Représentations sociales et changements socio-culturelles des sociétés agraires en Colombie aux XVIIIe et XIXe siècles

par Enver Vladimir MONTANA MESTIZO

Projet de thèse en Langue Vivante d'Espagnol

Sous la direction de Alfredo Gomez-Muller.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 07-09-2017 .


  • Résumé

    L’insuffisance de la recherche historique concernant les cultures rurales du passé est une donnée caractéristique de l’histoire sociale des XVIII et XIXe siècles, comme l’ont souligné (Hosbawn) et Rudé (1978). Dans le cas de la Colombie, cette donnée fait s’expliquerait d’après Jesús Bejarano (1983) par le fait que la mémoire historique a été généralement liée à des sources institutionnelles qui privilégient l’analyse politique et économique, laissant en général de côté l’histoire culturelle. Cette invisibilité est plus notoire à propos des sociétés non indiennes, étant donné qu’elles n’avaient pas de lieu organique au sein du système fiscal colonial. L'absence d'un secteur social appelé «paysan/paysannerie» dans les documents officiels, et particulièrement dans les recensements démographiques des XVIIe et XIXe siècles, inspire la question suivante : quand et dans quelles circonstances la catégorie de «paysan » (campesino) a-t-elle commencé à se généraliser en Colombie ? Ma problématique de recherche émerge de la constatation du fait que les tentatives d'analyse qui ont abordé cette question convergent en trois points : 1) elles supposent des approches évolutionnistes qui considèrent le monde indien comme une étape historique préalable au monde paysan ; 2 ) elles considèrent les idées d’Indien et de Paysan sans prendre en compte les variations que telles représentations ont pu subir à travers le temps et l’espace ; 3) elles impliquent un rapport d’exclusion entre les deux représentations, comme s’il s’agissait de concepts contradictoires. La conséquence de ces considérations a été la consolidation d’un cadre conceptuel qui envisage la paysannerie comme le résultat du métissage et de la disparition des identités indiennes, négligeant la possibilité des identités multiples et dynamiques. Mon sujet de recherche a pour objectif général d'identifier les idées, les contextes épistémiques et les luttes de représentation des XVIIIe et XIXe siècles en ce qui concerne les populations agraires colombiennes. Cet exercice permettra : 1) de rendre compte de la dynamique des catégories et des idées liées aux dynamiques du changement socio-culturel rural; 2) d’analyser la notion de « race » comme un discours dont les énonciations et les significations sont variables, tant à travers le temps qu’à travers l’espace; et 3 ) de montrer les rapports entre les représentations sociales et les événements (réformes politiques et économiques) à travers lesquels le changement social et l’émergence de la paysannerie ont souvent été expliqués. Pour atteindre ces objectifs, j’ai choisi comme objet d'étude différents types de récits : juridiques, scientifiques, politiques et démographiques ; cependant, je vais donner une importance particulière aux récits de voyages, considérant qu’ils constituent des discussions « sur le terrain » des discours européocentristes, et montrent les résistances (et les tolérances) politiques et culturelles envisagées par les mondes communautaires locaux et par les élites régionales conservatrices face aux politiques publiques de l’Etat-nation. Les récits de voyage constituent, en plus, des sources singulières pour comprendre l’anthropologie d’une époque, qui était constamment confrontée à la nécessité de représenter de nouveaux « autres » ; ces récits reflètent la reconnaissance d’un territoire inconnu, à une époque où, pour certains (Pratt 1992; Bertrand & Vidal 2002), cela représentait une nouvelle « découverte » de l’Amérique. Les secondes moitiés des XVIIIe et XIXe siècles constituent des époques de convergence entre l'exploration, la colonisation et la fondation des entreprises agricoles qui n’ont pas toujours triomphé, comme l’indiquent E. P. Thompson (1991) au sujet de la « révolution agricole » proposée par Bloch (1930). Mon hypothèse est la suivante : aux XVIIIe et XIXe siècles, la représentation sociale était liée à une rationalité dérivée du développement de la géographie moderne ainsi qu’à l’expansion des frontières territoriales, et n’était pas exclusivement déterminée par les rapports de propriété et les processus d’individualisation. Dans ce contexte, le développement de diverses interprétations (climatiques, urbaines/rurales, technologiques, écologiques, économiques) des dominés et dominants, ont pu contribuer à la fois à l’apparition de formes nouvelles de mobilité sociale et au maintien de rapports traditionnels de domination. REFERENCES. BEJARANO AVILA Jesús Antonio, "Campesinos, luchas agrarias e historia social en Colombia: notas para un balance historiográfico", dans: Anuario Colombiano de Historia Social y de la Cultura, Bogotá, Universidad Nacional de Colombia, N° 11, 1983. BERTRAND Michel & VIDAL Laurent (dir.), À la redécouverte des Amériques. Les voyageurs européens au siècle des indépendances, Tolousse, Press Universitaire du Miraiil, 2002. BLOCH Marc, “La lutte pour l'individualisme agraire dans la France du XVIIIe siècle. Deuxième partie : conflits et résultats. Troisième partie: la Révolution et le « Grand Œuvre de la propriété”, dans: Annales d'histoire économique et sociale, Vol. 1 et 2, No. 7, Jul. 15, 1930. HOBSBAWM Eric & RUDE George; Revolución industrial y revuelta agraria El capitan Swing, Madrid, Siglo XXI editores, 1978 [1969]. PRATT Mary Louise, Imperial Eyes: Travel Writing and Transculturation, London, Routledge, 1992. THOMPSON Edward Palmer, Costumbres en Común, Madrid, Critica, 1995 [1991].


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