Avoir une peau : une heuristique entre identité et altérité sur une enveloppe-palimpseste.

par Clémence Mesnier

Projet de thèse en Littérature comparée

Sous la direction de Laurence Dahan-Gaida.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de LECLA - Lettres, Communication, Langues, Arts , en partenariat avec CRIT - Centre de Recherches Interdisciplinaires et Transculturelles (laboratoire) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Ce projet a pour objectif d'étudier les représentations de la peau comme métonymie du corps à travers l'étude de figures littéraires et cinématographiques. En tant que seule dimension visible de l'organisme, la peau n'est pas exclusivement une surface mais elle est aussi une interface qui catalyse l'inscription du sujet dans le monde. À l'ère de la virtualisation et du privilège de la distance entre les corps instaurée par les nouvelles technologies, l'homme n'a plus conscience d'avoir une peau. Faire une lecture de la peau consistera alors à mettre en œuvre une archéologie du corps et de ses strates d'existence afin de répondre à la question suivante : qu'est-ce qu'incarner sa peau ? Obéissant à une approche comparatiste et diachronique, cette question sera mise à l'épreuve d'un corpus mixte (cinéma et littérature) qui sera envisagé dans une perspective intermédiale : La Piel Que Habito (P. Almodovar, 2011) pour le pole filmique ; Lost Memory of Skin (R. Banks, 2014)et Altered Carbon (R. Morgan, 2002) pour le pôle littéraire. La peau a déjà fait l'objet de travaux en sciences humaines, notamment en sociologie avec David Le Breton et en psychologie/psychanalyse avec Le Moi-Peau de Didier Anzieu, mais elle n'a jamais été confrontée à la littérature et au cinéma où s'investit pourtant toute sa force symbolique. Dans le champ des sciences humaines, elle a été approchée en tant que porteuse de symptômes psychologiques – scarification, pathologies porteuses de souffrance – ou encore de significations sociales, mais elle n'a jamais fait l'objet d'une cartographie unissant l'éthique et l'esthétique. Or la littérature se singularise par le fait qu'elle ne sépare pas ces deux dimensions : ainsi, par exemple, la peau tatouée apparaît comme un support d'écriture qui fait d'elle une archive gravée par la même encre que celle avec laquelle s'écrivent les textes. La littérature soulève ainsi aussi des questions esthétiques, d'ordre méta-poétique, qui sont inséparables de questions éthiques et épistémologiques, justifiant ainsi une approche interdisciplinaire au confluent de la littérature, de la philosophie et des savoirs du vivant. Plus précisément, deux approches complémentaires seront appelées à se croiser dans ce projet : une approche épistémocritique mettant en rapport le traitement littéraire de la peau avec les représentations véhiculées par les savoirs du vivant ; et une approche d'ordre éthique, qui prendra appui sur une philosophie du sensible véhiculée par les travaux de phénoménologues comme Michel Henry. L'oeuvre de Russell Banks nous amènera à aborder la peau dans sa dimension sociale et culturelle (stigmates, déclassement social) ; tandis que La Piel que Habito aborde la peau dans sa dimension organique, en tant qu'objet médical, mettant en scène une dynamique de la métamorphose qui entraîne un brouillage général de toutes les catégories identitaires (féminin/masculin, mort/vivant, etc.) et invitant à considérer le corps comme l'objet potentiel d'un désir de maîtrise qui nie la logique du vivant. Le livre de Russell Banks, Lost Memory of Skin (2014) permet d'étudier la surface tégumentaire dans une perspective génétique, en tant que palimpseste où se donne à lire la genèse du rapport au monde du sujet saisi dans son historicité. Ceci, ainsi que la dystopie de Richard Morgan, ouvre des perspectives sur le corps artificiel dans l'ère postmoderne.Ces différentes problématiques seront abordées en tenant compte des dispositifs filmiques et littéraires qui traduisent le statut de la peau en tant qu'interface entre intérieur et extérieur, matériel et immatériel, surface et enveloppe, support d'écriture et archive.

  • Titre traduit

    To Have a skin : a fight between identity and alterity on a palimpseste-sleeve


  • Résumé

    This PHD's aim is to study the skin as the body's metonymy through literature and cinema's archetypes. The skin, as the body's only visible dimension, is not only a surface but also an interface which fixes people into the world. While we are living in a period of virtualization, of distance between bodies because of technologies, humans are not conscious of their skin. Reading the skin will be a way to do a history, an archeology of the depths. We will try to answer the question : what is the embodiment of your skin ? Our work will be comparatist and diachronic, focused on a mixed corpus : La Piel Que Habito (P. Almodovar, 2011) for the cinema ; Altered Carbon (R.Morgan) and Lost Memory of Skin (R. Banks, 2014) for literature. Even if skin has already been an object to focus on in sociology (David Le Breton), psychology/psychanalysis (Didier Anzieu), it has never been studied by the symbolic signification on arts. Skin can be a writing support, an archive written with the same ink as books.Two approachs will pass each other : epistemocritic and ethic, with the philosophical point of view of phenomenology.