Les participes en grec homérique: héritage ou innovation?

par Maciej Jaszczynski

Projet de thèse en Etudes grecques

Sous la direction de Daniel Petit.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Archéologie et philologie d'Orient et d'Occident (Paris) (laboratoire) et de École pratique des hautes études (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 04-10-2016 .


  • Résumé

    Les participes en grec homérique: héritage ou innovation? L'objet principal de cette thèse est d'évaluer le degré d'archaïsme et d'innovation des formations participiales en grec ancien dans la langue d'Homère par rapport aux prototypes indo- européens supposés par la reconstruction linguistique. Ce problème peut être abordé sous différents angles. Une approche plus directement accessible, mais aussi plus populaire dans le passé et donc plus exploitée, est celle de la morphologie. La reconstruction morphologique et le développement des morphèmes dans les langues filles ont été traités de manière extensive dans les manuels d'introduction à la linguistique indo-européenne1 . Le sujet a également été abondamment discuté en philologie du grec ancien2. L'autre approche, qui a également donné lieu à un nombre important de travaux et qui sera l'axe de recherche privilégié dans la thèse, est celle de la syntaxe. Dans ma thèse, je souhaiterais me concentrer principalement à la question de la transitivité. Il s'agit d'une catégorie qui peut être facilement analysée et comparée entre des langues différentes. La reconstruction syntaxique, beaucoup plus difficile à appréhender et à traiter, est un domaine de la linguistique indo-européenne un peu négligé en comparaison avec la philologie et la morphologie. S'il existe un nombre non négligeable de travaux sur la syntaxe proto-indo-européenne, la question des participes demande encore un traitement extensif qui reste à faire3. La recherche sur les catégories verbale non-finies dans les langues indo-européennes anciennes est constamment en développement et ouvre de nouvelles possibilités pour la 4 reconstruction. Une recherche du même niveau demande à être faite à propos du grec, langue connue pour faire un usage étendu du participe : les grammairiens grecs la qualifiaient de φιλομέτοχος « qui aime les participes ». Après des décennies de recherche philologique et linguistique sur le grec ancien, le domaine de la syntaxe participiale dans les premiers stades de la langue reste encore à étudier en détail. Nous possédons des analyses de la syntaxe des participes 1 Voir les chapitres consacrés à ces questions dans les manuels d'introduction à la linguistique indo-européenne: Meier- Brügger, Indo-European Linguistics, Berlin: 2003; Szemerényi, Introduction to Indo-European linguistics, Oxford: 1999, et autres. 2 Chantraine, Morphologie historique du grec, Paris: 1991; Sihler, New comparative grammar of Greek and Latin, Oxford: 2008, p. 613ff. 3 Kulikov, Proto-Indo-European syntax and its development, Amsterdam: 2013; Lehmann, Indo-European Syntax, London: 1974. 4 E.g. Lowe, Participles in Rigvedic Sanskrit: The Syntax and Semantics of Adjectival Verb Forms, Oxford: 2015. 1 chez Thucydide5, le Nouveau Testament6 et le grec byzantin7, mais il n'existe pas encore d'étude similaire sur Homère ou les premiers poètes lyriques. Plusieurs auteurs se sont concentrés sur quelques usages spécifiques des participes, par exemple les constructions absolues8, mais aucune étude complète des participes en grec archaïque n'a encore été réalisée. Une telle étude est donc un desideratum dans le domaine de la linguistique du grec ancien et de la philologie indo-européenne. Le choix du corpus d'étude doit se justifier pour des raisons de cohérence interne et de faisabilité. J'analyserai en premier lieu les oeuvres d'Homère (l'Iliade et l'Odyssée), soit de manière exhaustive, soit, si les données sont trop vastes, par une sélection raisonnée. Une caractéristique importante de ce corpus est le fait qu'il est littéraire et poétique, ce qui pourrait introduire un biais dans la description et le faire apparaître comme inapproprié pour une recherche linguistique. Il est vrai que la poésie favorise les constructions participiales à cause de leur plasticité et pour éviter la lourdeur de mots-outils, mais cela ne signifie pas que l'usage des participes chez Homère soit 9 fondamentalement atypique. Une question plus problématique est l'influence des formules poétiques sur la syntaxe homérique. Le pourcentage des formules dans l'Iliade a été évalué par certains philologues autour de 57,29%: ce n'est donc pas un facteur qui puisse être facilement ignoré.10 Néanmoins, Homère est notre source la plus ancienne pour la recherche sur la syntaxe du grec archaïque et a de ce fait une signification de premier plan pour la reconstruction indo- européenne aussi bien que pour les évolutions ultérieures dans l'histoire de la langue grecque11 Ma thèse consistera en deux parties principales. La première partie sera consacrée à l'analyse syntaxique des participes en grec. Une analyse statistique de leurs fonctions sera conduite (comme par exemple participe attributif, appositif ou prédicatif dans des tournures indépendantes), et l'on étudiera leurs propriétés grammaticales, particulièrement sous l'angle de la transitivité et de l'aspect. Nous manquons de données statistiques sur les verbes grecs ; il est difficile de trouver 5 Larson, The syntax of participles in Thucydides, Minneapolis: 1974. 6 Karleen, The syntax of the participle in the Greek New Testament, Philadelphia: 1980. 7 Kavčič, The syntax of the infinitive and the participle in early Byzantine Greek : an interpretation in terms of naturalness theory, Ljubljana: 2005. 8 Maiocco, Absolute participial constructions: a contrastive approach to the syntax of Greek and Latin, Alessandria: 2005; Ruppel, Absolute constructions in early Indo-European, Cambridge: 2012. 9 Lowe, ibid, p. 306. 10 Boschetti et Pavese, A complete formular analysis of the Homeric poems, Amsterdam: 2003, p. 61. 11 Le grec mycénien, bien que plus ancien qu'Homère, est moins adapté pour une recherche syntaxique en raison du caractère textes qui sont principalement des listes et des registres. 2 12 quelque chose d'autres que les statistiques sur l'emploi des temps , mais il n'existe pas beaucoup de travaux consacrés à la manière dont les catégories grammaticales influent sur l'usage des participes, et avec quelle fréquence (d'où la recherche de statistiques, pour évaluer des constructions dominantes et des constructions marginales). En outre, il serait utile de voir si les radicaux verbaux présentent des tendances à être utilisés plutôt dans certaines fonctions que d'autres, par exemple dans les constructions absolues, en emploi attributif ou circonstanciel. Mes travaux de master, réalisés à Oxford (Grande-Bretagne) sous la direction de dr Peter Barber, m'ont déjà donné une certaine expérience dans ce domaine. La base de mon master a été l'idée que les deux principales fonctions des participes se recoupent partiellement avec les fonctions des propositions relatives, à savoir de modifier ou de remplacer une phrase nominale. L'objectif en était de comprendre les raisons d'utiliser une construction ou l'autre là où existait une intersection fonctionnelle. J'ai considéré les propriétés syntaxiques et sémantiques des verbes impliqués dans chaque construction. J'ai utilisé la méthodologie présentée par Paul Hopper et Sandra Thompson 13 dans leur article classique "Transitivity in Grammar and Discourse" . Ils soutiennent que la transitivité se définit par dix paramètres et représente une caractéristique scalaire, non binaire. J'ai adapté leur méthodologie pour le grec ancien et j'ai découvert que la position d'un verbe sur l'échelle de transitivité est en corrélation avec sa probabilité d'apparaître dans une construction spécifique, c'est-à-dire que, plus il est transitif, plus il a des chances d'être utilisé comme un verbe fini dans une propositon relative. Mon master a été réalisé sur un corpus très limité (trois livres de l'Iliade), qui m'a permis de me concentrer sur des exemples individuels et de les étudier en détail ; dans mon doctorat je souhaiterais travailler avec un plus vaste corpus de texte afin d'ouvrir plus de possibilités à une analyse fréquentielle. Après avoir analysé les fonctions et la syntaxe des participes du grec archaïque, je m'efforcerai d'identifier ce qui, en grec, peut refléter un état indo-européen ancien. Les résultats obtenus sur le grec pris comme un point départ seront systématiquement comparés aux données fournies par les autres langues indo-européennes, principalement à celles du sanskrit védique. Il y a de bonnes raisons d'utiliser le grec et le védique comme base de la reconstruction. Ces deux langues sont absolument essentielles dans notre reconstruction du système verbal de l'indo-européen, en raison à la fois de leur archaïsme et de leur proximité. L'hypothèse d'une période intermédiaire dite « gréco-aryenne » mérite d'être évaluée à la lumière de la question de la reconstruction syntaxique, 12 Duhoux, Le verbe grec ancien: éléments de morphologie et de syntaxe historiques, Louvain-la-Neuve: 2000. 13 Hopper et Thompson, "Transitivity in Grammar and Discourse" [dans:] Language, 56, 1980, p. 251-299. 3 ce qui n'a guère été fait jusqu'ici. Évidemment, la question de la place du hittite pour la reconstruction du système verbal indo-européen est très problématique et demeure controversée. Le système hittite est si différent du système grec et sanskrit (ou gréco-aryen), qu'il est très difficile de reconstruire un stage commun incluant ses données à une reconstruction unifiée. En outre, la recherche sur la syntaxe et la sémantique des participes védiques a récemment avancé d'une manière très significative, grâce à l'ouvrage de John Lowe Participles in Rigvedic Sanskrit: The Syntax and Semantics of Adjectival Verb Forms, que j'ai déjà mentionné. Le védique, en dehors du grec et du latin, est une des langues plus accessibles pour moi, dans la mesure où je l'ai étudiée en profondeur durant mon année de master. En prenant le grec et le védique comme une base fondamentale, je pourrai ajouter d'autres groupes de langues indo-européennes à la fois par des études philologiques de première main et en me fondant sur la littérature secondaire. Après avoir complété ces deux parties de ma thèse, je pourrai finalement répondre à la question principale de ce projet, c'est-à-dire, dans quelle mesure les participes chez Homère sont archaïques et quel est leur degré d'innovation vis-à-vis de ce que la reconstruction indo-européenne permet d'atteindre. Ce problème devra être abordé d'un point de vue typologique en décidant quelles propriétés des participes grecs sont définitivement héritées, lesquelles sont définitivement innovatrices, et lesquelles peuvent être attribuées à l'indo-européen dans des conditions hypothétiques. S'agissant de la faisabilité de ce projet, sa réalisation au cours des trois années de thèse ne me paraît pas poser de problème particulier : j'ai déjà étudié le grec depuis de nombreuses années et acquis également une expérience poussée des textes védiques. J'ai affronté la méthodologie de la recherche en linguistique grecque dans mes travaux et je me suis efforcé de me former en linguistique indo-européenne durant le master. La taille du corpus n'est pas insurmontable, une fois qu'on maîtrise les outils conceptuels pour y définir des lignes de convergenceo ; il me paraît parfaitement possible de l'analyser durant les premiers temps de la thèse. Réaliser cette thèse à Paris, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, a pour but de compléter ma formation auprès de spécialistes de linguistique indo-européenne et de linguistique typologique, ainsi que de m'ouvrir à d'autres langues indo-européennes ou non-indo-européennes et plus généralement à la typologie linguistique. 4

  • Titre traduit

    Participles in Homeric Greek: inheritance or innovation?


  • Résumé

    Les participes en grec homérique: héritage ou innovation? L'objet principal de cette thèse est d'évaluer le degré d'archaïsme et d'innovation des formations participiales en grec ancien dans la langue d'Homère par rapport aux prototypes indo- européens supposés par la reconstruction linguistique. Ce problème peut être abordé sous différents angles. Une approche plus directement accessible, mais aussi plus populaire dans le passé et donc plus exploitée, est celle de la morphologie. La reconstruction morphologique et le développement des morphèmes dans les langues filles ont été traités de manière extensive dans les manuels d'introduction à la linguistique indo-européenne1 . Le sujet a également été abondamment discuté en philologie du grec ancien2. L'autre approche, qui a également donné lieu à un nombre important de travaux et qui sera l'axe de recherche privilégié dans la thèse, est celle de la syntaxe. Dans ma thèse, je souhaiterais me concentrer principalement à la question de la transitivité. Il s'agit d'une catégorie qui peut être facilement analysée et comparée entre des langues différentes. La reconstruction syntaxique, beaucoup plus difficile à appréhender et à traiter, est un domaine de la linguistique indo-européenne un peu négligé en comparaison avec la philologie et la morphologie. S'il existe un nombre non négligeable de travaux sur la syntaxe proto-indo-européenne, la question des participes demande encore un traitement extensif qui reste à faire3. La recherche sur les catégories verbale non-finies dans les langues indo-européennes anciennes est constamment en développement et ouvre de nouvelles possibilités pour la 4 reconstruction. Une recherche du même niveau demande à être faite à propos du grec, langue connue pour faire un usage étendu du participe : les grammairiens grecs la qualifiaient de φιλομέτοχος « qui aime les participes ». Après des décennies de recherche philologique et linguistique sur le grec ancien, le domaine de la syntaxe participiale dans les premiers stades de la langue reste encore à étudier en détail. Nous possédons des analyses de la syntaxe des participes 1 Voir les chapitres consacrés à ces questions dans les manuels d'introduction à la linguistique indo-européenne: Meier- Brügger, Indo-European Linguistics, Berlin: 2003; Szemerényi, Introduction to Indo-European linguistics, Oxford: 1999, et autres. 2 Chantraine, Morphologie historique du grec, Paris: 1991; Sihler, New comparative grammar of Greek and Latin, Oxford: 2008, p. 613ff. 3 Kulikov, Proto-Indo-European syntax and its development, Amsterdam: 2013; Lehmann, Indo-European Syntax, London: 1974. 4 E.g. Lowe, Participles in Rigvedic Sanskrit: The Syntax and Semantics of Adjectival Verb Forms, Oxford: 2015. 1 chez Thucydide5, le Nouveau Testament6 et le grec byzantin7, mais il n'existe pas encore d'étude similaire sur Homère ou les premiers poètes lyriques. Plusieurs auteurs se sont concentrés sur quelques usages spécifiques des participes, par exemple les constructions absolues8, mais aucune étude complète des participes en grec archaïque n'a encore été réalisée. Une telle étude est donc un desideratum dans le domaine de la linguistique du grec ancien et de la philologie indo-européenne. Le choix du corpus d'étude doit se justifier pour des raisons de cohérence interne et de faisabilité. J'analyserai en premier lieu les oeuvres d'Homère (l'Iliade et l'Odyssée), soit de manière exhaustive, soit, si les données sont trop vastes, par une sélection raisonnée. Une caractéristique importante de ce corpus est le fait qu'il est littéraire et poétique, ce qui pourrait introduire un biais dans la description et le faire apparaître comme inapproprié pour une recherche linguistique. Il est vrai que la poésie favorise les constructions participiales à cause de leur plasticité et pour éviter la lourdeur de mots-outils, mais cela ne signifie pas que l'usage des participes chez Homère soit 9 fondamentalement atypique. Une question plus problématique est l'influence des formules poétiques sur la syntaxe homérique. Le pourcentage des formules dans l'Iliade a été évalué par certains philologues autour de 57,29%: ce n'est donc pas un facteur qui puisse être facilement ignoré.10 Néanmoins, Homère est notre source la plus ancienne pour la recherche sur la syntaxe du grec archaïque et a de ce fait une signification de premier plan pour la reconstruction indo- européenne aussi bien que pour les évolutions ultérieures dans l'histoire de la langue grecque11 Ma thèse consistera en deux parties principales. La première partie sera consacrée à l'analyse syntaxique des participes en grec. Une analyse statistique de leurs fonctions sera conduite (comme par exemple participe attributif, appositif ou prédicatif dans des tournures indépendantes), et l'on étudiera leurs propriétés grammaticales, particulièrement sous l'angle de la transitivité et de l'aspect. Nous manquons de données statistiques sur les verbes grecs ; il est difficile de trouver 5 Larson, The syntax of participles in Thucydides, Minneapolis: 1974. 6 Karleen, The syntax of the participle in the Greek New Testament, Philadelphia: 1980. 7 Kavčič, The syntax of the infinitive and the participle in early Byzantine Greek : an interpretation in terms of naturalness theory, Ljubljana: 2005. 8 Maiocco, Absolute participial constructions: a contrastive approach to the syntax of Greek and Latin, Alessandria: 2005; Ruppel, Absolute constructions in early Indo-European, Cambridge: 2012. 9 Lowe, ibid, p. 306. 10 Boschetti et Pavese, A complete formular analysis of the Homeric poems, Amsterdam: 2003, p. 61. 11 Le grec mycénien, bien que plus ancien qu'Homère, est moins adapté pour une recherche syntaxique en raison du caractère textes qui sont principalement des listes et des registres. 2 12 quelque chose d'autres que les statistiques sur l'emploi des temps , mais il n'existe pas beaucoup de travaux consacrés à la manière dont les catégories grammaticales influent sur l'usage des participes, et avec quelle fréquence (d'où la recherche de statistiques, pour évaluer des constructions dominantes et des constructions marginales). En outre, il serait utile de voir si les radicaux verbaux présentent des tendances à être utilisés plutôt dans certaines fonctions que d'autres, par exemple dans les constructions absolues, en emploi attributif ou circonstanciel. Mes travaux de master, réalisés à Oxford (Grande-Bretagne) sous la direction de dr Peter Barber, m'ont déjà donné une certaine expérience dans ce domaine. La base de mon master a été l'idée que les deux principales fonctions des participes se recoupent partiellement avec les fonctions des propositions relatives, à savoir de modifier ou de remplacer une phrase nominale. L'objectif en était de comprendre les raisons d'utiliser une construction ou l'autre là où existait une intersection fonctionnelle. J'ai considéré les propriétés syntaxiques et sémantiques des verbes impliqués dans chaque construction. J'ai utilisé la méthodologie présentée par Paul Hopper et Sandra Thompson 13 dans leur article classique "Transitivity in Grammar and Discourse" . Ils soutiennent que la transitivité se définit par dix paramètres et représente une caractéristique scalaire, non binaire. J'ai adapté leur méthodologie pour le grec ancien et j'ai découvert que la position d'un verbe sur l'échelle de transitivité est en corrélation avec sa probabilité d'apparaître dans une construction spécifique, c'est-à-dire que, plus il est transitif, plus il a des chances d'être utilisé comme un verbe fini dans une propositon relative. Mon master a été réalisé sur un corpus très limité (trois livres de l'Iliade), qui m'a permis de me concentrer sur des exemples individuels et de les étudier en détail ; dans mon doctorat je souhaiterais travailler avec un plus vaste corpus de texte afin d'ouvrir plus de possibilités à une analyse fréquentielle. Après avoir analysé les fonctions et la syntaxe des participes du grec archaïque, je m'efforcerai d'identifier ce qui, en grec, peut refléter un état indo-européen ancien. Les résultats obtenus sur le grec pris comme un point départ seront systématiquement comparés aux données fournies par les autres langues indo-européennes, principalement à celles du sanskrit védique. Il y a de bonnes raisons d'utiliser le grec et le védique comme base de la reconstruction. Ces deux langues sont absolument essentielles dans notre reconstruction du système verbal de l'indo-européen, en raison à la fois de leur archaïsme et de leur proximité. L'hypothèse d'une période intermédiaire dite « gréco-aryenne » mérite d'être évaluée à la lumière de la question de la reconstruction syntaxique, 12 Duhoux, Le verbe grec ancien: éléments de morphologie et de syntaxe historiques, Louvain-la-Neuve: 2000. 13 Hopper et Thompson, "Transitivity in Grammar and Discourse" [dans:] Language, 56, 1980, p. 251-299. 3 ce qui n'a guère été fait jusqu'ici. Évidemment, la question de la place du hittite pour la reconstruction du système verbal indo-européen est très problématique et demeure controversée. Le système hittite est si différent du système grec et sanskrit (ou gréco-aryen), qu'il est très difficile de reconstruire un stage commun incluant ses données à une reconstruction unifiée. En outre, la recherche sur la syntaxe et la sémantique des participes védiques a récemment avancé d'une manière très significative, grâce à l'ouvrage de John Lowe Participles in Rigvedic Sanskrit: The Syntax and Semantics of Adjectival Verb Forms, que j'ai déjà mentionné. Le védique, en dehors du grec et du latin, est une des langues plus accessibles pour moi, dans la mesure où je l'ai étudiée en profondeur durant mon année de master. En prenant le grec et le védique comme une base fondamentale, je pourrai ajouter d'autres groupes de langues indo-européennes à la fois par des études philologiques de première main et en me fondant sur la littérature secondaire. Après avoir complété ces deux parties de ma thèse, je pourrai finalement répondre à la question principale de ce projet, c'est-à-dire, dans quelle mesure les participes chez Homère sont archaïques et quel est leur degré d'innovation vis-à-vis de ce que la reconstruction indo-européenne permet d'atteindre. Ce problème devra être abordé d'un point de vue typologique en décidant quelles propriétés des participes grecs sont définitivement héritées, lesquelles sont définitivement innovatrices, et lesquelles peuvent être attribuées à l'indo-européen dans des conditions hypothétiques. S'agissant de la faisabilité de ce projet, sa réalisation au cours des trois années de thèse ne me paraît pas poser de problème particulier : j'ai déjà étudié le grec depuis de nombreuses années et acquis également une expérience poussée des textes védiques. J'ai affronté la méthodologie de la recherche en linguistique grecque dans mes travaux et je me suis efforcé de me former en linguistique indo-européenne durant le master. La taille du corpus n'est pas insurmontable, une fois qu'on maîtrise les outils conceptuels pour y définir des lignes de convergenceo ; il me paraît parfaitement possible de l'analyser durant les premiers temps de la thèse. Réaliser cette thèse à Paris, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, a pour but de compléter ma formation auprès de spécialistes de linguistique indo-européenne et de linguistique typologique, ainsi que de m'ouvrir à d'autres langues indo-européennes ou non-indo-européennes et plus généralement à la typologie linguistique. 4