Le travail pornographique gay - Jouissance et Aliénation : une sociologie située du travail (homo-)sexuel des corps

par Tanguy Dufournet

Projet de thèse en Sociologie et anthropologie

Sous la direction de Patrick Rozenblatt.


  • Résumé

    En quoi le travail pornographique gay est-il typique des rapports de travail en tant qu’il est aussi une configuration spécifique où s’imbrique des processus contradictoires d’aliénation et de jouissance (Naville, 1967) de soi ? Le travail et la sexualité sont communément admis comme étant des faits sociaux totaux (Mauss, 2012). Ils font tout deux l’objet de rapport de force. Pour le travail, par exemple, ces tensions s’exercent entre ceux et celles qui fournissent la force de travail et ceux qui en captent le produit. Ce rapport de force, prenant parfois une dimension conflictuelle, instaure le travail comme norme et valeur et en fixe les définitions. Or, le travail pornographique n’est pas, socialement, reconnu comme travail (Absi, 2011 ; Lieber, Hertz et Dahinden, 2010 ; Merteuil et Simonin, 2013). Cela facilite toute une série de dérégulations rendant cette configuration particulièrement sensible aux « mutations du travail » ou aux « changements de modèle économique » - comme l’économie numérique (Julien et Mazuyer, 2018) - en ce qu’ils sont des formes spécifiques que le travail prend à la faveur d’une transformation du rapport de force susnommé. Dans le cadre du travail pornographique gay, leur analyse, non seulement, permet de rendre compte d’une dynamique de fond, en cours dans la société française, mais aussi tend à indiquer que chaque fait social total peut se superposer à un autre pour éclairer différemment ce même phénomène d’innovation capitalistique conduisant à l’invalorisation massive du travail (Rozenblatt, 2017). De plus, cette thèse analyse non pas le « travail pornographique » (Trachman, 2013) - dont l’absence de qualificatif signifie « hétérosexuel » - mais le « travail pornographique gay » dont la dimension « gay » le situe à la croisée d’une multitude de dynamiques contradictoires (pornographique, marketing, militante) qui favorisent sa déconstruction et la mise en lumière de processus complexes, intersectionnels (Bilge, 2010 ; Holvino, 2010 ; Séhili, 2017) et contre-hégémonique. Ainsi, saisir le travail pornographique gay nécessite-t-il de réinterroger les cadres de la sociologie du travail au prisme d’une sexualité marginalisée et stigmatisée (Chamberland et Lebreton, 2012 ; Chamberland et Théroux-Séguin, 2014 ; Chauvin et Lerch, 2013 ; Fassin, 1998, 2008) dont l’analyse socio-historique se situe dans la filiation des travaux de Canguilhem (Canguilhem, 1972) et de Foucault (Foucault, 1997) et nous invite à interroger les effets des dispositifs en place (Béguin, 2010) à l’aune des corporéités (Andrieu, 2006 ; Bert, 2006 ; Brohm, 1988 ; Detrez, 2002). Les logiques productives impliquent un impératif de performance qui pèse sur les corps. Dans ce cadre, les acteurs sont amenés à développer des techniques (Mauss, 1934 ; Trachman, 2013), associant parfois la prise de produits. Ces processus de professionnalisation (Hughes, 1996) qualifie des corps dont le statut (Mazuyer, 2015), comme les aspects (Lynch, s. d.) varient. Ces variations, intégrées à une dialectique du voir et du montrer, sont autant de compétences corporelles qui permettent aux acteurs qui les maitrisent de « faire carrière » en traversant les catégories pornographiques. C’est pourquoi, la notion de compétence corporelle se situe dans le prolongement des travaux de Djaouidah Sehili sur les compétences genrées (Séhili, 2003, 2004) en tant qu’elles impliquent une incorporation des normes de genre, de race, de classe, de sexualité, etc. en qualité de normes professionnelles (Séhili, 2017). La saisie de ces variations corporelles engage donc une approche intersectionnelle (Chauvin et Jaunait, 2015 ; Fassin, 2015 ; Séhili, 2017) associée une sociologie située et incarnée (Hert, 2014 ; Hooks et Gay, 2015) dont l’usage de l’image photographique (Chauvin et Reix, 2015 ; Maurines, 2012) permet de rendre compte.

  • Titre traduit

    Gay Pornographic Work - enjoyment and Alienation : a sociology of the (homo-)sexual work of the bodies


  • Résumé

    How is gay pornographic work typical of labour relations in that it is also a specific configuration in which contradictory processes of alienation and self-discovery (Naville, 1967) are intertwined? Work and sexuality are commonly accepted as total social facts (Mauss, 2012). They are both the subject of a power struggle. For work, for example, these tensions are between those who provide the labour force and those who capture its product. This balance of power, sometimes taking on a conflictual dimension, establishes work as a norm and value and sets out its definitions. However, pornographic work is not socially recognized as work (Absi, 2011; Lieber, Hertz and Dahinden, 2010; Merteuil and Simonin, 2013). This facilitates a whole series of deregulations making this configuration particularly sensitive to "changes in work" or "changes in economic model" - such as the digital economy (Julien and Mazuyer, 2018) - in that they are specific forms that work takes as a result of a transformation of the aforementioned power relationship. In the context of gay pornographic work, their analysis not only makes it possible to account for a fundamental dynamic underway in French society, but also tends to indicate that each total social fact can be superimposed on another to shed new light on the same phenomenon of capitalist innovation leading to the massive invalidation of work (Rozenblatt, 2017). Moreover, this thesis does not analyse "pornographic work" (Trachman, 2013) - whose absence of a qualifier means "heterosexual" - but "gay pornographic work" - whose "gay" dimension places it at the crossroads of a multitude of contradictory dynamics (pornographic, marketing, activist) that favour its deconstruction and the highlighting of complex, intersecting processes (Bilge, 2010; Holvino, 2010; Séhili, 2017) and counterhegemonic. Thus, capturing gay pornographic work requires reinterroducing work sociology executives with a perspective of marginalized and stigmatized sexuality (Chamberland and Lebreton, 2012; Chamberland and Théroux-Séguin, 2014; Chauvin and Lerch, 2013 ; Fassin, 1998, 2008) whose socio-historical analysis is in line with the work of Canguilhem (Canguilhem, 1972) and Foucault (Foucault, 1997) and invites us to question the effects of the measures in place (Béguin, 2010) in the light of corporatism (Andrieu, 2006 ; Bert, 2006 ; Brohm, 1988 ; Detrez, 2002). Productive logics imply an imperative of performance that weighs on the bodies. In this context, the actors are led to develop techniques (Mauss, 1934; Trachman, 2013), sometimes involving the use of products. These professionalization processes (Hughes, 1996) qualify bodies whose status (Mazuyer, 2015) and aspects (Lynch, n. d.) vary. These variations, integrated into a dialectic of seeing and showing, are all bodily skills that allow the actors who master them to "make a career" by crossing pornographic categories. This is why the notion of bodily competence is a continuation of Djaouidah Sehili's work on gendered competences (Sehili, 2003, 2004) insofar as it involves the incorporation of gender, race, class, sexuality, etc. norms as professional norms (Sehili, 2017). The capture of these bodily variations therefore requires an intersectional approach (Chauvin and Jaunait, 2015; Fassin, 2015; Séhili, 2017) associated with a sociology located and embodied (Hert, 2014; Hooks and Gay, 2015) whose use of the photographic image (Chauvin and Reix, 2015; Maurines, 2012) allows to account for it.