Renée Vivien, une poétique sous influence ?

par Camille Islert

Projet de thèse en Littératures française et francophone

Sous la direction de Henri Scepi.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle (Paris) (laboratoire) depuis le 13-09-2017 .


  • Résumé

    La valeur génératrice accordée à l’influence des œuvres masculines sur les écrits poétiques des femmes au tournant du XXe siècle a durablement conditionné leur lecture. À ce titre, le cas de Renée Vivien est exemplaire : embarrassée par une œuvre à rebours de la « poésie féminine » de la Belle Époque, la critique l’a volontiers analysée au prisme exclusif des jalons symbolistes, décadents et parnassiens masculins. Contre cette tendance, la thèse propose une autre lecture de la poésie de Renée Vivien. Partant de la quantité de réflexions sur l’imitation qui s’y développent, la présente analyse montre le travail de reprise, de subversion et d’émancipation qui conditionne l’émergence d’une subjectivité poétique lesbienne dans les recueils de la poétesse. Sont notamment analysés dans cette voie le complexe maillage intertextuel, le renouvellement de l’esthétique fin-de-siècle et le renversement des représentations féminines décadentes qui s’y jouent, afin de souligner la réflexivité qui préside au processus de création. La posture parodique caractéristique de la période prend, au regard des enjeux de pouvoirs qui contraignent la prise de parole féminine et lesbienne, un tour singulier. Alors même que le texte s’écrit, il exprime la difficulté à composer avec un déjà-là aliénant à plusieurs titres. La thèse montre comment cette tension existentielle y catalyse la coexistence de deux poétiques - qui sont aussi deux rapports à l’influence - représentées par les figures à la fois semblables et inverses de l’Androgyne et de l’Être double, dont les images se diffusent dans tous les aspects de l’œuvre.

  • Titre traduit

    Renée Vivien, a poetic under the influence ?


  • Résumé

    The generative value given to the influence of male works on women’s poetic writings at the turn of the 20th century has durably conditioned their reading. A prime example of this is the case of Renée Vivien: embarrassed by a work that is going backward Belle Epoque’s “feminine poetry”, critics have willingly analysed it exclusively through the prism of symbolist, decadent and Parnassian male milestones. Going against this tendency, the thesis proposes another interpretation of Renée Vivien's poetry. Taking as a starting point the abundance of remarks about imitation developed in her writing, the present analysis underlines the rework, subversion and emancipation process which conditions the emergence of a lesbian poetic subjectivity. In particular, the complex intertextual mesh, the renewal of fin-de-siècle aesthetics, and the reversal of decadent feminine representations are analysed in order to emphasize the reflexivity that presides over the whole creative process. With regards to the power stakes which constrain female and lesbian speech, the parodic posture – characteristic of the period – borrows here a singular turn. While being written, the text expresses the difficulty to compose with an alienating material in several ways. The thesis shows how this existential tension catalyzes the coexistence of two poetics - which are also two visions of influence - represented by the figures, both similar and inverse, of the “Androgyne” and the “Double Being”, whose images are diffused throughout the work.