L'aigle, le lion et la Ménorah. Approche socioculturelle de la diaspora juive d'Asie Mineure à l'époque impériale romaine

par David Magueijo

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Hadrien Bru.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de École doctorale Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps (Dijon ; Besançon ; 2017-....) , en partenariat avec ISTA - Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité (laboratoire) depuis le 01-09-2017 .


  • Résumé

    La recherche historique actuelle porte en grande partie sur des problématiques d'ordre culturel, dans le contexte présent où la question de l'identité et de l'intégration sociale est mise sur le devant de la scène face à la mondialisation. Réfléchir sur le judaïsme antique de la Diaspora permet de soulever des questions associées aux phénomènes d'acculturation, de concessions, de compromis et de rejet qui animent des sociétés différentes vivant sur un même territoire, de la mixité socioculturelle aux attitudes traditionalistes. Bien moins connue que les foyers de Juifs alexandrins ou babyloniens, la diaspora d'Asie Mineure offre un champ d'étude du plus haut intérêt en vue de saisir les interactions entre un peuple à la culture forte basée sur la tradition du Livre et les croyances et coutumes souvent polythéistes et païennes des nombreux groupes sociaux qui firent de l'Anatolie un creuset de civilisations. la synagogue de Sardes, implantée dans la zone la plus prestigieuse de la cité, représente un exemple frappant de l'intégration réussie d'une communauté ayant conservé son altérité, mais prenant une large part à la vie civique dans un Orient hellénisé dominé par Rome. Les motifs artistiques représentant entre autres des aigles et des lions qui entourent la table où l'on lisait la Torah donne une image du syncrétisme religieux qui influença le judaïsme micrasiatique. Ce dernier n'est pas monolithique et nous nous proposons d'en explorer les caractéristiques et les variantes, du culte institué dans la synagogue aux marges des mouvements judaïsants (christianisme, montanisme) influencés par le paganisme. Comme pierre de touche afin de saisir l'étendue de cette culture juive originale, les sources littéraires mais surtout l'épigraphie funéraire révèlent des éléments de croyances, des aspirations et la position sociale de ces hommes et de ces femmes durant leur vie et après celle-ci. Les dédicaces illustrent l'attrait que le judaïsme exerça sur les élites grecques et romaines de cette époque. Ces documents de pierre, qui nous renseignent notamment sur l'onomastique en usage dans la diaspora, ainsi que l'archéologie des sépultures, des synagogues, ou encore la numismatique nous instruisent sur l'évolution des croyances juives et des rites dans le temps long, particulièrement durant l'époque impériale romaine, laquelle fournit comparativement aux autres les sources historiques les plus complètes. Ce travail de recherche sur le judaïsme anatolien se veut une solide contribution à l'étude de la dynamique des cultures qui fusionnèrent dans un espace géographique péninsulaire, entre sédimentation et résurgence de systèmes de croyances.

  • Titre traduit

    The eagle, the lion and the menorah. Sociocultural approach of the Jewish Diaspora of Asia Minor during the Roman imperial period


  • Résumé

    The recent historical research deals mainly with cultural issues, in a current context paying attention to identities and social integration facing globalization. To think about ancient Judaism of the Diaspora leads to question phenomena of acculturation, concessions,compromises and rejection, which exist in different societies sharing a same territory, from sociocultural mixity to traditionalist behaviours. Less well known than the Jewish communities of Alexandria or Babylonia, the Anatolian Diaspora offers a field of study of the greatest interest in order to seize interactions between a culture based on biblical traditions on the one hand, and often polytheistic and pagan beliefs and customs on the other hand, in a multicultural historical context. The Sardis synagogue, built in the most prestigious area of the city, represents a striking example of a successful integration for an original community taking widely part in the civic life in the hellenized East ruled by Rome. The artistic patterns showing eagles and lions surrounding the sacred table where the Torah was read, give an image of the religious syncretism which influenced the Anatolian Judaism. This latter was not monolithic, and we propose to explore its characteristics and variations, from the institutional cult of the synagogue to the judaizing groups (Christianism, Montanism) influenced by the Paganism. In order to seize the range of this original Jewish culture, literary sources but above all funerary epigraphy reveal elements of beliefs, expectations and social rank of those men and women during their life and afterlife. The dedications show the attraction of the Judaism on the Graeco-Roman upper class. Those stone documents, precious to know onomastics used by the Diaspora, but also the archaeology of funerary monuments, synagogues, and ancient coins shed light on the evolution of Jewish beliefs and rites over a long time span, particularly during the Roman imperial period, which comparatively displays the most complete sources. This research work on the Anatolian Judaism aims at being a solid contribution to the cultural dynamics which melted in a peninsula, between sedimentation and resurgence of a belief system.