Terrorisme au sahel:De la guerre idéologique au business criminogène.

par Abdoul aziz Issaley

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Jean-Michel Bessette.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de École doctorale Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps (Dijon ; Besançon ; 2017-....) , en partenariat avec LASA - Laboratoire de Sociologie et d'Anthropologie de l'UFC (laboratoire) depuis le 04-11-2014 .


  • Résumé

    L'un des développements les plus frappants de la dernière décennie a été l'expansion massive et la mondialisation du terrorisme, entendu ici comme le fait pour un individu ou un groupe d'individus de recourir à un acte de violence ou de menace de violence sur une population civile afin de contraindre ou d'intimider une entité cible et pour servir un motif précis en faisant usage de la peur. En effet, à l'échelle planétaire, on assiste à une profonde transformation de la scène criminelle ayant conduit à l'émergence de nouvelles formes d'expression de l'insécurité. Deux tendances lourdes marquent cette transformation : la démultiplication des centres d'exercice de la violence organisée et la professionnalisation progressive du métier de criminel. On peut même dire que dans certaines localités du monde, l'heure est à l'émancipation extra-étatique des groupes d'acteurs sociaux vivant par et pour le crime ; à l'inscription de l'assassinant, du vol, du viol, du hold-up, du kidnapping, etc. dans les répertoires de constitution des patrimoines privés et d'ascension sociale. Aussi le terrorisme et l'insécurité qui en est le corollaire relèvent-ils, dans le contexte mondial actuel, de l'ordre de la banalité, c'est-à-dire de l'ordre d'une expérience existentielle générale que vit, aussi bien dans la sphère publique que dans l'espace domestique, la majorité sociale. Mais si la menace terroriste est devenue planétaire comme l'indiquent les attenants aux USA, en Espagne, en Grande Bretagne, en Syrie, en Irak et en Afghanistan etc., l'Afrique en général et la région du Sahel en particulier sont en passe de devenir les bastions de l'activisme terroriste. Ainsi que l'illustrent les cas de la Somalie, du Kenya, du Nigéria, du Cameroun, du Mali et/ou du Niger, les groupes djihadistes, aux identités plurielles, y ont installé un « no man's land » au point que ces lieux sont devenus, aux yeux de certaines capitales occidentales, des destinations à risque. Dans cette partie du monde, les attentats terroristes ne cessent de s'accroitre comme l'indique les rapports du Département d'État américain : « L'Afrique a enregistré 978 attaques en 2011, soit une croissance de 11,5 % par rapport à 2010. Cela est grandement imputable aux attaques plus fréquentes du groupe terroriste basé au Nigéria, Boko Haram, qui a perpétré 136 attaques en 2011 – contre 31 en 2003. » (Département des USA, 2011). Les mêmes services font savoir qu'en 2012, « Boko Haram a mené 364 attaques terroristes qui ont tué 1 132 personnes » (Département d'État des USA, 2012). Même si Boko Haram semble être le groupe terroriste le plus activiste, au regard de ses opérations spectaculaires, il importe de signaler qu'à cette situation se rajoute la radicalisation grandissante et la migration vers le sud de terroristes et extrémistes, particulièrement des membres d'Al Qaïda dans le Maghreb Islamique (AQMI) à travers le Sahel en direction du Mali, de la Mauritanie et du Niger. Il est désormais établi que AQMI dispose de bases opérationnelles dans certains pays ouest africains et a tissé des alliances tactiques avec des groupes terroristes tel que Boko Haram au Nigéria, le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) et Ansar Eddine au Mali et au Niger (TANCHUM et MICHAEL, 2012). On voit, à partir de ce qui précède, que les terroristes ont une facilité de mobilité, tandis que leur mouvement ne fait que gagner du terrain. Si pendant longtemps, la thèse de la guerre des idéologies a pu être défendue pour analyser la transnationalisation du terrorisme avec prises d'otages, il serait naïf de défendre, aujourd'hui, les groupes se multiplient et se spécialisent seulement en raison de la différence des idéologies. Tout indique, par contre, que le terrorisme idéologique, avec ce qu'il avait d'affrontement entre les idéaux du monde occidental et ceux des peuples sous l'emprise des valeurs islamiques, tend à céder la place au terrorisme économique avec ce que ce dernier suppose, à savoir le développement d'un business fondé sur la rançon. C'est en faisant une entrée par cette considération d'un terrorisme rentable que l'on peut saisir sans difficulté les kidnappings sélectifs tels qu'ils se donnent à voir dans l'écosystème sahélien. On l'aura compris, cette cherche n'a pas l'intention de mettre préférentiellement l'accent sur les connexions idéologiques des acteurs du terrorisme et de la prise d'otages dans la région Sahélo-saharienne. Elle n'ambitionne pas non plus d'adopter une approche stigmatisante visant à montrer que seul un groupe de personnes se rendent coupables d'actes terroristes. Ce travail s'inscrit dans le prolongement d'une recherche exploratoire initiée antérieurement et qui a fait l'objet d'un mémoire en deuxième année de master criminologie département de sociologie de l' de Franche-Comté. Alors que, dans le cadre de ce précédent effort de réflexion, il s'agissait d'analyser, à partir d'une étude de cas, les fondements de la prise d'otages sélectifs, la présente réflexion ambitionne d'aller plus loin en essayant autant que possible de mettre un accent particulier sur les transformations et les développement du djihad au Sahel, ses acteurs et les bénéfices que ces derniers en tirent. Dans cette lignée, elle cherche à montrer que l'otage est à la fois victime et acteur du terrorisme, en ce sens que c'est la rançon versée pour sa libération qui travaille à enraciner le phénomène dans les sociétés.

  • Titre traduit

    terrorism and hostage taking of the Sahel


  • Résumé

    One of the most striking developments of the last decade has been the massive expansion and the globalization of terrorism, understood here as the act of an individual or group individuals resort to an act of violence or threat of violence on a population civil to coerce or intimidate a target entity to serve a specific pattern making use of fear. In fact, globally, there is a deep processing of a crime scene that led to the emergence of new forms expression of insecurity. Two trends mark this transformation: theproliferation of exercise centers of organized violence and professionalization progressive in the art of crime. One can even say that in some areas of the world, it's time for extra-state groups emancipation of social actors living by and for the crime; the entry of the assassination, theft, rape, robbery, kidnapping, etc. in directories constitution of private wealth and social mobility. also terrorism and insecurity that comes with it do they report in the current global context, the order of banality, that is to say of the order of a general existential experience that lives, both in the public sphere in the domestic space, the social majority. But if the threat of terrorism has become global as shown in the attachedUSA, Spain, Great Britain, Syria, Iraq and Afghanistan etc. Africa in general and the Sahel region in particular are becoming bastions of terrorist activism. As illustrated in the case of Somalia, Kenya, Nigeria, Cameroon, Mali and / or Niger, jihadist groups, multiple identities, have installed a "no man's land" to the point that these places have become, in the eyes of some Western capitals destinations at risk. In this part of the world, the attacks Terrorists continue to increase as indicated by reports from the State Department American: "Africa has recorded 978 attacks in 2011, an increase of 11.5% compared to 2010. This is largely due to more frequent attacks Group terrorist based in Nigeria, Boko Haram, which has carried out 136 attacks in 2011 - against 31 in 2003. "(US Department, 2011). The same agencies inform that in 2012, "Boko Haram has carried out 364 terrorist attacks that killed 1,132 people "(Department of State USA, 2012). While Boko Haram seems to be the most activist terrorist group, the spectacular view of operations, it is important to note that this is added the growing radicalization and the southward migration of terrorists and extremists, particularly members of Al Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) through the Sahel in the direction of Mali, Mauritania and Niger. It is now established that AQIM has operational bases in some West African countries and has forged alliances tactics to terrorist groups such as Boko Haram in Nigeria, the Movement for Oneness and Jihad in West Africa (MUJAO), the National Movement for Liberation of Azawad (MNLA) and Ansar Dine in Mali and Niger (and Tanchum MICHAEL, 2012). We see from the foregoing, that terrorists ease of mobility while their movement is only gaining ground. For a long time, the theory of war of ideologies could be defended to analyze the trans terrorism with hostage-taking, it would be naive to defend today the groups multiply and specialize only because of the difference in ideologies. All indications are, for against that ideological terrorism, with what he had confrontation between the ideals of the world West and those of the people under the influence of Islamic values, tends to give way to economic terrorism with what it implies, namely the development of a business based on the ransom. It is by making an entry by the consideration of a profitable terrorism can easily grasp selective kidnappings as they give to see in the Sahelian ecosystem. It will be understood, that seeks not intend to preferentially emphasis on ideological connections actors of terrorism and hostage-taking in the Sahel-Saharan region. It does not aim either to adopt an approach stigmatizing to show that only one group of people are guilty of acts terrorists. This work is an extension of an exploratory research initiated and has previously been the subject of a brief second year criminology master Department of Sociology at the University of Franche-Comté. While in the context of this previous effort of reflection, it was to analyze, from a case study, the fundamentals of taking hostages selective, this reflection aims to go further trying as much as possible to put a special emphasis on the changes and Development of Jihad in the Sahel, its players and the benefits that they derive. in this line, it seeks to show that the hostage is both actor and victim of terrorism in meaning that it is the ransom paid for his release that works to root in the enterprises of the phenomenon.