Essai de droit comparé franco – italien sur l'autorité de la chose jugée au pénal à l'égard des décisions européennes

par Caroline Peloso

Thèse de doctorat en Droit privé et sciences criminelles

Sous la direction de Valérie Malabat et de Serena Quattrocolo.

Thèses en préparation à Bordeaux en cotutelle avec l'Université de Turin , dans le cadre de École doctorale de droit (Pessac, Gironde) , en partenariat avec Institut de sciences criminelles et de la justice (Bordeaux) (laboratoire) .


  • Résumé

    L'autorité de la chose jugée, expression de l'exigence de stabilité des décisions juridictionnelles et de la capacité de l'Etat souverain à exercer son pouvoir juridictionnel en tranchant définitivement l'affaire lui étant soumise, est fortement liée à l'enchainement processuel dont elle constitue l'aboutissement naturel. Ces dernières années, en raison de l'influence du droit supranational, la chose jugée subit également un processus d'érosion de son caractère irréfragable. En particulier, alors que le conflit entre chose jugée et décisions de la Cour de justice de l'UE apparait comme « pathologique », les spécificités du système conventionnel de protection des droits de l'homme provoquent un conflit quasi « physiologique » avec la chose jugée de droit interne. La nature particulière de ce dernier type de conflit s'explique non seulement en raison du principe de subsidiarité et de l'épuisement des voies de recours internes qui caractérisent la saisine de la Cour EDH, mais aussi du fait de la nécessité d'une « restitution in integrum » du requérant victime d'une violation conventionnelle qui impose une obligation de réouverture de la procédure interne, en exécution de l'article 46 Conv. EDH. La thèse analyse, sous l'angle comparé du droit italien et français, les notions qui sous-tendent ce conflit, à savoir la valeur de la res iudicata et l'incidence des systèmes européens de protection des droits fondamentaux sur l'ordre processuel interne pour ensuite se pencher sur les modalités concrètes par lesquelles les deux ordres juridiques ont permis le dépassement de l'autorité de la chose jugée pour garantir l'exécution des arrêts de la Cour EDH. Dans le cadre ainsi tracé, la récente entrée en vigueur du Protocole n. 16 à la Conv. EDH, introduisant un mécanisme consultatif devant la Cour EDH, ainsi que les perspectives offertes par le Protocole n. 15 à la Conv. EDH et par la possible adhésion de l'Union au système conventionnel, viennent recentrer le rôle reconnu à la Cour EDH en tant que juridiction régulatrice d'un système européen de protection des droits fondamentaux, et favorisent le dépassement du conflit entre la chose jugée et les décisions européennes en faveur du paradigme du "dialogue" entre les juges.

  • Titre traduit

    The effect of res iudicata in criminal cases in respect of European decisions: comparative study with Franco Italian law


  • Résumé

    The effect of res judicata (also known as “a thing adjudged), an expression of the stability requirement of the jurisdictional decisions and the sovereign state's capacity to exercise its jurisdictional power by making the final judgement on the matter, is a concept strongly connected with the criminal process which constitutes its natural result. In the last few years, as a result of solicitations of supranational origin whose domestic law is subject, res judicata also undergoes a process of erosion of its irrefutable nature. In particular, while the conflict between res judicata and decisions of the Court of Justice of European Union appears to be “pathological”, the specificities of the conventional system of human right protection provoke a virtually “physiological” conflict with the the doctrine of res judicata in domestic law. This is done considering the principle of subsidiarity and the exhaustion of domestic remedies which characterize the appeal to the European Court of Human Rights jointly with the fact that the requirement of the effective "restitutio in integrum" of the applicant victim of a recognized breach of his rights imposes an obligation to reopen the domestic proceedings, according to article 46 ECHR. The thesis analyses under the angle of Italian and French law, the concepts underlying the conflict, especially the value of res judicata and the impact of European systems of protection of fundamental rights on the internal criminal process, secondly, to examine the concrete ways in which the two legal orders have allowed the effect of res judicata to be exceeded in order to guarantee the execution of ECHR judgments. In this context, the recent entry into force of the Protocol n. 16 at EDH, introducing a consultative mechanism before the ECHR, as well as the prospects outlined by the Protocol n. 15 at ECHR and by the possible accession of the European Union to the conventional system, refocus the recognized role of the ECHR as a regulatory jurisdiction of the European protection system for fundamental rights, and promote the overcoming of the conflict between res judicata and European decisions in favor of the "dialogue" between judges.