Pêche au lamparo sur les littoraux du Roussillon et de la Catalogne au XXième siècle. Etude comparée

par Jean-Luc Canal

Projet de thèse en Histoire et histoire de l'art

Sous la direction de Nicolas Marty.

Thèses en préparation à Perpignan , dans le cadre de École Doctorale INTER-MED (Perpignan) depuis le 04-12-2017 .


  • Résumé

    Mode de pêche vernaculaire et puissamment prédateur pour les réserves halieutiques, répandu sur de nombreux littoraux des mers et océans du globe, la pêche au feu s’est transformée selon les contextes historiques, culturels et sociaux. Libre, partiellement autorisée ou interdite selon les contrées maritimes et les périodes, cette pêche consiste à attirer le poisson vers la surface des mers, à l’aide d’une lueur (feu, phostier puis lampe) afin de le capturer avec un filet tournant, appelé « senne ». La pêche au lamparo (PAL), modalité moderne de la pêche au feu, longtemps interdite sur le littoral méditerranéen français (de Menton à Cerbère) s’est implantée sur le littoral du Roussillon, sur injonction du régime politique de Vichy et cela, malgré les résistances de la communauté des marins-pêcheurs, dès le début des années 1940, dans un premier temps sur la Côte Rocheuse (Cerbère, Banyuls et Collioure) puis sur la côté sablonneuse (Saint Cyprien, Canet et Le Barcarès à partir des années 1950). Cette pêche artisanale et de territoire, pratiquée dans un premier temps à l’aide de barques catalanes de faible tonnage et construites dans les ateliers de charpente maritime locaux (Banyuls, Collioure, Le Barcarès) s’est transformée en mode de prélèvement sur de plus grandes unités construites hors département notamment lors de l’arrivée de la communauté des rapatriés d’Algérie. Nouveaux mode d’éclairages, longueur des filets de nylon, et des embarcations, motorisation, appareils de détection des poissons…se sont adaptés aux innovations technologiques du moment, aux « recommandations » politiques et aux contraintes économiques et culturelles afin de s’inscrire dans un mode de prélèvement semi-industriel, des ressources halieutiques. En position minoritaire et controversée, à ses débuts, en raison d’une forte concurrence avec la pêche au filet dérivant, cette pêche au lamparo s’est imposée sur tout le littoral du Roussillon durant les années 1960-70 pour finir par disparaître durant la première décennie du 21ième siècle. Par contraste, cette pêche au feu a toujours bénéficié de la plus grande mansuétude en Catalogne, favorisant une réelle prospérité de la communauté des marins-pêcheurs catalans, notamment le long de la Costa Brava, de Rosas à Palamos (Catalogne). Ce mode de prélèvement toujours présent et encouragé dans de nombreux ports de la côte catalane, à quelques encablures du Roussillon soulève de nombreuses questions au regard d’une histoire comparée. Quels ont été les éléments environnementaux, les décisions politiques, économiques et culturelles et les initiatives des marins pêcheurs qui ont favorisé au-delà des multiples transformations de cette pêche, son développement et maintien en Catalogne et sa progressive disparition sur le littoral du Roussillon durant le vingtième siècle ? En d’autres termes, il s’agira dans le cadre d’une histoire comparée à partir d’une thématique commune, en l’occurrence la pêche au lamparo, de confronter les espaces et les périodes du point de vue d’un environnement maritime, d’une climatologie, des outils matériels utilisés (barques, filets, appareils de détection…) et des acteurs afin de nous inscrire dans une histoire globale sur un territoire donné, à l’instar des études et travaux sur le Mâconnais de Georges Duby, de Pierre Barral sur l’Isère, de Maurice Agulhon sur la Provence ou d’Emmanuel Le Roy Ladurie sur le Languedoc. Le projet de recherche est amené à considérer le marin-pêcheur dans son environnement, dans son contexte quotidien de travail, sur l’eau et à terre en confrontation avec ses outils de prélèvement (barques, filets, modes de pêche, construction, réparation…), avec le poisson recherché mais également dans son milieu familial, social et professionnel. Il faudra également suivre son destin dans un espace économique (vente et diffusion du poisson…) et institutionnel, local, national (rôles des prud’homies, réglementations nationales, quotas de pêche…) et international (influence de l’Europe, du Marché Commun entre autres). La principale tâche de l’historien consistera à mettre en valeur les convergences et divergences dans ces deux territoires, proches géographiquement et culturellement. Les marins-pêcheurs du Roussillon et de la Catalogne, faisant et défaisant la pêche au lamparo (PAL), selon les périodes, mais en même temps façonnés, conduits par elle qui, ne pouvant exister sans eux, dépasse cependant de toute sa stature de « fait social », leurs personnages circonstanciés, leurs démarches singulières, leurs résistances, leurs renoncements et leurs ruses visant à contourner les pouvoirs marchands et étatiques entre autres. Il s’agira d’analyser les marges d’action, les initiatives de chaque côté de la frontière franco-espagnole des communautés de marins-pêcheurs par rapport aux pouvoirs marchand et institutionnels, participant de ce fait à un modelage original de ce mode de pêche ancestral. D’où l’émergence de la principale problématique: En quoi les évolutions (changements ?) de la pêche au lamparo en tant que mode de prélèvement des ressources halieutiques sur le littoral du Roussillon et de la Catalogne au 20e S. sont-elles révélatrices des transformations à la fois des représentations de la communauté des marins pêcheurs avec l’environnement maritime et des changements politiques, économiques et culturels de la France, de l’Espagne et de l’Europe ?


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