Avoir une peau : du corps-palimpseste à la peau-enveloppe chez Russell Banks, Pedro Almodovar, Richard Morgan et Gillian Flynn

par Clémence Mesnier

Projet de thèse en Littérature comparée

Sous la direction de Laurence Dahan-gaida.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de École doctorale Lettres, Communication, Langues, Arts , en partenariat avec CRIT - Centre de Recherches Interdisciplinaires et Transculturelles (laboratoire) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Dans Totalité et infini (1971), Emmanuel Lévinas affirme que « l'être est extériorité : l'exercice même de son être consiste en l'extériorité⁠ ». C'est en prenant appui sur cette attention portée à la surface, à partir de la fin du XXème siècle, que nous envisagerons une réflexion autour de la peau et de son appropriation littéraire et cinématographique. Pourquoi les images de l'enveloppe et du palimpseste élaborent-elles des réseaux signifiants propres à la modernité ? En quoi la peau est-elle une interface cristallisant la tension entre une injonction à l'exposition et une aspiration à la transparence ? Obéissant à une approche comparatiste, cet objet sera mis à l'épreuve d'un corpus d'œuvres contemporaines dévoilant les dysfonctionnements de la peau à l'ère moderne. À travers Lost Memory of Skin (Russell Banks, 2011), Sharp Objects, (Gillian Flynn, 2006), Altered Carbon, (Richard Morgan, 2003), et La Piel que habito (Pedro Almodovar, 2011), il s'agira de découvrir en quoi la peau constitue la métonymie d'une condition existentielle incarnée. Ces œuvres absorbent et font résonner les savoirs de la peau. Il s'agira de voir comment la peau constitue en soi un langage, une forme d'expressivité propre, comment elle se constitue en une entité appropriée à la fois aux métaphores et aux discours experts. Chacune de ces œuvres met ainsi en scène une stratification du corps par l'enveloppe, ainsi que le passage transgressif qui circule de l'intérieur à l'extérieur (et vice-versa), ouvrant le corps aux mutations et aux métamorphoses. La littérature soulève ainsi des questions esthétiques, d'ordre méta-poétique, qui sont inséparables de questions éthiques et épistémologiques, justifiant ainsi une approche transdisciplinaire au confluent de la littérature, de la philosophie et des savoirs du vivant. Nous engagerons une réflexion épistémocritique, considérant la littérature comme un dispositif de connaissances participant à la diffusion de savoirs scientifiques par les réagencements textuels effectués.

  • Titre traduit

    To Have a skin : from the palimpsest-body to the skin as a sleeve in Russell Banks, Pedro Almodovar, Richard Morgan and Gillian Flynn's works


  • Résumé

    In Totality and Infinity : An Essay on Exteriority (1971), Emmanuel Lévinas wrote that being is based on exteriority, which is his way of being. We decide to work on this special care about body's surface (since the end of the XXth century). We are going to explore skin's representations in cinema and literature. Why are palimpsest and sleeve significant ? Why does the skin reflect a tension between exposure and transparency ? With a comparative approach, we will focus on contemporary novels and films to show skin's dysfunctions. We want to discover skin as an existential metonymy through Lost Memory of Skin (Russell Banks, 2011), Sharp Objects, (Gillian Flynn, 2006), Altered Carbon, (Richard Morgan, 2003), and La Piel que habito (Pedro Almodovar, 2011). We will see how the skin creates her own language, how she is adapted to fit metaphors and scientific speachs. Every production deals with transgression (from the inside to the outside and the other way around), with mutations and changes. It raises esthetic, ethic, epistemologic and meta-poetic questions. Therefore, our approach has to cross disciplines. This reflexion will lead us to consider literature as a miror which is able to spread scientifcs knowledges through texts and pictures.