L'insertion des jeunes dans les agricultures familiales : enjeux, impacts et prospective. Le cas du Cambodge.

par Kimlong Ly

Projet de thèse en Sciences Économiques

Sous la direction de Betty Wampfler et de Iben Nathan.

Thèses en préparation à Montpellier, SupAgro en cotutelle avec l'University of Copenhagen , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier (2015-.... ; Montpellier) , en partenariat avec MOISA - Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs - (laboratoire) depuis le 01-09-2011 .


  • Résumé

    L'objectif de cette thèse de doctorat est d'examiner les facteurs qui déterminent les décisions des jeunes ruraux cambodgiens et de leurs parents concernant la profession des jeunes. In fine, nous cherchons à comprendre les conditions d'intégration de la jeunesse cambodgienne dans l'agriculture familiale. Dans les pays en développement, le désintérêt croissant des jeunes générations pour l'agriculture pose problème car cette tendance risque de menacer la sécurité alimentaire mondiale à long terme. L'importance croissante que prennent la migration hors-village et les activités non agricoles dans les stratégies de subsistance des ménages ruraux a soulevé un débat sur le rôle que pouvait jouer l'agriculture familiale dans l'avenir des jeunes ruraux. Pourtant, il existe très peu d'études traitant des décisions relatives à la profession des jeunes dans le secteur agricole. Cette thèse de doctorat contribue à combler cette lacune à partir de données primaires issues d'un travail de terrain au Cambodge. Le secteur agricole cambodgien est composé d'exploitations familiales qui reposent sur des systèmes rizicoles et le pays connaît également une croissance démographique rapide. De ce fait, assurer les moyens de subsistance et les revenus des jeunes, par leur intégration dans le marché du travail ou dans l'agriculture paysanne, représente un enjeu essentiel pour le pays. La collecte de donnés a eu lieu en 2012 et 2013 dans deux zones distinctes du Cambodge: la zone à faible densité de population d'Otdar Meanchey et la zone à forte densité de Takeo. Dans ces deux provinces, le travail de terrain a couvert cinq districts (18 villages). L'objectif principal du travail de terrain était de comprendre le rôle actuel et potentiel de l'agriculture familiale pour l'emploi des jeunes. Les méthodes de collecte de données comprenaient des enquêtes, des entretiens semi-directifs, l'observation de participants et une étude de cas portant sur un programme d'intégration de jeunes agriculteurs porté par une ONG (CECAC). Une typologie des systèmes et stratégies agricoles a été développée pour l'enquête et la discussion. La thèse montre qu'en raison du faible niveau d'éducation, les jeunes ruraux au Cambodge ont peu d'alternatives à la petite riziculture ou à la migration en dehors de leur village d'origine. Tout en reconnaissant le fait que l'agriculture est un travail difficile, les jeunes ruraux et leurs ménages ne négligent pas le travail agricole et considèrent l'agriculture familiale comme l'une de leurs principales options. Cependant, lorsqu'ils se sont engagés dans l'agriculture, même avec le soutien du CECAC, de nombreux jeunes ont l'impression que l'agriculture ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Il est donc fréquent qu'ils se posent la question de savoir s'ils doivent poursuivre une activité agricole ou s'ils doivent diversifier leurs sources de revenu par une migration saisonnière. De plus, les résultats indiquent que l'intégration des jeunes dans l'agriculture est une décision purement familiale. S'installer dans de nouvelles zones pionnières est l'une des stratégies des ménages pour accéder à de nouvelles terres et ainsi garantir l'avenir de leurs enfants. Ce n'est que dans des situations où les parcelles sont trop petites pour être subdivisées que les ménages ont tendance à investir dans l'éducation supérieure des enfants. Étant donné que les activités non agricoles ne pourront pas accueillir le nombre croissant de travailleurs actifs et que le foncier, en raison de l'augmentation de la population, tendra à être subdivisée en parcelles de plus en plus petites qui ne pourront garantir un revenu durable, l'étude conclut que les futurs stratégies de subsistance des ménages ruraux devront reposer sur le principe de «partage de survie» ou «Chék Khear Ros», c'est-à-dire combiner des activités agricoles et non agricoles. La croissance de la population rurale cambodgienne et le ralentissement de la croissance du marché du travail dans les secteurs secondaire et tertiaire, suggèrent qu'à l'avenir, plus de terres seront nécessaires pour l'agriculture et que ceci se fera au détriment des forêts et des zones humides. Il serait donc nécessaire de redéfinir les régimes fonciers du pays. Une option pourrait être de distribuer les terres des concessions économiques qui ont été récemment annulées aux familles rurales. Il est également nécessaire de poursuivre l'évaluation des programmes de redistribution de terres entrepris dans le cadre des concessions foncières sociales, politique qui constitue le cadre juridique existant pour permettre aux pauvres d'accéder à la terre. Alors que les études existantes cherchent principalement à expliquer l'abandon d'activités agricoles à partir de facteurs push / pull et de calculs coûts/bénéfices individuels, cette étude a mobilisé la théorie du changement institutionnel et la manière dont elle conceptualise les processus de résolution de problèmes pour traiter cette question. Les problèmes rencontrés par les petits agriculteurs cambodgiens sont alors conceptualisés comme «des modèles mentaux partagés» ou «des règles partagées» entre les membres de la famille et le groupe social. Ces règles influencent leurs décisions spontanées ou délibérées comme celle de continuer ou quitter l'agriculture, ou de diversifier leurs stratégies de subsistance par une migration saisonnière. Cette étude constitue une première tentative d'analyser la question de la jeunesse et de l'agriculture familiale au Cambodge et pourrait être répliquée dans d'autres pays ayant un contexte similaire.

  • Titre traduit

    Integration of youth into smallholding agriculture. Challenges, impacts and prospects: Perspectives from Cambodia


  • Résumé

    The objective of this doctoral dissertation is to look at the factors that determine the decisions of youth and their parents regarding youth occupation and thereby to understand the conditions for integrating youth into family farming. In the context of developing countries, there are increasing concerns that the younger generations may lose interest in farming, since this is likely to threaten global food security in the long-term. The increasing importance of migration and non-farm activities to rural livelihoods in developing countries has raised a scholarly debate about whether smallholder farming holds a potential for the youth in the future at all. However, especially in a Southeast Asian context, there are only very few available studies concerned with understanding the options for and the decisions of youth and their parents regarding youth occupation and farm integration. The present dissertation addresses this research gap by drawing on primary data from a fieldwork in Cambodia. Cambodia is home of smallholder rice based farming, and the country experiences rapid population growth. There is therefore a huge need to ensure young peoples' livelihoods and incomes either through their integration in the labour market, or in smallholder farming. The fieldwork took place in Cambodia's Otdar Meanchey low-density area and Takeo high-density area in 2012 and 2013. Within these two provinces, the fieldwork covered five districts (18 villages). The main purpose of the fieldwork was to understand the current and potential future role of family farming in accommodating young people. The data collection methods included questionnaire surveys, semi-structured and focus group interviews, participant observation, and a case study of an NGO (CEDAC) driven youth-integration-in-farming program. A typology of farming systems and strategies was developed for the survey and discussion. The dissertation shows that due to low levels of education, the rural youth in Cambodia has few alternatives other than to rely on smallholder rice farming or migrate. Though acknowledging that farming is hard work, rural youth and households do not disregard farm work, and they actually do consider family farming as one of their main options. However, when having engaged in farming even with support from CEDAC, many of the young people experience that farming cannot sustain them and their families. It is therefore common that they re-consider whether they should stay in and/or leave farming, or diversify by seasonal migration. Further, the results indicate that integrating youth into farming is purely a family decision. Settling in new pioneer areas is one of the household strategies to get access to new land and thereby secure the children's future. Only in situations where plots of land are too small to get sub-divided, households tend to invest in children's higher education. Given that non-farm activities cannot accommodate the growing number of active workers and that land, due to population increase, will have to be sub-divided for families even below the minimum threshold of sustainable living, the study concludes that the future livelihood of children must be secured under the motto of “sharing the survival” or “Chék Khear Ros” i.e., by combining both farming and non-farming activities. The growth of the population in the rural areas of Cambodia, together with the slower pace of job development in the secondary and tertiary sectors, suggest that in the future, more land for cultivation will be needed most likely at the expense of forest and wetland. There will, therefore, be a need for redefining the land tenure systems in the country. One option could be to distribute land from cancelled economic concessions to rural families. There is also a need for further studies of integration programs in Cambodia under social land concessions, which is the existing legal framework for providing access to land for poor people to see if they are still part of the solution. While existing studies mainly explain ways in which people been quitted farming based on push/pull factors and personal cost benefit, this study applied institutional change theory as process of problem solving to explain this question: problems that Cambodian smallholder agriculture face in their farming system become “a shared mental model “or “a shared rule” among family member and its social group that motivate them to act spontaneously or deliberately such as whether they should stay in and/or leave farming, or diversify by seasonal migration. This study is the first exploration the question of youth and family farming in Cambodia which could be interest for others country having similar context.