Etre artiste hors de l'Académie royale de peinture et de sculpture: peinture et reconnaissance dans le Paris des Lumières (1751-1791)

par Maël Tauziede-Espariat

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Olivier Bonfait.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de SEPT - Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps , en partenariat avec CGC - Centre Georges Chevrier (laboratoire) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Le présent projet de thèse s'insère dans une perspective marquée par le renouvellement de l'intérêt porté à l'histoire sociale de l'art. De ce point de vue, l'ouvrage fondamental reste celui de Thomas Crow (1985), d'après lequel le public devient au XVIIIe siècle un acteur du champ artistique par le biais d'une critique d'art défavorable à l'administration royale . Face à cette position, qui brisait un siècle d'historiographie française dans le sillage de Jean Locquin (1912), Christian Michel a rappelé récemment de quelle façon l'Académie royale de peinture et de sculpture avait légitimement dominé l'art entre les règnes de Louis XIV et de Louis XVI (2012). Cependant, des recherches préliminaires menées sur l'Académie parisienne de Saint-Luc au XVIIIe siècle, révèlent l'importance quantitative et qualitative des artistes établis hors de l'Académie royale. L'enjeu de notre recherche consistera à démontrer que l'espace public de l'art dans le Paris des Lumières n'est pas exclusivement accaparé par l'Académie royale. Suivant l'exemple du public décrit par Thomas Crow, il s'agira de préciser la nature des nouveaux acteurs qui s'affirment dans la seconde moitié du siècle. C'est tout l'enjeu de ce projet qui vient combler un vide historiographique tout en permettant de sortir d'une opposition binaire devenue caduque. Le projet de thèse participe aussi au renouveau de l'histoire sur les corporations, amorcé sous la direction de J. Revel et poursuivi depuis par S. Cerutti et S. Kaplan (2001). À cet égard, l'Académie de Saint-Luc présente une situation intéressante. S'affirmant aux marges de l'Académie royale et de la Communauté des peintres de Paris, les artistes de l'Académie de Saint-Luc survivent à sa destruction en 1776. Partant de ce constat, il serait souhaitable de comprendre comment un groupe partageant une même conscience socio-professionnelle a pu subsister en dehors de tout cadre juridique constitué et gagner une reconnaissance publique. La détermination d'un nouvel acteur dans le champ artistique et la recherche sur les identités socio-professionnelles reposent sur un corpus des artistes établis hors de l'Académie royale. Environ trois cent-cinquante d'entre eux ont déjà été recensés au cours des recherches de master (pour un total estimé à cinq cent peintres). Partant de ce corpus, il est d'ores-et-déjà possible d'ébaucher les trois thématiques qui constitueront le noyau de la thèse. La première partie a pour objet l'étude de la population des artistes. L'analyse des états-paroissiaux (fichier Laborde à la BnF), le dépouillement des livrets des expositions (collection Deloynes à la BnF) et l'examen des inventaires après décès (Minutier Central des notaires aux Archives nationales) permettent d'étudier les réseaux familiaux et professionnel des artistes, mais aussi d'apprécier le parcours d'individus qui connaissent alors une importante mutation professionnelle en raison de la libéralisation de leur activité. La deuxième partie évaluera la conquête des artistes dans l'espace public à partir de leurs expositions. L'exemple du salon du Colisée, organisé par d'anciens membres de l'Académie de Saint-Luc en 1776, révèle ainsi toute la difficulté de ces artistes pour s'imposer dans un espace contrôlé par l'administration des Bâtiments du Roi. En dépit des tensions et des échecs, des initiatives nombreuses et variées voient le jour et donnent une idée des bouleversements qui s'opèrent alors sous l'impulsion de ces artistes non académiciens. La troisième partie défend l'idée selon laquelle ce mouvement de reconnaissance publique s'est déroulé dans des lieux appuyé par des milieux parallèles tels que le marché de l'art et les salons aristocratiques. Le marché de l'art offre la possibilité aux artistes non académiciens de faire connaître leur travail auprès des amateurs et des collectionneurs en dehors de vecteurs élaborés par l'Académie royale. En conclusion, le projet de thèse met en œuvre un protocole méthodologique s'appuyant tant sur l'histoire sociale de l'art que sur la sociologie. À l'issue de la thèse, une perspective plus nuancée permettra de reconstituer un espace public de l'art non plus dominé par l'Académie royale, mais animé par différents acteurs dont les intérêts, tantôt divergents, tantôt convergents, sont à l'image du foisonnement intellectuel d'une époque appelée à devenir le siècle des Lumières. Ce faisant, il deviendra possible de comparer le cas des artistes parisiens établis hors des instances officielles avec celui d'autres groupes socio-professionnels et celui d'autres villes.

  • Titre traduit

    Being an artist out of the Royal Academy of Painting and Sculpture: painting and recognition in the Paris of the Enlightenment (1751-1791)


  • Résumé

    Work in progress