Vulgarisation scientifique et médias sociaux. Analyse communicationnelle d'un nouveau mode de transmission du savoir.

par Jordan Casaccio

Projet de thèse en Sciences de l'information et de la Communication

Sous la direction de Marie-Joseph Bertini.

Thèses en préparation à Côte d'Azur , dans le cadre de École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....) depuis le 16-11-2017 .


  • Résumé

    La vulgarisation scientifique, depuis sa genèse au XVIIème siècle (Bensaude-Vincent, 2010, Raichvarg, 1991), s’est développée sur des supports variés et nombreux. Articles de presse, romans, expositions muséales, revues, dictionnaires ou encore conférences furent les principaux vecteurs d’une science vulgarisée à destination de publics multiples, de l’expert au profane (Raichvarg, 1991). Le discours de la vulgarisation scientifique s’étant adapté à chaque support médiatique naissant ou populaire au fil des époques (Raichvarg, 2005), il trouve presque naturellement sa place sur Internet, à l’heure où le web 2.0 a bouleversé nos pratiques d’achat, notre rapport à la santé et, en l’occurrence, notre façon de communiquer et de nous procurer l’information (Rieffel, 2014). Ainsi, la communication du savoir a pris diverses formes sur Internet, qu’il s’agisse du livre électronique (Augier), de publications scientifiques en ligne (Macedo-Rouet), de l’e-learning, apprentissage et formation en ligne (Trestini) ou encore de l’encyclopédie en ligne (Cardon). Dans le même temps, Internet a permis l’émergence de nouvelles écritures de soi. On écrit plus, on se présente plus, notamment à travers les blogs ou les réseaux socionumériques (Cardon, 2010). Un certain nombre de plateformes numériques ont vu le jour, incitant à la communication et favorisant in fine la prise de parole des amateurs (Flichy, 2010). A mesure que ces plateformes se sont développées et que les internautes se les sont appropriées, nous sommes entrés dans ce que Stiegler nomme « le temps de l’amateur » : les amateurs sont disponibles et, plus que de recevoir passivement une information, un savoir ou une donnée, ils la créent, la façonnent à leur image avec passion et fidélité (Stiegler, 2011) et peuvent la diffuser sur une des plateformes numériques le permettant. L’une d’entre elles, la plateforme de vidéos à la demande YouTube (filiale de l’entreprise Google) est en 2018 le deuxième site web le plus visité au monde selon Alexa, entreprise spécialisée dans le référencement . Sur YouTube, les vulgarisateurs scientifiques se trouvent désormais par dizaines en une simple recherche sur le site. Derrière des noms de chaines pseudonymes, les « e-penser », « Dr Nozman », « DirtyBiology », « Nota Bene » ou « Cyrus North » sont des vulgarisateurs des sciences de plus en plus populaires : les vues de leurs vidéos YouTube se comptent en millions . Signe que le phénomène n’est ni éphémère, ni destiné à un public de niche, le ministère de la Culture a élaboré une typologie des chaines YouTube de vulgarisation scientifique, incluant quelque 350 chaines référencées par discipline scientifique. Celles-ci sont aussi libres que variées (tout en restant dans le champ de l’épistémologie traditionnel), il peut tout aussi bien s’agir d’histoire, de physique, de mathématiques, de sociologie, de biologie ou de philosophie. Sur le forum « Vidéothèque d’Alexandrie » ou sur le site du « Café des sciences » se réunissent de nombreux vidéastes scientifiques, à la popularité plus ou moins grande, afin d’échanger sur leurs pratiques . Ces vidéastes ont ceci de particulier que la plupart ne sont pas issus du milieu universitaire : beaucoup affirment et revendiquent leur statut d’ « amateur » . Si l’amateur use de sa passion pour un sujet comme d’un moteur créatif (Flichy, 2010), cela pose la question de la place de l’amatorat dans la vulgarisation scientifique. Comment, en effet, accorder de la légitimité à un discours provenant d’une personne qui n’est pas un professionnel des sciences ? Les réseaux socionumériques sont aujourd’hui les artefacts numériques connaissant la plus forte croissance, tant auprès des jeunes et des enfants que des décideurs et du grand public (Livingstone, Mascheroni et Murru, 2011). Si cela peut s’expliquer en ce que les réseaux socionumériques concentrent de nombreuses formes de communication numérique, à savoir discussion en ligne, contacts, outils de gestion de blogs, photos, vidéos (Jenkins, 2006), nos premières observations suggèrent qu’il faille également interroger les mécanismes sociaux qui régissent ces nouvelles formes de vulgarisation scientifique sur YouTube, tant les réseaux socionumériques y jouent un rôle important. En effet, les vidéastes vulgarisateurs interagissent de plus en plus entre eux, hors caméra ou face aux publics, et invitent les spectateurs à partager leurs contenus audiovisuels sur les sites de réseaux sociaux. Cette dimension de partage est nécessaire dans un système qui fait de l’attention le nerf de la guerre : le créateur doit innover et captiver pour se faire entendre (Citton, 2007). Une première observation des réseaux socionumériques permet d’emblée de relever certaines pratiques devenues courantes : le partage sur des sites tels que Facebook et Twitter permet de diffuser le contenu et de le faire connaitre ; les stories Instagram et Snapchat permettent au vidéaste de créer du lien avec sa base de fans à travers une mise en récit de soi, de ses expéditions scientifiques, de ses tournages ou simplement de sa vie (Amancio, 2017, Verdina, 2013). Pour autant, le rôle des publics ne se limite pas, ou plus, au visionnage : l’appel au crowdfunding devient également courant, par l’intermédiaire de plateformes numériques externes (notamment Tipeee ou uTip). Le spectateur ne reçoit plus passivement l’information : le partage, les commentaires, les fils de discussion, les réactions, le mécénat, le storytelling des vidéastes, autant d’interactions qui semblent façonner la réception ces contenus numériques de vulgarisation scientifique. Au cœur de ce nouveau paradigme "d'horizontalisation" de la transmission des savoirs, notre recherche analyse la réception, par les publics, de ces nouveaux contenus audiovisuels de vulgarisation scientifique.


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