Institutionnalisation de Campus France comme une agence frontière : la fabrique de l'étudiant étranger

par Landry Botokou

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Romuald Bodin.


  • Résumé

    Sous l’impulsion du new-public management qui vise à introduire dans le secteur public les outils du privé afin de transformer l’administration, de nombreuses agences ont vu le jour dans les années 1990 en France. Le vocable « agence » ne revêt pas un statut juridique spécifique. Il regroupe souvent les Établissements Publics Administratifs, ou Industriels et Commerciaux, et les Groupements d’Intérêts Publics. La loi du 27 juillet 2010 porte création de l’Agence Campus France. En son article 6, deux missions principales lui sont dévolues. « Promouvoir le rayonnement de l’enseignement supérieur français dans le monde » et « gérer la mobilité internationale des étudiants et des chercheurs ». La « promotion de l’enseignement supérieur français » renvoie à des logiques statistiques. Les rapports qui comparent les systèmes éducatifs des pays « développés » restent attachés à l’aspect quantitatif en comparant le nombre d’« étudiants étrangers » accueillis. Ces comparaisons donnent lieu à des classements des systèmes éducatifs les plus « attractifs » au monde. Dans un contexte de mondialisation, cette logique engendre une concurrence entre les différents pays et occasionne une course à l’accueil des « étudiants étrangers » entre les puissances. Paradoxalement, le second objectif de l’agence qui est la « gestion des mobilités » renvoie à la maîtrise des flux migratoires étudiants dans un contexte mondial marqué par l’« immigration choisie ». Comment l’agence, à travers ses personnels, articule-t-elle sa mission entre « rayonnement de l’enseignement supérieur français » et l’impératif de « gestion des mobilités » ? Aussi, ces deux objectifs renvoient t- ils à des institutions de tutelle bien précises dont les objectifs ne semblent pas toujours convergents. Ceci induit une deuxième interrogation à savoir : en quoi la diversité des acteurs institutionnels qui la supervisent pourrait-elle donner lieu à divers jeux de pourvoir et impacter son fonctionnement ? Enfin, comment se fait le tri entre les candidats et quelles sont les caractéristiques sociales des postulants qui ont un « avis favorable » sur leur dossier, obtiennent le visa d’entrée et deviennent « étudiant étranger » en France ? Pour apporter une réponse la plus rigoureuse à ces questionnements, le dispositif méthodologique allie approche quantitative (statistiques) et qualitative (analyse d’archives, observation à campus France Bénin et des entretiens à réaliser, auprès des responsables de la direction générale de l’agence à Paris mais aussi auprès de l’agence Campus France du Bénin). Ce travail de thèse se situe à l’intersection d’une sociologie de l’action publique, des migrations et de l’enseignement supérieur. Il vise à connaître les conditions sociohistoriques de la création de Campus France et son fonctionnement.


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