La solitude du condamné à vivre : pour un éloge de la dis-semblance par l'écriture

par Elodie Galinat

Projet de thèse en Litterature francaise, francophones et comparee

Sous la direction de Apostolos Lampropoulos.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Textes, littératures, écritures et modèles (Pessac, Gironde) (equipe de recherche) depuis le 27-10-2017 .


  • Résumé

    Le projet que nous proposons porte sur l'étude de personnages rejetés, refoulés, bannis, du monde auquel ils ont appartenu à cause de leur condition qui se voit modifiée : une dissemblance nouvelle. Ce personnage, à présent exclu, prend place dans une littérature ayant pour cadre et contexte communs les Première et Seconde Guerre mondiales. Nous choisissons de travailler sur quatre récits d'auteurs différents, en langues française, anglaise et japonaise, qui ont pour particularité d'aborder le néant suggéré par la violence de la perte, la résistance à l'anéantissement, en mettant en scène des protagonistes dont l'existence va se trouver à reconstruire, perdant tout ou partie de ce qui fait d'eux des hommes. L'objectif de ce travail portera donc sur l'analyse que l'on peut effectuer de cette écriture de la différence comme un véritable éloge à la (sur)vie, allant au delà de la fiction et faisant intervenir des éléments (auto)biographiques, mais plaçant toujours au premier plan une question philosophique identitaire intemporelle, et la dépassant même en insistant : qui suis-je, moi, parmi les autres ? L'enjeu sera de parvenir à formuler une définition réactualisée de « l'individualité », telle qu'elle s'impose lorsqu'on finit par sortir du cadre édicté, et de sa signification dans un monde contemporain extrêmement normé. Il sera par conséquent question de la solitude comme concept et non plus comme simple état, désiré ou subit. Cette question sera soulevée au regard du manque que génère l'absence de sens ou de membres, la perte d'une certaine dignité et la différence dans tout ce qu'elle suppose et engendre. A l'instar de Kenzaburo Oé qui implore : « dites-nous comment survivre à notre folie ? » dans son œuvre éponyme, les protagonistes du corpus que nous choisissons s'interrogent sur leur capacité à poursuivre une existence blessée sans devenir fou. Dans La Chambre des officiers (Dugain), Adrien voit son visage emporté par un obus dès les premiers jours d'affrontement contre la Prusse. Au fil du récit, le jeune homme fait la connaissance d'autres défigurés comme lui et réapprend à vivre à travers cette monstruosité physique qui les unit. Johnny got his Gun (Trumbo) relate le parcours de Joe, gravement blessé par un obus qui perd la parole, la vue, l'ouïe, l'odorat, et se voit amputé des quatre membres. Désormais incapable d'une quelconque action, il essaie de saisir le monde qui l'entoure. Une infirmière parvient à communiquer avec lui par le seul sens qu'il lui reste : le toucher. Et la Lumière fut (Lusseyran) revient sur l'itinéraire de son auteur, qui, bien qu'aveugle, fut un membre actif de la Résistance. Enfin, Gibier d'élevage (Oé) s'ouvre sur un avion américain s'écrasant dans les montagnes japonaises. Le rescapé, un pilote noir est fait prisonnier par les villageois qui le perçoivent comme un animal. Cette œuvre apporte donc un éclairage nouveau sur la vision d'autrui.

  • Titre traduit

    The loneliness of the condemned to live : praise for difference by writing


  • Résumé

    The project that we are going to propose is about studying rejected characters, banned from the rest of people they used to belong to because their existence is changing : a brand new physical and sensory difference. That character now excluded takes place in a litterature getting commons landscape and context which are World War One and Two. We choose to study four books from different autors, in french, english and japanese languages, who particularly had working on chaos suggested by the violence of loss, the resistance in annihilation. They deal with some characters which the existences have to be restored, rebuilt, loosing everything or some parts of what that makes them human beings. The goal with this work is about the analysis that we can make on the way to describe, feel and write differences as a real praise to live, even survive. The selection of novels is not only fictions but also inspired by real stories, autobiographies, testimonies, but dealing with one philosophical and timeless question about identity, even exceeding it, insisting : who am I, me, among the others? The stake will be to cross the texts to recreate an updated definition of the word « individuality » as it exists out of the normal, and its meaning in a contemporary world extremely standardized. It will be consequently about loneliness as a concept not as a simple state, wanted or imposed. This question will be raise because of the lack that creates the absence of senses or limbs, the loss of a certain dignity and the difference that makes and supposes in characters's lives. As Kenzaburo Oe who implores : « tell us how to survive to our madness ? » in his eponym book, the characters of the corpus that we choose ask themselves on their capacity to purchase an existence without going mad. In La Chambre des officiers (Dugain), Adrien got his face torned off by a shell from the very beginning of the war against Germany. Throughout the novel, the young man meets others injured men like him and starts again to learn how to live thanks to the new link they share together. Johnny got his Gun (Trumbo) tells the course of Joe, seriously wounded by a bomb too, loosing all his senses : his ability to speak, the view, the hearing, the smell and his legs and arms were amputated. Now, he can't do anything, therefore he tries to feel the world around him. Only a nurse is able to communicate with him by the thing he still possessed : the touch. Et la Lumière fut (Lusseyran) is an autobiography. Even if he's blind, the author took a very active part in french Resistance movement. Finally, Gibier d'élevage (Oé) is about an airplane crashing in the japaneses mountains during Second World War. The survivor is a black American pilot caught by people from a small town who consider him as an animal. This short story brings a brand new vision of what difference is.