Une histoire politique des facultés de droit: l'image des facultés de droit dans la presse quotidienne d'information nationale sous la Troisième République (1870-1940)

par Kevin Bremond

Thèse de doctorat en Histoire du droit

Sous la direction de Nader Hakim.

Thèses en préparation à Bordeaux , dans le cadre de École doctorale de droit (Pessac, Gironde) , en partenariat avec INSTITUT DE RECHERCHES MONTESQUIEU (laboratoire) .


  • Résumé

    La Troisième République marque un tournant dans la réorganisation des Facultés de droit en France. Le champ institutionnel est révélateur des bouleversements que connaît l'enseignement juridique à l'aune du nouveau régime, alors qu'il était précédemment emprisonné dans les cadres napoléoniens du début du XIXe siècle. C'est ainsi que l'on assiste à la création, certes contenue, mais significative et inédite de nouveaux établissements publics d'enseignement juridique, comme à Bordeaux ou encore à Lyon. En outre cette province, acclimatée à l'ombre de sa grande sœur parisienne, commence alors à s'aventurer en pleine lumière, impulsant ainsi une nette évolution du paysage universitaire. Mais plus significative encore est une cascade de réformes qui portent sur les diplômes –licence et doctorat– ou encore la mutation des programmes, comme en témoigne l'irruption dans les facultés du droit public ainsi que de l'économie politique, et les nombreuses hésitations par rapport à la jeune sociologie. Les facultés de droit se doivent aussi de relever le défi de la fin du monopole public de l'enseignement juridique, avec la création des facultés libres. Cette brèche, voulue par les catholiques mais aussi par les protestants en quête d'assise dans une société de plus en plus anticléricale, fait voler en éclat le monolithe où l'Etat conservait un quasi-monopole pour enseigner son droit. Ces mutations institutionnelles se prolongent d'ailleurs sur le terrain social, avec la densification des acteurs de l'Université, tant du point de vue du personnel enseignant que de celui des effectifs estudiantins. Même si cette dernière n'est en rien comparable à la massification de l'après mai 1968, elle marque néanmoins une évolution importante dont les répercutions dépassent la simple augmentation des effectifs et ses conséquences logistiques. C'est le visage même de l'Université qui en prend la marque, et ceci est particulièrement vrai dans les Facultés de droit, très touchées par le phénomène. Ainsi l'enseignement est contraint de remédier au manque croissant de personnel et les établissements de faire face à des étudiants de plus en plus turbulents et prompts à la revendication, comme en témoignent par exemple les affaires Lyon-Caen, Scelle ou encore Jèze, qui attisent les tensions politiques au sein de la Faculté de droit de Paris, mais également de celles de provinces. Enfin c'est dans le champ de la culture universitaire que des changements significatifs se font sentir. Alors que la défaillance universitaire est pointée du doigt après la défaite de Sedan, que dans l'Entre deux Guerres, le professeur bordelais Julien Bonnecase souligne dans Qu'est-ce qu'une Faculté de droit ? (1929), que celles-ci sont souvent accusées de se situer « entre le ciel et la terre »1, l'heure est aussi à la réflexion sur l'enseignement juridique. Les pesanteurs d'un enseignement « vieux style » sont ainsi de plus en plus contestées, précipitant la faculté juridique dans une crise profonde qui n'aura pas trouvé de résolution à l'aube du second conflit mondial. L'histoire institutionnelle des facultés de droit, matière explorée depuis de nombreuses années, peut donner l'image d'une certaine vivacité puisqu'elle utilise en bonne part les sources internes aux établissements. D'autres travaux, notamment ceux de Marc Milet, prennent le parti d'étudier les débordements de l'institution vers le monde extérieur, dans le cas présent l'investissement des professeurs en politique. Mais on peut également se poser la question de la perception par la société de l'activité facultaire. De quelle manière et selon quelle intensité les facultés de droit s'intègrent-elles au tissu social ? Leurs activités sont-elles marginalisées aux yeux du public, ou sont-elles parfaitement visibles ? Parmi ces dernières, y en a-t-il de valorisées, de surévaluées, de déformées ? Autant de questionnements nécessitant le recours à des sources externes, produites mais aussi diffusées en dehors de l'institution, par des agents peu coutumiers, voire étrangers à celle-ci. La Troisième République ne saurait en effet être dissociée du rôle prépondérant qu'y joue la presse écrite. Constituant l'acmé du « siècle de la presse écrite » (C. Charle), on y voit en effet fleurir les titres, plus ou moins pérennes, qui portent sur leur monde un regard immédiat. Les progrès de l'instruction, mais aussi des techniques de l'imprimerie, et surtout la libéralisation importante de la société entraînent le pullulement des feuilles d'information qui connaissent une diffusion des plus vastes, dans tous les milieux sociaux. La « feuille de chou» est ainsi omniprésente dans les foyers mais aussi dans les lieux publics tels les cafés ou encore les clubs. C'est ainsi qu'elle s'impose dans le paysage culturel, marquant le début d'une société de l'information comme nous la connaissons aujourd'hui. Le journal, et plus particulièrement le quotidien devient alors un lieu de familiarité avec l'inconnu, une fenêtre sur des domaines inaccessibles ou étrangers. A l'heure où les études juridiques sont encore réservées à une élite bourgeoise, on peut se demander la perception qu'en a le public, dans sa plus grande diversité. Image de l'enseignement, image de la recherche et des activités scientifiques dans leur ensemble, mais aussi image des acteurs, telles sont les préoccupations de cette thèse d'archives. La presse offre aussi un espace où la parole se départit du discours officiel. Pouvant agir soit dans une stratégie de renforcement, soit en contradiction avec ce dernier, elle est à même de faire craquer la façade d'une image policée. Professeurs, étudiants, journalistes, tous concourent à faire vivre et à donner forme au mythe facultaire propagé par la presse d'information. Offrant un portrait tout en contrastes, aux reflets changeants, les journaux sont les témoins du regard d'une époque sur cette institution au rôle social indéniable qu'est la faculté de droit ! Tantôt vitrine, tantôt tribune, cette presse porte un regard original sur le phénomène facultaire. A travers le prisme des croyances sociales, avec leur cortège de simplifications et de surévaluations, elle offre un regard aux formes particulières, tableau en ombres chinoises, qui au même titre que les autres sources, participe d'une réalité de l'institution et témoigne plus encore de son ancrage social. Inscrit dans le présent et dans l'immédiateté, le journal apparaît comme un formidable curseur de l'accompagnement institutionnel des évolutions sociales. A l'heure de bouleversements sans précédents, de la mécanisation du travail à la guerre mondiale en passant par l'affaire Dreyfus et la montée des extrêmes, ce média offre la possibilité de décrypter au jour le jour l'implication qu'y trouve l'Université. Le monde universitaire joue-t-il la carte de la mise en retrait, ou au contraire s'implique-t-il de manière significative dans le débat ? S'il en est ainsi, quels sont ses champs d'intervention ou encore ses modes d'expression ? Le corporatisme universitaire engage-t-il une parole unitaire ou bien l'unité déclarée s'écroule-t-elle devant les paroles contradictoires ? Enfin l'image de cette implication se structure-t-elle de manière différente selon l'obédience politique du support et de son lectorat? Tels sont entre autres les questionnements qui guident ce travail. C'est un regard déformé, voire parfois même biaisé, que cette thèse se propose d'étudier car elle correspond malgré tout à une réalité sociale, voire populaire des facultés de droit. Sous la figure de l'éphémère, se cache en effet des persistances, qui forment le sens commun de l'institution, mais aussi des divergences, qui témoignent d'une perception hétéroclite. Dans le sillage d'une histoire de l'Université et des Facultés de droit dont les historiens du droit se sont emparés depuis quelques années, ce travail prend en effet le parti de se décentrer par rapport à son objet. Ce travail repose sur la presse nationale d'information quotidienne. Les titres retenus l'ont étés en fonction de leur diffusion, mais aussi de leur contenu et eu égard aux caractéristiques de leur lectorat. La majorité de la grande presse d'information étant une presse de droite relativement conservatrice, à l'image des « quatre grands » (le Petit Journal, le Petit parisien, le Matin et l'Illustration), elle seule n'apparaît pas à même d'offrir la richesse de points de vue portés sur les facultés par le public. Des crochets s'imposent donc vers une presse à la diffusion plus réduite mais encore significative, notamment la presse politique ou encore la presse quotidienne dédiée à un public intellectuel. A travers les discordances, la juxtaposition de discours pluriels, c'est la faculté de droit en tant que phénomène social que ce travail se propose d'étudier.

  • Titre traduit

    A political history of law faculties: the vew of the law faculties in the french daily newspaper during the Tird Republic (1870-1940)


  • Résumé

    A venir.