L'industrie de la concurrence. Etude des mesures de la compétitivité des Etats

par Simon-pierre Savard-tremblay

Thèse de doctorat en Économie des institutions

Sous la direction de Florence Weber et de Jacques Sapir.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Paris, EHESS (établissement de préparation de la thèse) depuis le 18-12-2017 .


  • Résumé

    S’inspirant de réflexions sociologiques sur la dialectique évaluation-construction qui accompagne les outils de mesures, cette thèse cherche à faire la lumière sur l’utilisation des indices et des palmarès comme instruments disciplinaires du néolibéralisme. La mondialisation témoigne d’une multiplication des mesures, imposant une pression permanente sur une multitude d’entités qui ont le fardeau de la performance dans l’application des normes véhiculées. Le Forum économique mondial (FEM) et l’International Institute for Management Development (IMD) produisent annuellement des rapports sur la compétitivité des États, contribuant à les mettre en concurrence dans la conversion de leur logique interne au modèle colporté par les critères pris en compte dans la construction des indicateurs. Nommant ce modèle, la compétitivité est pourtant un concept assez flou sur le plan scientifique. D’abord appliquée aux entreprises pour désigner leur capacité à affronter la concurrence, elle a ensuite été importée dans l’univers des États. La compétitivité est double, désignant à la fois un projet intérieur et la concurrence existant entre les États pour établir ledit projet. Paradigme d’abord centré sur l’exportation, il est principalement relié aujourd’hui à l’attractivité, assignant à l’État une mission de séduction des capitaux et investissements à une époque d’hypermobilité, où ils sont ainsi particulièrement difficiles à capturer. Le projet de la compétitivité colporte un interventionnisme indirect, où chaque État doit mettre en place le cadre optimal au monde des affaires. Après avoir défini théoriquement le sens de la compétitivité comme projet politique, social et économique, notre thèse déconstruit les critères et méthodologies des grands classements chargés de mesurer son implantation dans chaque pays. Nous aspirons ainsi à faire la lumière sur une institution économique colportant la vision néolibérale du monde, et nous nous inscrivons dans l’étude de traduction quantifiée de la réalité, questionnant la prétendue neutralité normative et scientifique de cette dernière.

  • Titre traduit

    The competition industry. An analysis of State competitiveness measures


  • Résumé

    Inspired by sociological analysis on the evaluation-construction dialectic of measurement tools, our thesis seeks to study the use of charts as disciplinary instruments of neoliberalism. Globalization has shown a important multiplication of measures, imposing permanent pressure on a multitude of entities that bear the burden of performance in the application of the conveyed standards. The World Economic Forum (WEF) and the International Institute for Management Development (IMD) produce annual reports on the competitiveness of States, putting them in competition in the conversion of their internal logic to the model built by the criteria taken into account in the construction of indicators. Competitiveness is a rather vague concept on the scientific level. First applied to companies to designate their ability to compete, it was then applied to the State universe. The competitiveness is twofold, designating both an internal project and the competition existing between the States to establish the said project. As a paradigm initially centered on the export, it is mainly connected today with attractiveness, assigning to the State a seduction mission destined to capital and investments at a time of hypermobility, where they are thus particularly difficult to capture. The competitiveness project can be considered as indirect interventionism, where each state must establish the optimal framework for the business. After theoretically defining the meaning of competitiveness as a political, social and economic project, our thesis deconstructs the criteria and methodologies of the major classifications responsible for measuring its implementation in each country. We thus aspire to shed light on an economic institution promoting a neoliberal vision of the world. Our thesis is part of the study of quantified translation of reality, questioning the alleged normative and scientific neutrality of the latter.