte individuel. L'étude implique ainsi les notions de genre et d'intertextualité. Par l'étude d'un corpus particulier, celui des inscriptions royales, le travail cherchera ainsi à contribuer à une appréciation plus fine de la situation de diglossie écrite qui caractérise l'époque ramesside. Le travail combinera l'analyse linguistique et textuelle, voire littéraire. Il contribuera ainsi à interpréter la diglossie écrite ramesside en relation à l'horizon culturel plus large, extralinguistique, de l'époque, entre innovation et tradition. En soumettant les textes individuels à une analyse fine, le travail permettra également, en retour, de mieux apprécier la composition et l'expression de ceux-ci.

  • Titre traduit

    Linguistic Heterogeneity in the Ramesside Royal Inscriptions


  • Résumé

    The project concerns the study of linguistic heterogeneity in the language of the Ramesside royal inscriptions (ca. 1300–1100 BC). The focus is on ten texts selected from a chronologically and thematically wide corpus of monumental hieroglyphic inscriptions. Each of these texts is subject to a detailed, descriptive and interpretative linguistic analysis, during which factors influencing their diverse linguistic selections are explored. The aim of the project is to arrive at a differentiated, yet systematic, description of the language of the inscriptions and to identify the aspects of cultural dynamics underlying these linguistic selections. The history of the Egyptian language is at the same time a complex history of its written registers. By the early Nineteenth Dynasty (ca. 1275 BC), new linguistic norms (roughly: “Late Egyptian”) started to spread and became the written language in certain domains of use, while older norms (roughly: “Middle Egyptian”) continued to be used in other domains. However, the two linguistic norms were by no means discrete, let alone exclusive of one another. The diglossic situation thus observed involved a dynamic continuum of written linguistic registers between more innovative and more conservative ones. The interaction of the two linguistic norms is present in all genres and is therefore integral to the written production in Ramesside times. The phenomenon of linguistic heterogeneity resulted in profoundly diverse linguistic typologies that are often observed also within one and the same text. This linguistic heterogeneity is seen to take particularly rich and productive forms in the Ramesside royal inscriptions, to the study of which the present project is devoted. In order to provide a detailed description of the diverse linguistic typologies of the Ramesside royal inscriptions, the different linguistic layers of the texts are studied in full individual details. In doing so, the project aims to contribute to the study of the dynamics of written registers in Egyptian within one particular corpus. Contrary to the existing schematic interpretations, the goal is to produce a detailed description of these dynamics in individual texts. Being based on close readings of often much understudied individual texts, the project aims to contribute to their interpretation by revealing subtle nuances expressed by their linguistic selections. Since written registers are culturally determined, this detailed linguistic analysis also bears on broader cultural dynamics in Ramesside times. In particular, it impacts the study of genres and of their combination and interpenetration in individual texts. Furthermore, it bears on very broad issues of innovation and tradition, which are here considered under one very specific focus. This study will be the first systematic description of the language of the Ramesside royal inscriptions, and as such, will fill a gap in the history of the Egyptian language understood as a history of its written registers. In the current context of studies devoted to linguistic variation in other, comparatively lower written registers of the Ramesside period, the project investigates the higher written registers of the same time, which have received only modest scholarly attention so far.