Légitimer la violence. Massacre, meurtre et sacrifice dans les arts visuels en France de Louis XIV à l'Empire

par Gautier Anceau

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Olivier Bonfait.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de SEPT - Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps , en partenariat avec CGC - Centre Georges Chevrier (laboratoire) depuis le 02-10-2015 .


  • Résumé

    L'histoire de l'art s'est peu intéressée à la violence : la plaie dans la peinture du XVIIe siècle et les corps démembrés de Géricault ont été étudiés, mais entre eux il existe un vide historiographique, comblé qu'en partie, et surtout pour la période révolutionnaire. Or l'anthropologie et notamment la théorie mimétique de René Girard proposent un système cohérent unifiant les autres champs disciplinaires en plaçant le sacré au cœur de la culture humaine et permettant ainsi de faire une histoire autre de la violence dans les arts visuels, en privilégiant le temps long. Du règne de Louis XIV à l'Empire, les images vont montrer des violences de différentes natures: d'abord une violence du pouvoir, politique comme religieux, sous Louis XIV ; ensuite une violence vertueuse, née sous l'influence des Lumières et de l'antique ; une violence populaire en quête de sacré lors de l'exercice de la liberté que fut la Révolution française ; et enfin un retour à une violence du pouvoir sous l'Empire. Le corpus bâti sur la longue durée inclura différents régimes d'image : la peinture religieuse et les tableaux d'autel, la peinture d'histoire, la peinture de genre, mais aussi la gravure, et la sculpture. Au sein de ce corpus, les images peuvent être réparties en trois types de relations entre violence et sacrée, qui correspondent à trois moments. Le massacre, autrement dit une violence contagieuse et vengeresse. Le sacrifice d'une victime émissaire préalablement choisie, ce qui correspond à la résolution d'une crise. Enfin le meurtre, qui est le moment le plus ambiguë : s'il est souvent motivé par une rivalité mimétique, il peut aussi construire un ordre, une culture et donc devenir sacré. Notre thèse, en partant de la théorie mimétique et se situant au croisement de différents champs disciplinaires des sciences humaines, examinera comment de Louis XIV à l'Empire la violence fut une construction symbolique reposant sur une récurrence de certains motifs et l'élaboration de nouveaux paradigmes visuels, révélant de nouveaux champs du sacré. La notion de sacré permet de dépasser le politique et l'artistique afin de mettre en place une approche problématisée de la visualisation du violent. Enfin elle questionnera la performativité de l'image : quel est l'effet de l'agentivité de l'image violente au XVIIIe siècle ? L'actualité n'a eu de cesse de démontrer l'importance de la question de la violence et de ses paradigmes dans la société humaine.

  • Titre traduit

    Legitimate the violence. Slaughter, murder and sacrifice in visual arts in France from Louis XIV to the Empire


  • Résumé

    Art history has had little interest in violence. The depicting of wound in 17th-century painting and the dismembered bodies of Géricault have been studied, but between them there is a historiographical vacuum, only partially filled, especially for the revolutionary period. But new fields in art history, like visual studies or anthropologic theories (Alfred Gell) open the way to a different history of violence in the visual arts, favoring the long time. From the reign of Louis XIV to the Empire, the images show different kinds of violence: first a violence of the political or religious power under Louis XIV; a virtuous violence under the Enlightenment; a popular violence in search of the sacred under the French Revolution; and finally a return to a violence of power under the Empire. The corpus built over the long term includes various types of images: altar paintings, history paintings, genre paintings, but also etchings, furniture and sculpture. The thesis, starting from mimetic theory (René Girard) and crossing different disciplinary fields of humanities, examines how from Louis XIV to the Empire violence was a symbolic construction based on a recurrence of certain motives and shapes and the elaboration of new visual paradigms, revealing new fields of the sacred and the power.