Apports de l'archéogénétique à l'étude des groupes du Second âge du Fer en France- Approche multi-scalaire -

par Claire-Elise Fischer

Thèse de doctorat en Anthropologie biologique

Sous la direction de Marie-France Deguilloux et de Stéphane Rottier.


  • Résumé

    En Europe tempérée, et plus particulièrement en France, l'âge du Fer se découpe en deux périodes : le Premier (800-400 BC) et le Second âge du Fer (400-25 BC). Ce dernier est souvent associé aux cultures celtiques, dont l'unité a été montrée à travers l'étude de l'art celtique. Cependant, cette apparente unité est à présent rediscutée au travers des travaux récents en archéologie. Si la diversité culturelle est bien connue du point de vue de l'archéologie, elle est encore peu abordée du point de vue biologique. Ce travail propose donc l'analyse paléogénétique et paléogénomique inédite d'individus issus de trois nécropoles du Nord de la France, distribuées le long de la vallée de la Seine, axe d'échanges majeur entre Manche et Bourgogne. Un total de 106 haplogroupes, 87 haplotypes mitochondriaux ainsi que 15 lignées paternelles ont été caractérisés. En outre, 12 génomes à faible couverture ont été obtenus. À l'échelle locale, les données obtenues ont été systématiquement confrontées aux données biologiques et archéologiques disponibles, permettant de mettre en évidence des fonctionnements distincts. La nécropole d'Urville-Nacqueville (Normandie) semble accueillir une population cosmopolite, alors que celle de Gurgy ‘Les Noisats' (Yonne) est vraisemblablement utilisée par une communauté locale. Les cas de Barbuise ‘Les Grèves de Frécul' (Yonne) et d'Urville-Nacqueville révèlent par ailleurs la complexité de l'organisation sociale de ces groupes de l'âge du Fer au travers de la structuration de l'espace funéraire. Bien que ces nécropoles accueillent des communautés diverses, elles partagent une importante diversité mitochondriale, une absence de regroupement basé sur des liens maternels et une faible diversité des lignées paternelles. Ces résultats forment un faisceau d'indices supportant un système matrimonial de type patrilocal et une filiation de type patrilinéaire, cohérents avec les données de la littérature. À l'échelle régionale, les résultats montrent que les sites situés en basse vallée de la Seine partagent plus d'affinités avec les groupes du sud de l'Angleterre alors que ceux de la haute vallée de la Seine sont plus proches des populations de l'est de la France et occupent une position intermédiaire entre le nord et le sud de la France, mettant ainsi en évidence une structuration génétique de ces groupes en fonction de leur localisation le long de cet axe fluvial. Enfin, à l'échelle continentale, les résultats montrent que les communautés de l'âge du Fer d'Europe de l'ouest forment un cluster génétique cohérent et présentent une continuité génétique avec les groupes de l'âge du Bronze. Les données acquises s'accordent avec les hypothèses archéologiques privilégiant une transition économique, politique et/ou climatique pour expliquer la transition entre l'âge du Bronze et l'âge du Fer, en accord avec l'évolution locale des groupes perçue au niveau génétique.


  • Résumé

    In Europe, and more precisely in France, the Iron Age is divided into two periods: the First (800-400 BC) and the Late Iron Age (400-25 BC). This one is often associated with Celtic cultures, which have been shown to be unified through the study of Celtic art. But this apparent unity is now being questioned through recent archaeological work. While cultural diversity is well known from an archaeological point of view, it is still poorly addressed from a biological point of view. The aim of this work is to provide an unprecedented palaeogenetic and palaeogenetic analysis of individuals from three necropolises in northern France, distributed along the Seine valley, a major axis of exchange between the English Channel and Burgundy. A total of 106 haplogroups, 87 mitochondrial haplotypes and 15 paternal lines were characterized. Furthermore, 12 genomes with low coverage were obtained. At the local level, a systematic comparison of the data obtained with the available biological and archaeological records was carried out, which revealed different ways of functioning. The necropolis of Urville-Nacqueville (Normandy) appears to have a cosmopolitan population, while the one of Gurgy "Les Noisats" (Yonne) is most likely being used by a local community. The cases of Barbuise "Les Grèves de Frécul" (Yonne) and Urville-Nacqueville also reveal the complexity of the social organization of these Iron Age groups through the organisation of the funeral space. Although these necropolises host diverse communities, they share a high mitochondrial diversity, an absence of grouping based on maternal ties and a low diversity of paternal lines. These results form a cohesive set of evidence supporting a patrilocal matrimonial system and a patrilineal filiation, consistent with the data in the literature. At the regional level, the results show that sites located in the lower Seine Valley share more affinities with groups in the south of England, while those in the upper Seine Valley are closer to the populations of eastern France and occupy an intermediate position between the north and south of France, highlighting a genetic structure of these groups based on their location along this river axis. Finally, on a continental scale, the results show that the Iron Age communities of Western Europe form a consistent genetic cluster and show genetic continuity with the Bronze Age groups. The data obtained are consistent with archaeological hypotheses that focus on an economic, political and/or climatic transition to explain the Bronze Age to Iron Age transition, in agreement with the local evolution of the groups as perceived at the genetic level.