La radio en Afrique : discours, langues et contextes de diffusion. Le cas du Niger

par Idé Hamani

Projet de thèse en Sciences du langage

Sous la direction de Andrée Chauvin-vileno et de Séverine Equoy-hutin.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de LECLA - Lettres, Communication, Langues, Arts , en partenariat avec ELLIADD - Éditions, Langages, Littératures, Informatique, Arts, Didactiques, Discours (laboratoire) depuis le 15-11-2014 .


  • Résumé

    Université de Franche-Comté Projet de thèse de doctorat présenté par Idé HAMANI Sous la direction de : Madame Andrée CHAUVIN-VILENO et Madame Séverine EQUOY-HUTIN Titre : La radio en Afrique : discours, langues et contextes de diffusion. Le cas du Niger En Afrique la radio est le média le plus accessible pour des raisons économiques, linguistiques et/ou pour son caractère pratique (Tudesq, 2002 ; Capitant, 2008 ; Frère, 2015, 2016). En effet, pour écouter la radio il n'est pas indispensable de disposer d'installations électriques ni d'avoir poursuivi des études, ou encore de rester en un lieu donné car le transistor fonctionne avec des piles et parfois de l'énergie solaire (Abba, 2009). Au Niger, pour donner quelques repères historiques, la radio publique, Radio Niger, a été créée le 18 octobre 1958. En 1974, à la suite d'un coup d'État militaire, elle change de nom pour devenir Voix du Sahel. La modulation de fréquence (FM) a été introduite en 1983 avec la construction de la Maison de la radio par le projet de coopération allemande GTZ (Agence Allemande de coopération technique). Celui-ci a permis l'édification de bâtiments dans toutes les provinces pour créer des stations régionales qu'on appelle « radio djahar » en langue haoussa. L'avènement de la démocratie dans les années 1990 ouvre la voie au multipartisme et au pluralisme médiatique (Tudesq, 1999 ; Lenoble-Bart &Tudesq, 2008) notamment avec l'apparition de radios privées (R&M, 1994 ; Radio Anfani, 1995) et de radios associatives communautaires (Bankilaré, 1999 ; Tchintabaraden, 2000). Celles-ci jouent un rôle de premier plan en facilitant l'accès des populations à l'information, à la culture et au divertissement : elles participent à l'élargissement de l'espace démocratique, à la consolidation des acquis (Rosanvallon, 2008) et aux renforcements des liens sociaux (Damome, 2014). Des émissions participatives sollicitent les citoyens à exprimer leur opinion sur des sujets de société (Deleu, 2013, 2006 ; Ngono, 2017). La thèse se propose d'analyser les « aspects du discours radiophonique » (Charaudeau, 1984 et 2011) de la Voix du Sahel en relation avec les réalités sociales. Cela suppose de tenir compte du contexte politique, économique, sociolinguistique, mais aussi religieux (Damome 2014), du paysage médiatique dans sa globalité avec notamment l'émergence des radios privées et communautaires et des nouveaux dispositifs de communication. Cela suppose également d'articuler études des discours et analyses des pratiques sociales associées à la radio, de s'intéresser aux instances de production et de réception (Charaudeau, 2000), qu'il s'agisse de professionnels ou d'usagers. Ainsi, dans quelle mesure la radio recouvre-t-elle des enjeux sociétaux au Niger ? Est-il possible d'appréhender une idéologie de la Voix du Sahel ? Quels sont les enjeux du plurilinguisme à la radio ? Les usages et les services ont-ils changé au fil de l'histoire ? C'est dans une perspective bi-disciplinaire en Sciences du Langage et en Sciences de l'Information et de la Communication que nous concevons notre cadre théorique et méthodologique sur lequel s'appuie notre analyse. Celle-ci s'intéresse en effet aux évolutions des supports de communication, aux processus de production, au produit médiatique comme aux usages des acteurs, individuels et institutionnels. Notre approche s'oriente dans des champs disciplinaires qui articulent « discours médiatiques », « réception des médias» et « usage et appropriation » (Dacheux, 2009). Elle se situe dans le champ de l'« analyse du discours des médias » : nous nous référons particulièrement à l'analyse du discours radiophonique (Charaudeau, 1984 ; Fauré, 2013 ; Maury-Rouan, 2012). En outre, afin de conduire notre recherche sous l'angle d'une complémentarité entre discours et pratique, nous avons composé un corpus hétérogène et inédit. Ce corpus recueilli à partir de l'analyse de la grille des programmes et en fonction des ressources mises à notre disposition, est composé de journaux parlés et de programmes thématiques en français et en langues nationales datant de 2008 à 2015. Il a été collecté à la faveur d'une enquête de terrain menée sur trois mois (juin, juillet, août, 2015) dans plusieurs localités du Niger. À partir de plusieurs sous-corpus issus des émissions transcrites, nous menons une exploration discursive en nous intéressant par exemple aux récurrences lexicales et aux valeurs mises en avant par les locuteurs, rapportées à leur contexte d'emploi (Peytard, 2001). Afin d'aborder la question des variétés linguistiques (Abolou, 2012 ; Escarpit, 1981), nous conduisons une analyse de la répartition des langues (français, langues locales) dans les programmes de la Voix du Sahel et des conditions dans lesquelles se fait le brassage ou l'alternance de ces langues. Nous envisageons également de développer une analyse interactionnelle des émissions (Kerbrat-Orecchioni, 1990 ; Traverso, 1999). Pour l'analyse de l'enquête, nous nous inscrivons prioritairement dans le champ des Sciences de l'Information et de la Communication : le premier volet de l'enquête consiste à comprendre les pratiques des auditeurs (Glevarec, 2017) et le second nous permet de rencontrer les professionnels et les responsables des radios afin d'obtenir des informations complémentaires sur les pratiques professionnelles (Glevarec, 2001) et de croiser ensuite les résultats. L'enquête nous a permis de constituer un deuxième corpus composé d'entretiens et de questionnaires (Copans, 2005 ; Dereze, 2009). Pendant l'exploitation des résultats de l'enquête, les nouvelles technologies de communication utilisées par les auditeurs comme le téléphone portable et l'internet (Kiyindou, 2010, 2016) présentent un intérêt tout particulier car la deuxième partie de notre thèse est consacrée à l'analyse de l'enquête de terrain intégrant les usages des nouvelles technologies de communication au Niger en relation avec la radio. L'objectif de la thèse est d'analyser et de faire comprendre le fonctionnement de la radio au Niger notamment à travers les discours de la radio d'État, Voix du Sahel, d'étudier les mutations et l'adaptation de l'écriture radiophonique et son potentiel nouveau grâce à la numérisation.

  • Titre traduit

    The radio in Africa: speeches, languages and contexts of broadcasting. The case of Niger


  • Résumé

    University of Franche-Comté Project thesis submitted by Idé Hamani Under the direction of: Andrée CHAUVIN-VILENO and Séverine EQUOY-HUTIN Title: Radio in Africa: speech, languages and contexts of dissemination. The case of Niger In Africa, radio is the most accessible medium for economic, linguistic and/or practical reasons (Tudesq, 2002; Capitant, 2008; Frère, 2015, 2016). In fact, to listen to the radio it is not necessary to have electrical installations or to have continued studies, or even to stay in a given place because the transistor works with batteries and sometimes solar energy (Abba, 2009). In Niger, to give some historical background, public radio, Radio Niger, was created on October 18, 1958. In 1974, following a military coup, she changed her name to Voix du Sahel. Frequency modulation (FM) was introduced in 1983 with the construction of the Maison de la radio by the German cooperation project GTZ. It enabled the construction of buildings in all the provinces to create regional stations known as "radio djahar" in the Hausa language. The advent of democracy in the 1990s paved the way for multi-party and media pluralism (Tudesq, 1999; Lenoble-Bart &Tudesq, 2008), particularly with the appearance of private radio stations (R&M, 1994; Radio Anfani, 1995) and community radio stations (Bankilaré, 1999; Tchintabaraden, 2000). They play a leading role in facilitating people's access to information, culture and entertainment: they contribute to the expansion of the democratic space, to the consolidation of achievements (Rosanvallon, 2008) and the strengthening of social ties (Damome, 2014). Participatory broadcasts solicit citizens' opinions on social issues (Deleu, 2013, 2006; Ngono, 2017). The thesis aims to analyse the “aspects of radio discourse” (Charaudeau, 1984 and 2011) of the Voice of the Sahel in relation to social realities. This means taking into account the political, economic, sociolinguistic, but also religious context (Damome 2014), the media landscape as a whole, with the emergence of private and community radio stations and new communication devices. This also involves articulating studies of discourse and analyses of social practices associated with radio, and focusing on the production and reception bodies (Charaudeau, 2000), both professional and user. So, to what extent does radio cover societal issues in Niger? Is it possible to apprehend an ideology of the Voice of the Sahel? What are the stakes of multilingualism in radio? Have usage and services changed over the course of history? It is from a bi-disciplinary perspective in Language Sciences and Information and Communication Sciences that we design our theoretical and methodological framework on which our analysis is based. It is concerned with changes in communication media, production processes, media products and the uses of individual and institutional actors. Our approach is oriented in disciplinary fields that articulate “media discourse”, “media reception” and “use and appropriation” (Dacheux, 2009). It falls within the scope of the “analysis of media discourse”: we refer particularly to the analysis of radio discourse (Charaudeau, 1984; Fauré, 2013; Maury-Rouan, 2012). In addition, in order to conduct our research from the point of view of complementarity between discourse and practice, we have composed a heterogeneous and unpublished corpus.This corpus, collected from the analysis of the program grid and based on the resources available to us, consists of spoken newspapers and thematic programs in French and national languages from 2008 to 2015. It was collected through a three-month field survey (June, July, August, 2015) in several locations in Niger. Based on several sub-corpus from transcribed emissions, we conduct a discursive exploration by, for example, looking at lexical recurrences and the values put forward by the speakers, related to their employment context (Peytard, 2001). In order to address the issue of linguistic varieties (Abolou, 2012; Escarpit, 1981), we conduct an analysis of the distribution of languages (French, local languages) in the programmes of the Voice of the Sahel and the conditions under which these languages are mixed or alternated. We also plan to develop an interactive analysis of programming (Kerbrat-Orecchioni, 1990; Traverso, 1999). For the analysis of the survey, we are primarily in the field of Information and Communication Sciences: the first part of the survey consists of understanding the practices of the auditors (Glevarec, 2017) and the second allows us to meet with radio professionals and managers to obtain additional information on professional practices (Glevarec, 2001) and then cross-reference the results. The survey allowed us to compile a second corpus of interviews and questionnaires (Copans, 2005; Dereze, 2009). During the exploitation of survey results, new communication technologies used by listeners such as mobile phones and the internet (Kiyindou, 2010, 2016) are of particular interest because the second part of our thesis is devoted to the analysis of the field survey integrating the uses of new communication technologies in Niger in relation to radio. The objective of the thesis is to analyse and make understand the functioning of radio in Niger particularly through the speeches of the State radio, Voices of the Sahel, to study the mutations and adaptation of radio writing and its new potential through digitization.