Mobilités d'apprentissage internationales pour les « jeunes » : Un potentiel trans-formateur à l'épreuve de la mise en discours et des mécanismes d'apprentissage

par Estelle Crochu

Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation

Sous la direction de Régis Malet.

Thèses en préparation à Bordeaux , dans le cadre de Sociétés, Politique, Santé Publique , en partenariat avec Laboratoire Cultures, Education, Sociétés (laboratoire) .


  • Résumé

    Le programme de mobilité européen Erasmus+ déploie depuis plus de 30 ans un projet démocratique visant à faire de la diversité un facteur d'union des « jeunes » européens en leur permettant d'aller à la rencontre de la différence, des Autres. Aujourd'hui, alors que la mobilité d'apprentissage internationale fait l'objet d'une promotion constante, les acteurs et actrices du secteur s'emparent d'un enjeu majeur : la reconnaissance des acquis de cette expérience. Depuis 2013, nous menons un travail de recherche sur la conscientisation des apprentissages liés à l'expérience de mobilité et les mécanismes de transfert au retour d'expérience pour les jeunes mobiles. Dans cette recherche, nous nous intéressons au contraste existant entre les mobilités issues des éducations dîtes formelle, non-formelle ou informelle. Ainsi l'étude se concentre sur trois profils : les étudiant·e·s en Erasmus, les volontaires du service volontaire européen et les backpackers. Leurs pratiques de mobilités sont analysées par le prisme de leurs similitudes et particularités. Sur le plan méthodologique, nous avons suivi une approche compréhensive se traduisant par une première phase exploratoire de quarante-quatre témoignages guidés. Trente entretiens semi-directifs et trois focus group nous ont ensuite permis d'approfondir la mise en discours individuelle et collective du potentiel formateur de l'expérience de mobilité d'apprentissage internationale (EMAI). L'analyse vise la compréhension des effets de l'EMAI en termes de développement de capacités et de bifurcations dans les parcours de vie des jeunes mobiles. Lors de l'analyse du processus d'émancipation, une attention particulière est nécessaire pour marquer la différence entre des indicateurs d'apprentissage de soi et l'appropriation d'un discours dominant d'ouverture d'esprit et de maturité. Le potentiel trans-formateur de la mobilité s'exprime en termes d'apprentissages liés à la compréhension des diversités, de soi-même, de sa relation à l'Autre et des compétences linguistiques. Envisager la mobilité internationale comme un espace-temps porteur de transformation sociale permet d'interroger les valeurs mobilisées et facilite une réflexion identitaire pour les jeunes. De plus, l'interculturalité ou plutôt la reconnaissance des diversités plurielles interroge la reconnaissance de l'Autre par les jeunes mobiles, plus particulièrement l'Autre exotique et l'Autre voisin·e de pallier « immobile et différent·e ». La transition nécessaire à l'étape du retour met par la suite l'emphase sur les conflits qui traversent les jeunes mobiles afin d'assurer la remise en cohérence de leur parcours de vie. Les objectifs d'autonomie, d'insertion et de citoyenneté des politiques publiques sont partagés par les jeunes mobiles, mais les instances dont dépendent les jeunes influent fortement les changements opérés à la suite de l'EMAI.

  • Titre traduit

    Learning mobility for “youth”: a trans-formative potential in the context of speech and learning processes


  • Résumé

    For over 30 years, the Erasmus + European mobility program has put into action a democratic project of unity in diversity of “young” Europeans, enabling them to embrace differences, to meet “the Others.” Today, while educational mobility is constantly promoted, its actors are tackling a major challenge: how to recognise what has been gained during the experience. Since 2013, we have been researching how learnings linked to the mobility experience become conscious and how mechanisms are transferred upon the return of mobile young people from their experience abroad. In this research, we focus on the differences between the mobility resulting from formal, non-formal or informal education. The study focuses on three profiles: Erasmus students, volunteers from the European Voluntary Service and backpackers. We question similarities and differences of these mobility practices. In methodological terms, we chose a comprehensive approach, with an exploratory phase of forty-four guided testimonials. Thirty semi-structured interviews and three focus groups then helped us to further understand the individual and collective discourses on the learning potential of the international learning mobility experience. The analysis focuses on understanding the effects of learning mobilities in terms of ability development and forks in the life trajectory of mobile young people. During the analysis of the emancipation process, a particular focus is necessary to mark the difference between the self-learning indicators and the appropriation of dominant speech on open mindedness and maturity. Mobility with trans-formative potential is expressed in terms of learning related to the understanding of diversities, oneself, relation to the Other and language skills. Understanding international mobility as a space-time of social transformation questions the values which are mobilized and helps young people to reflect on their identity. Moreover, interculturality, or rather the recognition of plural diversities, examines the recognition of “the Other” by mobile young people, more particularly the exotic Other and the neighbour Other “immobile and different.”. The necessary transition upon returning home then highlights the conflicts the young people are experiencing to ensure the coherence of their life trajectory. The public policies' goals of autonomy, integration and citizenship are shared by the young mobile, but the bodies they depend on strongly influence the changes which follow the learning mobility.