Des Slaves au service du Troisième Reich. Les prisonniers de guerre et les travailleurs forcés d'Europe de l'Est en Lorraine (1940-1945)

par Aurelien Roth

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Jean-noel Grandhomme.

Thèses en préparation à l'Université de Lorraine , dans le cadre de Fernand Braudel , en partenariat avec Centre Régional Universitaire Lorrain d'Histoire (equipe de recherche) depuis le 04-05-2018 .


  • Résumé

    Cette thèse propose d’éclairer un aspect encore trop méconnu de l’occupation allemande en Lorraine, celui du travail forcé. La conquête du Lebensraum, l’espace vital à l’Est, la Pologne en 1939, l’invasion de l’URSS en juin 1941, devait offrir à l’Allemagne les terres et les ressources nécessaires à son projet d’édification d’un Reich qu’Hitler prévoyait millénaire. Cette conquête, véritable entreprise coloniale, prévoyait la germanisation des territoires conquis et vouait ses habitants, les Slaves, considérés comme des « sous-hommes » par l’idéologie nazie, à l’extermination et à l’asservissement. L’échec du Blitzkrieg confronté à l’immense espace soviétique et à la résistance acharnée de l’Armée Rouge entraina une guerre longue, une guerre d’anéantissement, une guerre d’usure, dans laquelle toutes les forces vives devaient être mobilisées et jetées dans la fournaise pour remporter ce duel de titans. C’est cet aspect du conflit, le travail forcé, révélateur de la violence de l’Allemagne nazie, reflet d’une politique raciale très déterministe, qui relia l’Est de l’Europe à la Lorraine que nous proposons d’éclairer dans notre étude. De toutes les campagnes menées par le Reich à l’Est contre les pays slaves, l’affrontement germano-soviétique, décisif à plus d’un titre pour le sort de la guerre et la défaite finale de l’Axe, fut un conflit très meurtrier où les prisonniers se comptèrent par milliers dans chaque camp. Nous étudions ici le sort de ces prisonniers de guerre slaves, polonais, yougoslaves et soviétiques, tombés aux mains des Allemands et qui furent internés en Lorraine durant le conflit de 1940 à 1945. Notre objet d’étude se porte également sur le rôle des travailleurs forcés, ces civils, hommes et femmes d’Europe de l’Est, Ukrainiens, Biélorusses, Russes et Polonais, véritable main d’oeuvre servile et corvéable à souhait aux yeux des dignitaires allemands, réquisitionnés par le Reich pour soutenir l’effort de guerre allemand et pallier le manque de travailleurs en Allemagne et dans les territoires conquis par le Reich comme la Lorraine. Il s’agira de voir leur nombre, leur rôle dans l’économie locale et l’effort de guerre allemand, leurs conditions de vie, le traitement spécifique réservé à chaque nationalité, leurs destins croisés ou distincts, leur résistance et les traces que ces hommes et femmes ont pu laisser et qui tombent dans l’oubli. Outre l’aspect historique, la question de la mémoire, de plus en plus omniprésente dans notre société, sera mobilisée pour mettre en lumière les enjeux mémoriels et politiques qu’elle peut contenir.

  • Titre traduit

    On Slavic people in the service of the Third Reich. The prisoners of war and forced laborers from Eastern Europe in the Lorraine region (1940-1945).


  • Résumé

    This thesis proposes to shed light on an aspect, still too little-known, of German occupation in Lorraine, that of forced labour. The conquest of the Lebensraum, the vital space to the East, Poland in 1939, the invasion of the USSR in June 1941, had to give to Germany the lands and the necessary resources for his project of building the Reich that Hitler predicted millennium. This conquest, a true colonial enterprise, envisaged the germanisation of the conquered territories, and had for its inhabitants, the Slavs, who were regarded as "sub-humans" by the nazi ideology, for extermination and enslavement. The failure of the Blitzkrieg confronted with the huge area of the Soviet Union and fierce resistance of Red Army led a long war, a war of annihilation, a war of attrition, in which all forces should be mobilized and thrown into the furnace to win this battle of titans. It is this aspect of the conflict, forced labour, indicative of the violence of nazi Germany, a reflection of a very deterministic racial policy which linked the East of Europe to the Lorraine region which will be clarified in this work. Of all the campaigns carried out by the Reich on the Eastern Europe against the slavic countries, the German-Soviet confrontation, decisive as to the fate of the war and the final defeat of the Axis, was a very bloody conflict, where the prisoners were counted by thousands in every camp. Here we investigate the fate of these slavic, Polish, Yugoslavs, and Soviet war’s prisoners, who have fallen into the hands of the Germans and were interned in the Lorraine region during the war of 1940 to 1945. The object of this thesis is also about the role of slave laborers: these civilian men and women from Eastern Europe, Ukrainians, Belarusians, Russians and Polish, a real labour servile indistinguishable and disposable component to perfection in the eyes of the germans dignitaries, requisitioned by the Reich to support the German war effort and compensate the lack of workers in Germany and in the territories conquered by the Reich as in the Lorraine region. Their number, their role in the local economy, and Germany's war effort, their living conditions, the specific treatment reserved to each nationality, their fates crossed or distinct, their resistance and the traces that these men and women have been able to let go and fall into oblivion will be studied here. In addition to the historical aspect, the question of memory, increasingly omnipresent in our society, will be gathered to clarify the issues of memory and the policies that it may contain.