La sécurité énergétique américaine dans les discours et les pratiques (2004-2020)

par Nizar Slimani

Projet de thèse en Etudes américaines

Sous la direction de Gildas Le Voguer et de Wassim Daghrir.


  • Résumé

    Cette thèse, consacrée à l'étude de la politique énergétique américaine, procède à une analyse empirique de la sécurité énergétique de Washington entre 2004 et 2020. Elle expose les divers moyens mis en œuvre par les autorités américaines pour faire de cet enjeu une question de survie et de sécurité nationale qui va jusqu'à affecter les rapports entre états. Elle s’articule autour de la question de recherche suivante : comment la sécurité énergétique américaine s’est construite et manifestée en discours et en pratiques au cours de la période en question ? Il s’agit d’une question fondamentale pour comprendre l’importance de cet enjeu stratégique et économique à Washington. Or, les explications fournies par la littérature sur la question sont loin d’être satisfaisantes. J’aborde cette question à travers une étude unique du rôle joué par les différents acteurs politiques et civils aux Etats-Unis pour promouvoir la sécurité énergétique de leurs pays. À travers ce prisme, cette thèse avance un argument clé : la sécurité énergétique s’inscrit dans le cadre des « concepts essentiellement contestés » (essentially contested concepts), exposée pour la première fois par le philosophe Walter Bryce Gallie. C’est un concept qui présente des caractéristiques qui sont intrinsèquement complexes et sémantiquement « ouverts ». Ses composantes sont de nature à la fois descriptive et normative, et elles sont l’enjeu de disputes structurellement interminables entre le gouvernement et la société civile. Afin d’analyser la politique américaine en matière de sécurité énergétique, cette thèse entreprends une étude discursive qui retrace simultanément les représentations étatiques officielles et les représentations civiles relatives à ce sujet depuis la fin du premier mandat de George W. Bush en 2004. Ceci a permet de constater les convergences et divergences autour de ce sujet. Le discours étatique officiel s’inscrit dans une vision stato_centrique, qui considère l’État comme l’unique objet référent de la sécurité ; les perceptions de la menace et les conceptions de la sécurité sont étroitement liées à la définition de l’identité nationale. Cette représentation particulière de la sécurité énergétique américaine est construite sur un mode d’exclusion par le biais de discours narratifs qui établissent en permanence des frontières symboliques entre soi et les autres, une situation qui cristallise les tensions géopolitiques, lance une course aux matières premières, et accroît l’insécurité des états, de l’environnement et des individus. Cependant, il existe d’autres discours marginalisés qui véhiculent une image plus positive et responsable de la sécurité énergétique américaine. Ils invitent à réduire progressivement la dépendance à l'égard des combustibles fossiles et à garantir un approvisionnement en énergie sûr et durable, en choisissant par exemple de développer davantage les énergies renouvelables. En élucidant la nature contestée de ce concept, cette thèse présente un premier apport empirique et critique autour des constructions de la sécurité énergétique américaine. Plus spécifiquement, cette thèse propose de lier les principales approches critiques en études de sécurité à un apport empirique détaillé sur la sécurité énergétique aux Etats-Unis, tout en insistant sur l’importance primordiale du contexte dans l’élaboration de ces constructions conflictuelles et l’instauration d’une vision plus positive et inclusive de la sécurité.

  • Titre traduit

    Constructing America’s Energy Security, 2004-2020 : from Crisis to Dominance


  • Résumé

    This thesis generates a greater understanding of America’s energy security between 2004 and 2020 by exposing the ways through which energy was securitized during the time period under study. The central argument of this research is that energy security is a contested issue; its meanings are not fixed as they can be constructed either negatively or positively through discourse and practice. Statist energy security constructions are based on a national security ontology, in which the bounded autonomous state seeks to immunize itself from an external “Other”, whose threatening presence requires “emergency measures”. This requires stockpiling fossil fuel reserves as well as assuring reliable energy supplies at reasonable prices. As might be expected, this proved to be problematic as it inevitably spurs zero-sum competition, perpetuates geopolitical tension and threatens both human and environmental security. Notwithstanding, the very existence of dissent voices and alternative energy security constructions reveals that security can be thought differently through a networked set of actors working to secure human rights and biosphere integrity. Thus, by illustrating the contested nature of energy security, this thesis highlights the importance of discourse and practice in shaping the value of security and provides the potential for destabilizing its defective ontology and expanding its scope.