Le Rêve américain aux Appalaches : Perceptions de la pauvreté blanche et de la mobilité sociale parmi les habitants de deux comtés de la Pennsylvanie

par Nicolle Herzog

Projet de thèse en Langue Vivante d'Anglais

Sous la direction de Cécile Coquet-mokoko.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 12-01-2018 .


  • Résumé

    Le Rêve américain fonctionne comme un marqueur rhétorique, recouvrant la conception de la méritocratie américaine. Or le lien entre réussite sociale et travail acharné, malgré son universalité présumée, n’est pas vérifié dans certaines strates de la population. Réaliser le Rêve américain implique qu’on maîtrise certains codes et signes, dont la capacité à être reconnu.e comme blanc.he et à suivre les codes de cette identité (« whiteness »). Ma thèse s’inscrit donc dans les études sur la blanchité (« whiteness studies »). Cette sous-discipline cherche à comprendre la construction sociale de la blanchité, ainsi que l’histoire et l’évolution de ce concept. Elle se rattache notamment à la littérature, à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie. Les « whiteness studies » se sont constituées en une sous-discipline pendant les années 1990 aux États-Unis, où elles font partie des cursus universitaires par exemple à Stanford, Berkeley ou Boulder. En étudiant la blanchité dans ses intersections avec la pauvreté, ma thèse répond aux questions concernant les personnes blanches et pauvres, un sujet très monopolisé par les médias américains, surtout à l’occasion de l’élection du président Donald Trump. Blanchité et pauvreté sont, aux États-Unis, deux identités antithétiques — la peau blanche étant associée dans les mentalités avec la réussite prédestinée de ses détenteurs — et pourtant les Blancs pauvres existent, surtout dans les Appalaches. Dans cet ensemble géographique et culturel situé à l’est du pays, ces Blancs pauvres sont qualifiés de « white trash » (« petits blancs » ou encore « racaille blanche » en français) et ne bénéficient pas de tous les privilèges associés à leur couleur de peau, puisqu’ils subissent certaines discriminations habituellement réservées aux personnes non-blanches. Certes, il ne convient pas de dire que leur stigmatisation soit comparable à celle des personnes non-blanches, mais comprendre cette stigmatisation au sein de la blanchité aidera à mieux comprendre le fonctionnement de ses codes. Afin d’étudier le phénomène de la pauvreté blanche et le point de vue de ces acteurs sociaux sur la mobilité sociale, l’égalité et la méritocratie, c’est-à-dire sur le Rêve américain, je m’appuie sur mon étude qualitative de deux comtés de la Pennsylvanie, un état au nord-est des Appalaches. Avec l’aide d’un questionnaire, j’enquête sur leurs conceptions et représentations de l’identité blanche, du terme « white trash » lui-même, de la pauvreté, et du Rêve américain. En tant qu’Américaine native de l’un de ces comtés, j’ai l’avantage d’avoir une légitimité dans la région qui me permet d’employer une approche dite « émique », c’est-à-dire de l’intérieur de la population que j’étudie. Ceci me permet d’identifier et d’expliquer les codes et les signes implicites de pauvreté aux États-Unis, que les données recueillies par des études quantitatives ne représentent pas.

  • Titre traduit

    The American Dream in Appalachia: Perceptions of White Poverty and Social Mobility in Two Pennsylvanian Counties


  • Résumé

    During his campaign, Donald Trump proclaimed that “sadly, the American Dream is dead.” His success in generally poor, white regions like Appalachia, a geographic and cultural region in the east of the country, seems to confirm that many of these Americans thought he was right. The American Dream functions as a rhetorical marker that covers concepts like meritocracy, social mobility, and equality. Despite its perceived universality, the link between hard work and success is not realized by certain segments of society. The values inherent to this Dream, and notably Trump’s more recent manipulation of it, are tied to the concept and codes of whiteness. My research explores this concept of whiteness and its link to the American Dream in Appalachia using a qualitative study in two of its Pennsylvanian counties. My work is based thus in whiteness studies, a discipline that examines the social construction of whiteness, its history, and its evolution. It emerged as a discipline in the 1990s in the United States and continues to expand, notably via university programs at Stanford, Berkeley, and Boulder, among others. In studying the intersections of whiteness and poverty, my research responds to questions about poor, white people monopolized by the Trump-era media. Whiteness and poverty are, in the United States, two antithetical identities. White skin is doted with certain privileges, and poverty is typically spoken of in regards to “minority” populations. However, poor, white people exist, notably in Appalachia. They are often labeled as “white trash,” a class-based insult that others them within whiteness. While poor, white people’s stigmatization is not comparable or equal to that of nonwhites, understanding how this group responds or not to the codes of whiteness, and thus its stigmatization, is fundamental to understanding whiteness itself and its function in Appalachia. In order to study these intersections, I interview Pike and Wayne County inhabitants about their conceptions and perceptions of the American Dream, certain forms of coded whiteness, and poverty. As an American native to one of these counties, I have a sort of legitimacy that facilitates an emic approach, or studying from the interior of the population in question. This allows me to highlight certain codes and implicit signs of poverty that quantitative studies may not represent.